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Jean Renoir


Nationalité : française
Naissance : 15 septembre 1894
Mort le : 12 février 1979
Métier : Réalisateur

Jean Renoir

Biographie de Jean Renoir

 

Fils du célèbre peintre impressionniste Auguste Renoir (1841-1919), Jean Renoir fut l'un des plus importants cinéastes du cinéma français d'avant et d'après-guerre. De cette relation filiale, comme l'écrit l'historien Jean Loup Passek, il a conservé les formes de sa sensibilité, sa culture, sa philosophie de l'accord avec le monde (« la vie est un état, non une entreprise »), son esthétique (« je suis un homme du XIXème siècle et j'ai besoin de l'observation comme point de départ ») et son insertion sociale. Avant de se lancer dans le cinéma, Jean Renoir débute par des études médiocres puis s'engage dans le corps des Dragons en 1912. Soldat entre 1915 et 1915, il passe aviateur entre 1916 et 1918. Il gardera de la première guerre mondiale une blessure à la jambe qui le fera boiter toute sa vie. En 1920 il épouse Andrée Heuchling, le dernier modèle de son père, et s'installe comme céramiste. Lorsqu'il découvre Folies de femmes (1921) d'Eric Von Stroheim en 1924, il décide de sa carrière et se lance dans le cinéma. Selon Passek, « l'allègre et sarcastique cruauté de Stroheim sera une composant du style renoirien ».

 

Renoir tourne son premier film en 1924, Une vie sans joie, une fable impressionniste avec son épouse, rebaptisée Catherine Hessling, dans le rôle principal. L'actrice, entre la femme et l'enfant, parfois proche de la poupée, jouera par ailleurs durant presque toute la période muette du cinéaste. Malgré l'échec du film, Renoir enchaîne sur une ambitieuse adaptation de Zola, Nana (1926), parfois considéré comme son film le plus important sur cette période. Le sujet exprime l'intérêt de Renoir pour le naturalisme tandis que la mise en scène dévoile, avec confusion, le désir de transformer ce naturalisme. Expérimental par certains aspects, le film ne laisse alors pas le public indifférent, mais s'avère un échec financier, obligeant Renoir (producteur) à accepter diverses commandes commerciales. Durant cette première époque Renoir développe un goût parfois anarchique pour différentes formes, hésitant entre l'impressionnisme français et l'expressionnisme allemand, dont il offre une synthèse inégale mais parfois intéressante. Suivent quelques films aux inspirations diverses et aux qualités discutables : La petite marchande d'allumettes (1928), Tire au flanc (Id), On purge bébé (1931), entre autres. Aucun ne connaît alors un réel succès public.

 

Du réalisme à la politisation

 

Malgré ses échecs, Renoir persévère. Grâce à La Chienne (1931), son premier film parlant et accessoirement son premier chef-d'œuvre, il entre dans nouvelle période, plus attachée cette fois au réalisme. Désormais, ses œuvres collent de plus en plus aux réalités de la société française tout en jouant de nuances et de complexités qui lui sont propres et qu'il invente. Ainsi, « l'artificiel lui sert à exalter le naturel, le faux rend hommage au vrai, le détail non réaliste travaille à l'effet de réalité », dixit Passek. Renoir procède par décalage afin de donner plus d'impact aux choses, de les rendre plus crédibles, plus fortes et réelles tout en conservant une certaine poésie. S'en suit une série de chefs d'œuvre devenus des classiques : La Nuit du carrefour (1932), Boudu sauvé des eaux, (Id), Toni (1935), parfois considéré comme l'ancêtre du néo-réalisme, Parti de campagne (1936), Le Crime de monsieur Lange (Id), ou encore Les Bas-fonds (Id) adapté de Gorky.

 

En 1934, Renoir commence à se politiser avec la proximité du Front Populaire. Il se lie au groupe d'Octobre et collabore avec des auteurs donnant une dimension plus engagée à ses œuvres (Jacques Prévert signant Le Crime de monsieur Lange). Parallèlement, il supervise le film collectif La Vie est à nous (1936), supposé soutenir la campagne électorale du parti communiste ; tient, jusqu'en 1939, une rubrique dans le quotidien Ce soir, dirigé par Aragon ; et tourne avec l'argent de la CGT, La Marseillaise (1938), qui doit illustrer l'idéologie du rassemblement des gauches au gouvernement. Dans La grande illusion (1937), où il offre un rôle à son mentor Eric Von Stroheim, Renoir tente d'envoyer un message de paix supranationale. Mais il a beau prôner la solidarité et l'amitié entre les peuples tout en attaquant les structures de la société qui divisent les individus et créent la guerre, le message ne sera pas reçu. Le film est néanmoins un triomphe commercial. Suivent La Bête humaine (1938), immense tragédie naturaliste inspiré de Zola où Renoir revient à une appréhension lyrique de la fatalité -thème constant chez lui-, puis son film le plus célèbre et le plus étudié, La Règle du jeu (1939). Un échec commercial à l'époque qui, pendant longtemps et jusque dans les années 50, fut critiqué et attaqué par des historiens. Comme le rappelle l'historien du cinéma Jacques Lourcelles, le sujet du film, qui brosse un portrait des différentes classes de la société française, n'avait alors rien d'exceptionnel. Mais la maîtrise de Renoir donne une ampleur et un regard uniques faisant de cette comédie de mœurs grinçante une tragédie fortement dérangeante.

