Harmony Korine



Harmony Korine Nationalité : américaine
Naissance : 04 janvier 1973
Age : 36 ans
Métiers : Acteur, Réalisateur, Producteur de cinéma, Scénariste de cinéma
I never cared so much about making perfect sense. I wanted to make perfect nonsense. I wanted to tell jokes, but I didn't give a fuck about the punch line.
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Harmony Korine s'est imposé durant les années 90 comme l'auteur star, surdoué et chouchou de la critique en signant le scénario de Kids, puis de son premier long-métrage, Gummo. Enfant de la culture pop, touche à tout cinéphile et poète, son cinéma convoque une farandole de freaks et de teenagers égarés dans un monde mélancolique et halluciné. Fils du documentariste Sol Korine, il passe son enfance à Nashville avant de partir s'installer à New York chez sa grand-mère. De nature solitaire, Harmony se passionne rapidement pour le cinéma. Il fréquente les salles habituées à projeter du cinéma indépendant, des classiques ou des films européens. C'est ainsi qu'il découvre et se prend très tôt d'affection pour le cinéma de Jean-Luc Godard, John Cassavetes, Werner Herzog ou encore Rainer Werner Fassbinder. Ils deviendront ses maîtres, ceux qu'il cite régulièrement à la presse, bientôt toute ébahie qu'un jeune Américain avec un look de skater soit si au fait de ce petit panthéon cinéphile d'habitude réservé aux élites cinéphiles européennes. Korine bouleversera les clichés, pour en imposer d'autres, mais c'est une autre histoire. Après de vagues études à la Tisch School of the Arts de l'Université de New York, qu'il abandonne au bout d'un semestre, Harmony trouve un poste d'assistant sur Light Sleeper (1992) de Paul Schraeder. Mais tout bascule lorsqu'il fait la connaissance du photographe Larry Clark alors qu'il skate avec des amis à Washington Square Park. Celui-ci lui propose alors d'écrire un scénario à propos de son quotidien. Korine n'a que 19 ans, il racontera sur fond de SIDA la double trajectoire parallèle mais liée d'un jeune skater et de la jeune fille qu'il a infectée. L'une traversant tout New York pour retrouver l'autre qui menace sans cesse de transmettre le virus à des jeunes filles à peine pubères. Ce sera Kids (1995), premier long métrage de Larry Clark, un film choc qui fera date.

Moins par sa structure dichotomique, facile et entretenant un suspens déplaisant (le jeune garçon va-t-il infecter de nouvelles jeunes filles ?), Kids fait sensation par sa véracité. Mais celle-ci, n'en déplaise au jeune Harmony, qui se voit déjà un grand artiste, vient moins du scénario que de Larry Clark qui capte sur le vif et avec une proximité à la justesse troublante la vie de ces jeunes skaters new-yorkais qui errent entre sexe, drogue et alcool sans parents - le casting est lui aussi pour beaucoup, on y découvre notamment la jeune Chloé Sévigny, dans l'un de ses plus beaux rôles, ainsi que Rosario Dawson, déjà très douée. Le film vaut ainsi davantage pour son néo-réalisme en prise avec cette réalité des nineties que personne n'avait alors montré, que pour son scénario, au fond insignifiant, à peine une fondation servant de prétexte au réalisateur. Mais Korine devient vite la coqueluche du cinéma indépendant. En 1997 il passe enfin à la réalisation avec Gummo. Tourné avec trois fois rien, le film devient rapidement culte. Sur un canevas scénaristique éclaté, Korine filme la vie d'une petite bourgade de l'Ohio peuplée de personnages paumés et d'ados réflexifs. L'auteur s'impose alors par sa poésie, ses scénettes aux frontières du surréalisme, sa mélancolie débordant de partout, collant aux basques d'un bestiaire de héros solitaires et étranges mais émouvants. On découvre un vrai talent dans la manière de télescoper des références disparates, de saisir une sensibilité propre à l'époque, de filmer des teenagers déphasés et marginaux, solitaires, errants, le tout dans une esthétique composite, punk, arty, à la limite du documentaire azimuté - on notera la présence à l'image de feu le chef opérateur Jean-Yves Escoffier, ancien collaborateur de Léos Carax, ami de Korine. Ce petit ballet schizophrène et existentiel impose définitivement la signature du jeune cinéaste. Un univers qu'on retrouvera bientôt dans son premier livre, A Crack Up at the Race Riots (1998), sorte de collage géant et délirant qui revisite toute la pop culture américaine au fil d'une écriture kaléidoscopique et transgenre.

