James Stewart fût l'un des plus grands acteurs de l'âge d'or hollywoodien. Né en Pennsylvanie, il débute sa carrière d'acteur durant ses études d'architecture à Princeton. En 1932 il intègre l'University Players où il fait la connaissance d'
Henry Fonda, qui deviendra son fidèle ami, et la future épouse de ce dernier, Margaret Sullavan, qui sera l'amour platonique de sa vie. Il débute en même temps à Broadway, travaille comme régisseur à Boston, puis après quelques apparitions décroche un contrat de sept ans à la MGM. Ses manières de garçon poli et timide, sa voix douce, hésitante et pourtant mélodieuse, sa droiture morale de jeune homme pur et altruiste, feront de lui une incarnation des valeurs fondamentales de l'Amérique. Il devient vite une vedette et s'illustre dans des films comme
Epreuves (Edward H. Griffith, 1936),
L'Amiral mène la danse (Roy Del Ruth, Id),
Le Dernier gangster (Edward Ludwig, 1937).
Prêté à d'autres studios, on le voit également dans
L'Heure suprême (Henry King, Id) pour la Fox,
Mariage incognito (George Stevens, 1938) pour la RKO, et
Vous ne l'emporterez pas avec vous (Id) pour la Columbia, sa première rencontre avec
Frank Capra. Il continuera d'interpréter son personnage gauche mais droit, émanation d'une conscience collective et rurale rappelant ses égarements aux turpitudes urbaines, dans quelques chefs-d'œuvre du cinéma d'avant-guerre américain :
Mr. Smith au Senat (
Frank Capra, 1939),
Rendez-vous (
Ernst Lubitsch, 1940),
Indiscrétions (
George Cukor, Id). Ce qui fait la force du jeu de James Stewart, c'est qu'il n'incarne pas un programme, mais à chaque fois un individu dont la naïveté, le naturel, la spontanéité, la rigueur morale, rappellent aux pays ses valeurs essentielles.
Le visage de l'Amérique
Engagé dans l'US Air Force durant la guerre, qu'il terminera avec 20 missions au combat et plusieurs médailles, ce républicain convaincu ne revient au cinéma qu'en 1946 avec l'un de ses films les plus célèbres,
La Vie est belle de
Frank Capra. Ce conte de Noël deviendra un classique, Stewart y atteint des sommets d'authenticité et d'émotion, il invente un personnage d'une bonté absolue dont le moindre acte révèle la responsabilité infinie de chaque action humaine, l'importance capitale des liens qui fondent la solidarité d'une communauté et l'humanité tout entière. Personne n'aurait pu alors interpréter ce rôle de George Bailey, avec une telle vérité, une telle puissance émotionnelle contenue.
La Vie est belle sera l'un des ses chefs-d'œuvre et pour
Capra le plus grand film qu'il n'ait jamais réalisé.
Dès lors les films de Stewart deviendront régulièrement des combats pour la justice et la vérité : sauver la vie d'un innocent dans
Appelez Nord 777 (Henry Hathaway, 1948), découvrir le meurtre de deux jeunes étudiants nihilistes dans
La Corde (
Alfred Hitchcock, Id), combattre la maladie dans
Un homme change son destin (Sam Wood, 1949). A partir de 1950 il entame une série de western avec
Anthony Mann qu'ils ouvrent magistralement avec
Winchester 73. Suivi de près par
Les Affameurs (1952),
L'Appât (1953),
Je suis un aventurier (1954) et
L'Homme de la plaine (1955). Stewart trouve ici parmi ses rôles les plus sombres et dérangeants. Ses personnages sont moins aimables, parfois déviants, névrotiques, ils peuvent plonger dans la folie, un paroxysme se concluant par des excès de violence lorsque le monde ou les événements ne s'accordent plus à leur conscience morale.
Mann reprend le jeu de Stewart pour le pousser dans des retranchements inédits, à sa manière il le renverse, fait de lui un héros solitaire à l'ambigüité complexe. Rarement il n'aura autant explorer l'aspect psychologique de ses personnages.
Vertige(s)
Si
Mann et James Stewart se retrouveront dans d'autres genres pour
Le Port des passions (1953),
The Glenn Miller Story (Id) et
Stategic Air Command (1955), l'acteur entame au même moment une fructueuse collaboration avec
Hitchcock qui après l'essai semi raté de
La Corde, va devenir mondialement célèbre pour
Fenêtre sur cour (1954),
L'homme qui en savait trop (1956) et
Vertigo (
Sueurs froides, 1958). Le maître du suspens géométrique va user de son humour et surtout de son ambigüité. Obsédé par Kim Novak dans
Vertigo ou voyeur dans
Fenêtre sur cour, il signera là parmi ses plus grandes interprétations, les plus inoubliables avec celles chez
Mann et Capra. Fragile et impuissant, manipulé et maladroit, il fera naître le malaise, la nostalgie, l'inquiétude, l'incertitude. Il sera un homme égaré, perdu ou effrayé face au temps ou aux images qu'il ne peut pas contrôler. Indifférent à la morale du personnage stewartien,
Hitchcock joue de son physique instable, reprend sa gestuelle, ses maladresses pour en faire des motifs ou des signes.
Après ces coups de maître, Stewart se fait ensorceller par Kim Novak chez le mésestimé Richard Quine dans le chef-d'oeuvre
L'Adorable voisine (1958), puis grâce à Otto Preminger il tient l'un de ses rôles les plus mûrs et complexes de toute sa carrière dans
Autopsie d'un meurtre (1959), un film de procès ingénieux qui pour certains sera la plus grande interprétation de l'acteur. Stewart rencontre ensuite
John Ford sur
Les Deux cavaliers (1961). L'empereur du western lui offre alors quelques beaux films tardifs :
L'Homme qui tua Liberty Valance (1962) et
Les Cheyennes (1964). Western toujours auxquels seront beaucoup consacrées ces années 60 puis 70 mais sans réel brio. En 1970 il amuse vaguement aux côtés de son ami
Henry Fonda dans
Attaque au Cheyenne Club (
Gene Kelly) ; en 1976 on le voit dans un dernier face à face avec
John Wayne dans le crépusculaire
Le Dernier géant (Don Siegel). Vieillissant, il ne trouvera ensuite plus que des rôles à la télévision ou pour prêter sa voix. Comme beaucoup d'acteurs de l'âge d'or hollywoodien il n'a pas survécu aux années 70, il était d'un autre temps que désormais on ne voulait plus voir autrement que comme un musée. Il restera pourtant l'un des acteurs les plus doués, touchants et beaux de sa génération aux côtés des Cary Grant,
Robert Mitchum,
Gary Cooper ou
Henry Fonda. Plus tard on retrouvera ses traits et parfois son jeu dans celui de
Hugh Grant, mais dans un autre genre.