Harrison Ford se découvre une passion pour le métier d'acteur en étant l'un des principaux animateurs radio de son lycée et en jouant dans une troupe à l'université. En 1964 il quitte l'Illinois et part s'installer à Los Angeles où tout en exerçant le métier de menuisier, il fait quelques petites apparitions dans des séries B de la Columbia :
Un Truand (Bernard Girard, 1966),
A Time for Killing (Phil Karlson, 1967). Tout en multipliant les apparitions à la télévision (
L'Homme de fer,
Sur la piste du crime,
Gunsmoke...), il est pris sous contrat chez Universal. Il met alors progressivement en avant ses dons pour la composition, et surtout son physique et son allure au charme insolent. Révélé par les cinéastes de la Nouvelle Vague américaine, à qui il doit tout son succès, on le voit ainsi chez
Francis Ford Coppola dans
Conversation secrète (1974) et
Apocalypse Now (1979) ; puis surtout chez
George Lucas qui après l'avoir engagé pour
American Graffiti (1973) va lui offrir le rôle désormais mythique de Han Solo dans
La guerre des étoiles (1977) et ses suites,
L'Empire contre-attaque (Irvin Keshner, 1980) et
Le Retour du Jedi (Richard Marquand, 1983). Ford y crée un personnage sur-mesure, un flibustier intergalactique issu des plus grands serials hollywoodiens. Son humour ironique et goguenard, son allure décontractée et son sens de l'honneur font des ravages, il est l'atout sexy et mature de
Star Wars, et probablement le héros préféré des deux trilogies.
Parfait dans ce rôle d'aventurier de l'espace, c'est tout naturellement que
Steven Spielberg et
George Lucas l'embauchent à la place de
Tom Selleck pour l'autre grand hommage des eighties au serial américain (des films d'aventure exotique aux films pour enfants), la trilogie
Indiana Jones :
Les Aventuriers de l'Arche perdue (1981),
Indiana Jones et le temple maudit (1984) et
Indiana Jones et la dernière croisade (1989). Malin, Ford y reprend tout ce qu'il a mis en place avec Han Solo tout en l'adaptant au rôle et à son univers : il conserve les pointes d'ironie dans l'action sans effacer le côté obsessionnel et passionné du personnage ; il rend à la fois crédible les capacités physiques et intellectuelles de son héros sans tomber dans la performance ou la surenchère ; il a ce charme du baroudeur savant qui fait tomber les filles sans crâner ni devoir leur courir après, en bref il a cette classe viril et smart, juvénile mais adulte, qui fait rêver tout en redonnant couleurs et optimisme à un cinéma américain traversé par la sinistrose et les anti-héros des années 70. En parallèle de ses passages chez
Spielberg et
Lucas, Ford s'illustre aussi à la même période chez
Ridley Scott dans
Blade Runner (1982). Sur un autre ton (plus grave, sérieux), il trouve dans cette adaptation de Philip K.Dick une adéquation entre son goût pour la composition et sa capacité à faire vivre une figure, s'imposant à la fois par sa présence, son allure, et sa capacité à mettre en relief l'obstination de son personnage embarqué dans un conflit métaphysique entre l'homme et la machine.
Splendeur et décadence
Au sortir de ces succès qui lui donneront les plus grands rôles de sa carrière, Ford va petit à petit s'essayer à divers genres chez de multiples réalisateurs mais sans jamais retrouver la même aura. S'il impose sa personnalité dans deux films de l'australien
Peter Weir,
Witness (1986) et
Mosquito Coast (1985), et qu'il reste l'un des acteurs les plus populaires de l'époque, notamment pour ses apparitions dans
Frantic (
Roman Polanski, 1988) et
Working Girl (
Mike Nichols, Id), il va dès le début des années 90 s'engager dans une série de thrillers de qualité très inégale qui vont élimer progressivement sa filmo. Si on peut ainsi encore sauver
Présumé innocent (Alan J.Pakula, 1990) et trouver des qualités au
Fugitif (Andrew Davis, 1993), il s'égare en acceptant les adaptations des romans de Tom Clancy,
Jeux de guerre et
Danger immédiat (
Philip Noyce, 1992-1994), et surtout le film patriotique de Wolfgang Petersen
Air Force One (1997). En s'éloignant du savoureux cocktail entre la comédie et l'action où il a su prouver son talent, Ford avance à l'aveuglette sans convaincre, jusqu'à connaître quelques beaux fours au box office :
Six jours sept nuits (
Ivan Reitman, 1998),
L'Ombre d'un soupçon (Sidney Pollack, 1999). Il arrive toutefois à séduire dans le remake de
Sabrina (1995) de
Pollack où il reprend le rôle autrefois joué par Humphrey Bogart, et trouve son meilleur rôle depuis longtemps dans
Apparences (2000), beau film d'angoisse signé
Robert Zemeckis.
A partir des années 2000, il prend peu à peu ses distances avec Hollywood, ne revenant que pour des films médiocres, sans ambitions ou ratés :
K-19: le piège des profondeurs (Katheryn Bigelow, 2002),
Hollywood Homicide (Ron Shelton, 2003),
Firewall (Richard Loncraine, 2006). On le croit alors un peu fini, n'acceptant plus de tourner que pour faire plaisir à son banquier. L'acteur n'étant d'ailleurs plus du tout convaincant, il semble blasé, absent, à peine dérangé par le fait d'être oublié. Mais coup de tonnerre, ceux à qui il doit sa gloire viennent le réveiller de sa quasi retraite pour le remettre en selle et lui redonner une nouvelle jeunesse. A 66 ans, Ford accepte de faire ce qui risque d'être son baroud d'honneur (au moins pour le genre) : réincarner le célèbre Indiana Jones pour un quatrième et inespéré épisode :
Indiana Jones et le royaume du crâne de cristal (
Steven Spielberg, 2008). Après ce retour tant attendu, l'acteur sera à l'écran aux côtés de
Sean Penn et
Ray Liotta dans
Crossing Over (
Wayne Kramer, Id), un film choral sur des immigrés tentant d'obtenir un visa à Los Angeles.