 

A l'Amérique on a préféré l'Inde

 

Renoir s'exile aux Etats-Unis en 1940, où il espère pouvoir à la fois s'intégrer au système hollywoodien et continuer de manière indépendante sa carrière. Ce qui n'est pas sans contradiction et l'oblige forcément à accepter des commandes. Entre L'Etang tragique (1941) et L'Homme du sud (1945) qui déplacent le conflit renoirien entre l'homme et la société vers l'homme et la nature, il tourne deux films de propagande : Viva libre (1943) où s'opposent hitlériens et résistants français, et Salut à la France (1944) sur les combattants alliés. Suivent Journal d'une femme de chambre (1946) et La femme sur la plage (1947), anecdotiques, puis Renoir part en Inde tourner Le Fleuve, d'après le roman autobiographique de Rumer Golden. Pour son premier film en couleurs (Technicolor), le cinéaste livre une œuvre apaisée où il n'est plus question de lutter contre la nature, mais de resituer l'homme dans la réalité, le monde, l'univers, afin qu'il soit en accord avec le tout qui peut s'incarner dans chaque chose. Œuvre à multiples niveaux, sentimental, familial, philosophique, spirituel, métaphysique, Le fleuve est aussi un film à l'esthétique minutieuse et en parfaite cohérence avec son propos. La photographie de Claude Renoir (frère du cinéaste) est parfois jugée comme l'une des plus mémorables du cinéma.

 

Retour en Europe : pour quelques chefs-d'œuvre de plus

 

De retour en France en 1952, Renoir tourne dès l'année suivante Le carrosse d'or, ouvrant ainsi une nouvelle période européenne d'une petite dizaine d'années. Le carrosse d'or est parfois considéré comme le chef d'œuvre absolu de Renoir. Immense fable sur le théâtre comme remède à la vie, espace possible, où vivre de multiples existences, le film vaut aussi pour l'enchantement de ses couleurs et sa mise en scène proche du sublime. Suivent alors deux films à voir comme un prolongement formant une trilogie où Renoir rend hommage au monde du spectacle : French Cancan (1954), sur le créateur du Moulin Rouge, et Eléna et les hommes (1956) qui selon Lourcelles s'inspire du théâtre de Guignol et surtout démontre que le cinéaste, ayant adopté tellement de points de vue durant sa vie, « ne voit plus de sérieux nulle part, sauf peut-être dans les plaisirs de l'amour et de la paresse ».

 

Après être passé enfin par la télévision pour un tournage à huit caméras sur Le Testament du docteur Cordelier (1959), il tourne ses deux derniers films de cinéma, Le déjeuner sur l'herbe (1959) et Le Caporal épinglé (1962). Comme il connaît des difficultés pour se faire produire, il repasse par la télévision en 1970 avec Le petit théâtre de Jean Renoir, son dernier film. Parallèlement il se tourne vers le théâtre, en tant qu'auteur ou metteur en scène, puis se consacre à l'écriture ou la littérature. Il publie ainsi un livre sur son père, Renoir mon père (1962), un autre sur sa carrière, Ma vie et mes films (1974), puis publie trois romans, Les Cahiers du capitaine Georges (1966), Le Cœur à l'aise (1978) et Le Crime de l'Anglais (1979). Retiré en 1970 dans sa villa de Beverly Hills, il décède neuf plus tard après avoir pris la nationalité américaine. Il sera enterré à Essoyes, dans l'Aube, près de ses proches.

Les films de Jean Renoir

Le déjeuner sur l'herbe
Le déjeuner sur l'herbe
(1959)
French Cancan
French Cancan
(1956)
Eléna et les hommes
Eléna et les hommes
(1956)
Le carrosse d'or
Le carrosse d'or
(1953)

Tous les films de Jean Renoir

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