Jean-Marc Barr, acteur éclectique et réalisateur naïf à la carrière internationale, est né en Allemagne d'une mère française et d'un père américain, membre de l'US Air Force. En 1968, la famille décide de quitter les terres germaniques pour la France, puis traverse l'Atlantique afin de s'installer en Californie, à San Diego, en 1974. En vue de son incorporation prochaine, Jean-Marc reçoit une éducation militaire mais refuse finalement d'embrasser la même carrière que son père. En 1980, il quitte les Etats-Unis pour s'installer dans un premier temps à Paris où il étudie la philosophie à la Sorbonne, et dans un second temps à Londres pour suivre des cours d'art dramatique. Parfaitement bilingue, il ne tarde pas à faire ses débuts dans les théâtres londoniens, ainsi qu'au cinéma dans
The Frog Prince (Brian Gilbert, 1984) ou
Le roi David (Bruce Beresford, 1985). A son retour en France en 1986, il apparaît dans
Hotel du lac (TV) et participe au beau film de John Boorman
Hope and Glory - La Guerre à 7 ans (1987). L'année suivante,
Luc Besson le révèle dans le rôle-titre de son troisième long-métrage,
Le Grand bleu (1988).
La vie en bleu...
Inspiré de la vie de Jacques Mayol, le film retrace l'itinéraire de ce plongeur apnéiste d'exception, son désir de symbiose avec l'élément marin et de fait son inaptitude à exister pleinement parmi ses pairs. Le film fait un carton gigantesque en salles (une version longue verra même le jour), le public tombant sous le charme de l'acteur, de sa douceur et de son naturel un peu sauvage. Pourtant, en dépit de ce plébiscite, il faudra attendre 1991 pour le voir de nouveau sur les écrans : d'abord dans le film historique
Le Brasier (Eric Barbier), puis dans la brillante expérimentation formelle qu'est
Europa de
Lars von Trier, première étape d'une fidèle et fructueuse collaboration avec le cinéaste danois. Les deux hommes se retrouveront ainsi pour l'hystérique mélodrame
Breaking the Waves (1996) ; la comédie musicale
Dancer in The Dark (2000) ; le diptyque
Dogville (2003) et
Manderlay (2005), petit laboratoire cinématographique de théâtre brechtien ; et
Le Direktør (2006) comédie satirique feignante.
... et en Dogme !
Lars von Trier va surtout convertir l'acteur aux méthodes du Dogme 95 qu'il a fondé avec Thomas Vinterberg (
Festen, 1998). Un petit manifeste esthétique dont les contraintes formelles visent à anéantir tout artifice cinématographique, vendu comme pseudo-révolutionnaire avec un sérieux papal, mais dont ses auteurs se désolidariseront rapidement, confirmant par là même la vacuité de l'entreprise. Pourtant de nombreux réalisateurs prendront ces préceptes très au sérieux puisqu'une quarantaine films s'en réclameront, dont ceux de Jean-Marc Barr. Suite à la création de sa maison de production Toloda, il va en effet écrire et mettre en scène, avec l'aide de Pascal Arnold, une trilogie sur « l'amour et la liberté », avec
Elodie Bouchez, tournée en DV et à la naïveté confondante:
Lovers (1999),
Too Much Flesh (2001) et
Being Light (id). Expérience qu'il renouvellera en 2006 avec
Chacun Sa Nuit, portrait adolescent dont la sincérité ne rattrape malheureusement pas l'extrême maladresse.
Acteur européen
Poursuivant parallèlement sa carrière de comédien, Barr a su constituer au fil des années une filmographie résolument tournée vers l'international, essentiellement l'Europe, s'essayant à tous les genres avec un bonheur relatif. A l'aise dans le registre de la comédie, qu'elle soit dramatique (
Saltimbank, Jean-Claude Biette, 2003) ou musicale (
Crustacés et coquillages, Olivier Ducatel, 2005), il est l'est tout autant quand il s'agit d'incarner des personnages davantage sombres comme dans
La peste (Luis Puenzo, 1992),
Le fils préféré (
Nicole Garcia, 1994),
J'aimerais pas crever un dimanche (Didier le Pêcheur, 1999) ou le thriller adapté du roman éponyme de Maurice G. Dantec,
La Sirène Rouge (Oliver Mégaton, 2002). Toujours à l'affût de nouveaux projets, Jean-Marc Barr sera notamment à l'affiche de
Parc (Arnaud des Pallières, 2007) et du nouveau Raoul Ruiz,
Nucingen Haus (2008).