Jean-Pierre Jeunet




Cinq ans après Un long dimanche de fiançailles, Jean-Pierre Jeunet revient avec Micmacs à tire-larigot, comédie sociale qui mixe le film de vengeance et le cartoon. Le réalisateur d'Amélie Poulain nous explique les raisons de cette longue absence, expose sa vision d'Internet et évoque ses projets futurs.

Jeunet, artisan de l'imaginaire

Origines de Micmacs à tire-larigot :

C'était une réaction après deux ans de boulot à ne pas tourner. Parce que j'ai perdu deux ans sur un très beau projet américain (Life of Pi). Je me suis amusé, hein, j'ai fait le scénario, le story-board, j'ai fait des repérages en Inde, ça a été très loin. Mais je n'ai pas tourné. Donc, à un moment, j'avais besoin de me retrouver derrière une caméra : j'ai ouvert ma boîte à idées et je me suis dit « qu'est-ce que j'ai dedans ? Ah les marchands d'armes, une histoire de vengeance, une bande de farfelus ferrailleurs... Allez hop, on réunit tout ça et on fait une histoire avec ».

Dénoncer les marchands d'armes ?

Je trouve ça un peu prétentieux de dire qu'on dénonce. Et je dénonce quoi ? Que les marchands d'armes c'est pas joli-joli ? Franchement ce n'est pas un scoop, tout le monde s'en doute. Mais par contre, je trouve intéressant d'en parler et d'en parler avec justesse. Même si c'est une comédie burlesque, on a quand même enquêté : on a été interviewer des gens dans une manufacture d'armes en Belgique, qui fabriquent les flèches qui viennent transpercer des tanks, qui montent la température à 1500 degrés et qui brûlent tout le monde. On a interviewé un ancien de la DGA (la Direction générale de l'Armement) et un ancien barbouze. On a vraiment eu des phrases qui sonnent juste et qui montrent l'inconscience de ces personnes, qui sont des passionnés de technologie, des gens adorables d'ailleurs, qui aiment la technique, mais qui oublient complètement à quoi elle se destine.

Le spectateur Jeunet

Je suis de moins en moins cinéphile. Il y a même eu un moment où j'ai commencé à me dire que, comme Tabarly qui dit qu'il n'aime pas la mer mais plutôt son bateau, moi j'aimais finalement plus faire des films que d'en voir. Et puis là j'étais président du jury à Deauville, j'ai vu 4/5 films vraiment formidables et j'ai re-soufflé sur la braise, la braise a re-rougi, ça m'a fait du bien. Parce que sinon, j'étais devenu un peu spectateur de séries télé. Les mêmes que tout le monde, hein : The Wire, Les Soprano, Six Feet Under. Et là maintenant, ça me redonne envie de voir des films.

Propos recueillis par Damien Leblanc

 

 

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