Jean-Paul Rouve, c'est un peu le genre de comédien français qu'on rêve de voir dans un film à la mesure de son talent, mais qui n'a pour l'instant pas vraiment trouvé celui qui a su le filmer. Venu au cinéma par le théâtre, qu'il découvre lorsqu'il vit encore dans sa ville natale de Dunkerque, Rouve s'est fait connaître grâce à la pièce
Robin des bois, d'à peu près Alexandre Dumas, avec ses compères de la troupe, les Robins des bois. Découverts par
Dominique Farrugia, l'ancien complice des Nuls -devenu producteur pour la chaine Comédie-, ce dernier leur propose de venir faire les pitres à la télévision. Le succès est vite au rendez-vous, si bien que la bande part faire son show sur Canal + où ils deviennent rapidement populaires. Entre-temps Rouve a déjà fait quelques apparitions au cinéma ou à la télévision, on l'a vu ainsi dans
De père inconnu (Pierre Joassin, TV.1993),
Serial lover (James Huth, 1998),
Karnaval (Thomas Vincent, 1999),
Trafic d'influence (
Dominique Farrugia, 1999), ainsi que pas mal d'épisodes de
Julie Lescaut, de 1993 à 2000.
Après la fin des Robin des bois à la télévision, Rouve ne va plus cesser de tourner. Nous sommes aux débuts des années 2000, et de son ancienne troupe, il sera celui qui obtiendra le plus de rôles. La plupart seront des comédies, naturellement, mais pas seulement. En vrac :
Le Petit Poucet (
Olivier Dahan, 2001),
Tanguy (Etienne Chatilliez, Id),
Astérix et Obélix : mission Cléopâtre (
Alain Chabat, 2002),
Monsieur Batignole (
Gérard Jugnot, Id),
Mon Idole (
Guillaume Canet, Id),
Mais, qui a tué Pamela Rose ? (
Kad et Olivier, 2003),
RRRrrrr!!! (
Alain Chabat, 2004), écrit par les Robins des bois, et qui ne sera d'ailleurs pas un succès. Ou encore
Podium (
Yann Moix Id), où il est un incroyable sosie de
Polnareff ;
Casablanca driver (Id), signé
Maurice Barthélémy, ex Robin des bois ;
Un long dimanche de fiançailles (
Jean-Pierre Jeunet, Id) où son allure colle parfaitement à l'époque et
Un petit jeu sans conséquence (Id), dernier film de
Bernard Rapp. Encore souvent dans des seconds rôles, Rouve se fait si bien remarquer qu'il ne va pas tarder à passer en haut de l'affiche.
Vers le haut de l'affiche
Ainsi suivent
Je préfère qu'on reste amis (Olivier Nakache et Eric Toledano, 2005), où il forme un duo tendre et sympathique avec
Depardieu ;
Boudu (Id), pathétique tentative de remake du film de
Renoir par le dispensable
Gérard Jugnot ;
Bunker paradise (Stefan Liberski, Id), un premier film qui lui offre le rôle principal ;
Le Temps des porte-plumes (Daniel Duval, 2006), pas le meilleur film de son auteur mais une prestation honnête pour l'acteur ;
Nos Jours heureux (Id), où il retrouve Nakache et Toledano pour une version longue d'un de leur court-métrage (pas fameux) sur les colonies de vacances ;
L'Ile aux trésors (2007), indiscutable navet d'Alain Berbérian avec
Jugnot au casting ;
La Môme (
Olivier Dahan, Id), où il obtient un second rôle, comme tous les autres acteurs du film sauf
Marion Cotillard ;
Ce soir, je dors chez toi (
Olivier Baroux, 2007), comédie ratée ; et enfin
La Jeune fille et les loups (Gilles Legrand, 2008), où il donne la réplique à
Laetitia Casta dans un film d'aventure qui se cherche sans vraiment convaincre.
Mais l'évènement, le premier peut-être, de sa carrière, Rouve l'accomplit en réalisant lui-même
Sans arme, ni haine, ni violence (2008), une belle tentative, pas complètement réussie mais riche néanmoins, de ressusciter le gangster Albert Spagiarri. Fameux cambrioleur des années soixante-dix qui avait défrayé la chronique et dont Rouve incarne à merveille le personnage, dans toute sa complexité, ses travers et son pathos comme sa classe et son panache. Et si le film hésite encore sur sa mise en scène, on y trouve malgré tout par endroit un style prometteur qui pour une fois rend justice au talent d'un comédien qui à une autre époque n'aurait pas volé sa place dans un film de Blake Edwards. Car en Spagiarri, Rouve a trouvé un héros de sa trempe, un as du travestissement, un conteur, un homme de scène, qui rêve de briller, de s'inventer, mais qui est sans cesse ramené à sa condition, à la fois triste et drôle, juvénile et tragique.