Falling up & down lonely boy


Deux ans plus tard, après avoir travaillé sur une installation présentée à la Patrick Painter Gallery à Santa Monica, The Diary of Anne Frank II (1998), et signé un clip pour le groupe Sonic Youth (Sunday), Korine, inspiré par le coup de bluff aussi crapoteux que vain de Lars Von Trier et ses amis, le Dogme 95 (une charte absconse dictant de pseudo règles pour un nouveau cinéma qui sera vite oublié), tente de s'approprier les tables de lois du Danois avec Julien Donkey Boy (1999). Le film est tourné (plus ou moins) selon les conventions en vigueur du Dogme, notamment en vidéo, ce qui donne à l'image une texture très particulière, car utilisée à partir de moyens techniques extrêmement pauvres. On retrouve alors au casting Chloé Sévigny, sa girlfriend du moment, déjà présente dans Gummo, ainsi que Werner Herzog, l'une de ses idoles, impressionné par son précédent film. Hélas le film laisse sceptique les admirateurs de Gummo. En racontant l'histoire d'une famille dont l'un des membres est schizophrène, Korine perd une bonne partie de ses spectateurs en route. Certains critiques, américains et européens, le soutiendront néanmoins, avant que l'auteur ne s'égare et traverse une longue période de crise et de désillusion où il tombera dans la drogue, perdra ses biens, partis en fumée lors d'un incendie, et se laissera tenté par l'exil. Durant ces années, où on n'entend plus parler de lui au cinéma, Korine tente malgré tout de rester actif, il tourne quelques clips, pour Bonnie Prince Billy et Cat Power, réalise le documentaire Above the Below (2003) pour la télévision anglaise, et produit quelques courts métrages : Blackberry Winter et The Dirty Ones (Brent Stewart, 2006 / 2008), The Aluminium Fowl (James Clauer, 2006). Il se lance aussi dans la photo et diverses expositions, notamment à la Galerie du jour d'Agnès B en 2003, l'une de ses plus ferventes admiratrices et soutiens. On lui doit également une publicité, deux projets inachevés dont Jokes, en collaboration avec son ami, et admirateur, Gus Van Sant, ainsi qu'un recueil de photos, The Bad Son, où il revient sur son expérience avec Macaulay Culkin qu'il avait mis en scène dans le clip pour Sonic Youth.

Si Korine fait un peu parler de lui en 2003 lors de la sortie de Ken Park de Larry Clark, film dont il a écrit le scénario plusieurs années avant le tournage, ce n'est pas dans les meilleures dispositions. L'ex surdoué apparaît désormais aigri, il maudit Clark qui selon lui aurait tout volé à son œuvre : les deux hommes sont en froid, et Korine surtout à bout. Il se cherche, erre tel un fantôme sans identité, le cinéma ne l'intéresse plus, il déprime. Et puis progressivement Harmony reprend goût à la vie. Tombé au plus bas, il ne peut que remonter, retrouver le sourire et l'envie de faire des films. C'est ainsi qu'il se lance sur un nouveau long métrage, Mister Lonely , présenté à Cannes en 2007 (le film sortira plus d'un an après sur les écrans français). On retrouve alors l'univers de l'auteur tel qu'on l'avait laissé, ses talents de plasticien, son amour des marginaux, son affection pour les figures solitaires cherchant une place dans un réel où ils ont toujours l'allure d'un freak illuminé. Ici, Korine raconte l'histoire invraisemblable d'un sosie de Michael Jackson rencontrant le sosie de Marilyn Monroe. Ensemble ils partent dans une demeure immense perdue en Ecosse, où, au sein d'une communauté de sosies, ils vont monter un spectacle. Pendant ce temps, en parallèle, des Sœurs conduites par Herzog découvrent qu'elles survivent à une chute libre en parachute. Les deux histoires se suivant ainsi en parallèle, a priori sans lien, mais au fond liées. Si l'exercice ne va pas jusqu'au bout, si Korine se repose un peu trop sur son univers et un scénario qui manque de tenue dans son développement narratif, le film n'en demeure pas moins emprunt d'une belle mélancolie. Ses personnages en pleine quête existentielle ou spirituelle errent à nouveau dans un monde qui semble se dérouler à côté d'eux. Malgré ses nombreuses faiblesses, le film délivre encore ce parfum unique et cette poésie de l'adolescence propre à Korine qui font de Mister Lonely un objet atypique, drôle, émouvant, désespérement attachant. Un jouet arty pour cancre doué nous révélant avec une candeur faussement roublarde la beauté fragile de frèles créatures aux illusions perdues, ou presque.    

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