Avant de devenir une image figée dans le celluloïd des cinémathèques du monde, Belmondo naît dans une famille d'artistes. Son père, Paul, est un sculpteur réputé, sa mère artiste peintre, son frère directeur de théâtre et producteur de cinéma, sa sœur danseuse. Jean-Paul passe une scolarité agitée, naviguant d'un établissement à l'autre tandis qu'il découvre la boxe, qu'il pratiquera longtemps en amateur. Après ses études, il est tenté par une carrière d'acteur et joue ses premières pièces au début des années cinquante avec une tournée dans les hôpitaux de Paris où il interprète le rôle du prince dans
La Belle au bois dormant. Il passe ensuite en 1951 le concours d'entrée au Conservatoire avec l'aide de Raymond Girard. Il en sort en 1956, défendu par ses camarades contre un jury qui ne lui autorisera l'accès qu'à quelques pièces.
A bout de souffle ou l'éternité instantanée
La même année, Belmondo fait ses premières apparitions au cinéma. On l'aperçoit dans un court-métrage,
Molière, puis l'année suivante dans
A pied à cheval et en voiture, de Maurice Delbez, ou encore en 1958 dans
Les copains du dimanche d'Henri Aisner. Mais c'est surtout avec
Sois belle et tais-toi de Marc Allégret que Belmondo commence à tutoyer des réalisateurs un peu plus importants. Ainsi, on le retrouve à l'affiche de
Les Tricheurs (1958) de Marcel Carné,
Un drôle de dimanche, d'Allégret de nouveau, et surtout dans les premiers films tournés par la Nouvelle Vague. Après
A double tour (1959) de
Claude Chabrol, Belmondo explose dans
A bout de souffle de
Jean-Luc Godard, un film charnière de l'Histoire du cinéma dont le principe de déconstruction bouleversera notre façon de faire et de penser les images aux quatre coins du monde. Grâce à
Godard , Belmondo devient instantanément une star. Sa capacité à pouvoir tout jouer, à mélanger les genres et les tonalités en jouant le tragique sur le ton de la comédie, avec une désinvolture inimitable qui lui donne ce charme fou et romantique que la jeunesse des Cahiers (du cinéma) espérait tant, fait de lui un acteur au charisme insensé, un modèle, une icône.
Un acteur polymorphe
Belmondo traverse alors les années soixante comme un comète en enchaînant les rôles, beaucoup en France mais aussi en Italie. On le retrouve autant à l'affiche de succès que devant la caméra de réalisateurs de grande signature :
Classe tous risques (1960) de
Claude Sautet,
Moderato cantabile (1960) de
Peter Brook,
Paysanne aux pieds nus (1960) de
Vittorio de Sica ou encore
Mauvais Chemin (1961) de Mauro Bolognini. Mais c'est surtout une nouvelle fois chez
Godard avec
Une Femme est une femme (1961) puis
Pierrot le fou
(1965) qu'il prouve encore son talent. Confirmé parallèlement chez les maîtres du polar français :
Jean-Pierre Melville, pour qui il tourne au moins un chef d'œuvre,
Le doulos (1962), et
Jean Becker, chez qui on le voit entre autres dans
Un Nommé La Rocca (1961). Acteur polymorphe, qu'on compare à pléthore de cousins aussi bien américains (Bogart, Cagney,
Dean) que français (
Jean Gabin, Michel Simon), Belmondo s'amuse alors à tout jouer. On le retrouve ainsi dans ce qui sera son terrain de jeu, les films d'action et d'aventure, notamment ceux de
Philippe de Broca comme
Cartouche (1962), et surtout
L'homme de Rio (1964) et
Les tribulations d'un chinois en Chine (1965), qui avec leur côté picaresque donnèrent de belles lettres de noblesse au cinéma de divertissement français.
Dès le milieu des années soixante, Belmondo participe à quelques grands succès populaires signés et réalisés par ceux incarnant l'antithèse de la Nouvelle Vague. On le retrouve ainsi chez
Henri Verneuil, dans les films écrits par
Michel Audiard :
Un singe en hiver (1962) et
Cent mille dollars au soleil (1964), des rôles aux dialogues surlignés qui plus tard satisferont l'ego surdimensionné de l'acteur. En attendant, et s'il expérimente moins depuis
Pierrot le fou, on le retrouve à l'affiche de quelques titres phares ou devant la caméra de cinéaste connus ou en voie de l'être :
Paris brûle-t-il ? (1966) de Réné Clément,
Le Voleur (1967) de
Louis Malle,
Un homme qui me plaît (1969) de
Claude Lelouch,
Le Cerveau (1969) de
Gérard Oury où il partage l'affiche avec
Bourvil, ou encore
La sirène du Mississipi (1970), de
François Truffaut, son dernier film Nouvelle Vague.
De Belmondo à Bébel
A partir des seventies, Belmondo amorce un virage durable dans sa carrière qui détermine son identité telle qu'elle est la plus souvent connue. Abandonnant la complexité des rôles de la décennie précédente, il va jusqu'à caricaturer son style pour les besoins d'un grand cinéma populaire qui satisfera sa célébrité. Hormis son rôle chez
Alain Resnais dans
Stavinsky (1974), il s'entoure d'une bande de comédiens et de réalisateurs qui l'aident à forger son stéréotype. On le retrouve ainsi chez
Verneuil (
Le Casse,
Peur sur la ville),
de Broca toujours (
Le Magnifique, 1973,
L'incorrigible, 1975), et surtout chez
Georges Lautner dans des comédies d'action écrites par
Audiard où Bébel, plein de bravoure et d'excentricité, fait lui-même ses cascades (
Flic ou voyou,
Le Guignolo,
Le professionnel,
Les Morfalous).
Ses personnages ne varient alors guère : flic, gangster, grand séducteur, anarchiste ou héros au grand cœur, ils dressent tous le bilan de valeurs simplistes auxquelles le public n'a pas de mal à s'identifier. Narcissique et prévisible, cabotin et parfois si maniéré qu'il frôle le cartoon, Belmondo cultive son image jusqu'à lasser les spectateurs. La fin des années quatre-vingt lui et surtout
Claude Lelouch lui offre alors l'occasion d'en finir avec les rôles athlétiques de viril redresseur de tort. Avec
Itinéraire d'un enfant gâté (1988) qui lui vaut un César, puis
Les misérables (1995), Belmondo effrite un peu son archétype en offrant du « grand rôle » au public. La suite, plus épisodique, ne laisse par contre rien de mémorable. Entre le navet de
Patrice Leconte,
Une chance sur deux (1998), supposé réunir au sommet deux vedettes du cinéma français (Belmondo/
Delon),
Peut-être (1999) du jeuniste
Cédric Klapisch ou
Les Acteurs (2000) de
Bertrand Blier, l'heure de gloire de l'acteur semble décidément loin. Promu commandeur de la Légion d'honneur en 2007, on devrait le revoir enfin au cinéma en 2008 dans un remake de
Umberto D. de
Vittorio de Sica réalisé par le comédien
Francis Huster.