Jacques Rivette



Jacques Rivette Naissance : 01 March 1928 à Rouen
Age : 81 ans
Métiers : Acteur, Réalisateur, Scénariste de cinéma
Je me suis retrouvé au milieu de l’affaire de la Religieuse sans l’avoir cherché.
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Jacques Rivette est l'une des figures clés de la Nouvelle Vague. Né le 1er mars 1928 à Rouen, il est depuis l'enfance un passionné d'écriture. C'est par ce vecteur qu'il entre dans le milieu fermé du cinéma en migrant vers Paris en 1949. A la Cinémathèque Française, il fait la connaissance de François Truffaut, Jean-Luc Godard, et Eric Rohmer, avec qui il fonde en 1950 La Gazette du Cinéma. La revue ne dépassera pas cinq numéros. Il se fait connaître et devient ensuite critique aux Cahiers du Cinéma à partir de 1953, avant de prendre la casquette de rédacteur en chef de 1963 à 1965. On lui devra notamment un article devenu depuis un classique de la critique, « Le travelling est affaire de morale », autour du film Kapò de Gillo Pontecorvo (1959). Egalement collaborateur au magazine Arts, il défendra des auteurs comme Eric Von Stroheim, Roberto Rossellini, F.W Murnau et surtout Fritz Lang, peut-être celui qui aura le plus d'influence sur son cinéma. Rivette débute sur les plateaux en tant qu'assistant de Jacques Becker et Jean Renoir, sur qui il fera trois émissions de la série Cinéastes de notre temps en 1967. Après quelques essais où il s'initie au cinéma : Aux quatre coins (1949), Le quadrille (1950), Le divertissement (1952), il se fait enfin remarquer avec le court-métrage, Le coup du berger (1956), coécrit avec Claude Chabrol, autre membre célèbre de la Nouvelle Vague.

En 1958, Rivette tourne son premier long-métrage, Paris nous appartient, où il aborde déjà l'un des thèmes récurrents de toute sa carrière : le complot. Il expérimente sur ce tournage une méthode qui deviendra sa particularité, sa patte en tant que réalisateur : il ne donne pas de scénario aux acteurs, les laissant improviser avec quelques pages de synopsis. La répétition théâtrale prenant par ailleurs très tôt chez lui l'idée d'une exposition propre à la créativité artistique. La longueur du film est également inhabituelle pour l'époque. Ce sera l'une des clés de voûte de son cinéma : la durée de ses récits dissolve le monde dans lequel ils prétendaient s'installer pour en construire un autre, plus vaste, où ces intrigues sont restituées à leur dimension de détail. Ce qui importera chez Rivette, ce seront moins les histoires (même si elles sont toutes identiques, même si elle relèvent de l'obsession) que le flux. C'est ce flux qui témoignera de l'existence d'un monde des images, comme d'une réalité parallèle. La plupart de ses films seront des fenêtres sur ce monde. Et seuls ceux de Rivette en ouvrent les portes, que l'on peut franchir pour s'y perdre ensuite, à tout jamais, dans des récits où la digression sera l'élément architectural central d'univers où les rapports évoluent en vase clos.

De la durée


En 1966, Rivette tourne son second film, La Religieuse, adapté du roman de Denis Diderot. La jeune religieuse qui refuse de prononcer ses vœux est alors incarnée par l'égérie de la Nouvelle Vague, Anna Karina, à la fois rebelle et sensuelle. Le film est censuré. On ne s'attaque pas au mammouth de l'Eglise impunément. De 1968 à 1974, Rivette poursuit ses expérimentations. Il réalise L'amour fou (1968) en étirant la durée à 4 heures. Avec Out 1, noli me tangera (1971), il dépasse toutes les limites de durée jamais vues au cinéma : 12h40. Le film sera remonté pour une version de 4h15 distribuée en salles en 1974. Rivette y approfondit son travail sur l'improvisation, le mélange entre document et fiction, le complot. En 1974, dans Céline et Julie vont en bateau (3h13), il se tourne vers le fantastique. En 1975, il projette de tourner une série de quatre films dont il ne tournera que deux, Noroît (1976) et Duelle (Id). Suivront Merry-Go-Round (1978) et Le pont du Nord (1981), où il revient sur divers de ses thèmes, puis L'amour par terre (1984), indiquant les débuts d'un nouveau dépouillement.

Après La Bande des quatre (1988), où il explore à nouveau la question du théâtre à travers un récit pseudo policier nimbé de mystère et autre complot, il réalise en 1991 La Belle Noiseuse, une libre adaptation de Balzac avec Emmanuelle Béart et Michel Piccoli. Puis, il met en scène la vie de Jeanne d'Arc dans un film en dyptique : Jeanne la Pucelle, les batailles, et Jeanne la Pucelle, les prisons (1994), avec Sandrine Bonnaire. Un film épuré, bressonien, d'une exigence rare. Une œuvre fascinante, sans concession, mais hélas un retentissant échec public. L'année suivante, avec Haut bas fragile (1995), il tente d'adopter un ton plus léger dans lequel il a du mal à trouver ses marques. Avec Secret défense (1998), il retrouve Sandrine Bonnaire pour un thriller étonnant et mystérieux, proche de Lang, ses références hollywoodiennes, et dont le morceau de bravoure esthétique célèbre restera le long trajet en quasi temps réel situé au milieu du film. Suivra en 2000 Va savoir, une comédie réjouissante et virtuose entre vie et théâtre. Trois ans plus tard, il retrouve Emmanuelle Béart pour la sombre Histoire de Marie et Julien (2003), l'autopsie singulière d'un couple où pour la première fois Rivette tourne des scènes érotiques, parmi les plus belles du cinéma français. Avec Ne touchez pas la hache (2007), adapté de Balzac, il livre une œuvre sèche, ciselée, riche, puissante et d'un romantisme rare. Il sortira enfin en 2009, 36 vues du Pic Saint-Loup, écrit par son fidèle scénariste, le réalisateur et ancien critique, Pascal Bonitzer.

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