Intéressé très jeune par la comédie, Jean Rochefort intègre le Centre d'art dramatique de la rue Blanche lorsqu'il a dix-neuf ans. Il entre ensuite au Conservatoire mais doit interrompre subitement sa formation en raison du service militaire. A son retour à Paris, il se fait connaître en jouant quelques pièces ou dans des cabarets, puis intègre la compagnie Grenier Hussenot. On le remarque vite, la télévision et le cinéma ne tardent pas à l'appeler. Il apparaît ainsi sur le petit écran à partir de 1957, dans
Fiancés du paradis ( (Lazare Iglesis), puis dans son premier rôle au cinéma avec
Une balle dans le canon (Michel Deville & Charles Gérard, 1958). Le comédien ne va alors cesser d'alterner entre la lucarne et la toile, s'illustrant dès le début des années soixante dans un nombre important de personnages. Sa formation au théâtre classique et son sens de l'humour, son allure longiligne et son visage malicieusement souligné d'une moustache, le portent à ses débuts tout naturellement vers les films de cape et d'épée et le film en costume. Bien qu'il n'en sera pas le héro, on le voit ainsi dans
Cartouche (
philippe de broca, 1962) avec
Jean-Paul Belmondo, ou encore
Le Masque de ferHenri Decoin, Id) avec
Jean Marais, sans oublier la fameuse série
Angélique :
Angélique, marquise des anges (Bernard Broderie, 1964),
Merveilleuse Angélique (Id, 1965) et
Angélique et le roy (Id, 1966).
Son « sens de l'amitié » l'oblige toutefois à accepter régulièrement des seconds rôles ou des personnages sans intérêt. Durant les années soixante, on se souviendra malgré tout de lui chez
philippe de broca dans
Les tribulations d'un Chinois en Chine (1965), ou encore chez
William Klein avec l'indescriptible et génial,
Mais qui êtes-vous Polly Magoo ? (1966). Ce n'est qu'à partir des années soixante-dix, son heure de gloire, que Jean Rochefort commence à s'illustrer dans des rôles où il pourra témoigner de la diversité de son talent, sur une échelle allant de la comédie populaire au drame. Il passe ainsi la même année des
Feux de la Chandeleur (Serge Korber, 1972), un drame conjugal sur fond de morale post 68, au
Grand blond avec une chaussure noire (
Yves Robert, Id) avec
Pierre Richard en vedette. Suivront autant de compositions riches et variées où il excelle autant dans la fantaisie et l'art du loufoque qu'à inventer des personnages complexes dans des registres complètement différents :
Salut l'artiste (Y. Robert, 1973),
L'Horloger de Saint Paul (
Bertrand Tavernier, 1974),
Les Fantômes de la liberté (
Luis Bunuel, Id),
Que la fête commence (
B. Tavernier, 1975), lui valant le César du meilleur second rôle,
Calmos (Betrand Blier, 1976),
Un éléphant, ça trompe énormément et
Nous irons tous au paradis (
Y. Robert, 1976/1977), ou encore
Le Crabe-Tambour (
Pierre Schoendoerffer, 1976) qui lui rapporte le César du meilleur acteur.
Jean Rochefort l'inusable
Au début des années quatre-vingt Jean Rochefort impressionne encore dans
Chère inconnue (Moshé Mizrahi, 1980) aux côtés de
Simone Signoret ;
Un étrange voyage (1981), le beau film ferroviaire en forme de quête spirituelle d'Alain Cavalier où l'acteur étonne par sa présence fragile aux côtés de la fille du réalisateur, Camille de Casabianca ; et
Il faut tuer Birgit Haas (Laurent Heynemann, Id), retrouvant
Philippe Noiret. Par la suite, Rochefort tourne toujours beaucoup, autant à la télévision qu'au cinéma, mais les succès comme la qualité des films n'est plus au rendez-vous. Il faut alors attendre
Tandem (1987) pour que Patrice Leconte, qui signe en passant son chef d'œuvre, lui offre un rôle grave, émouvant et drôle à la mesure de son talent. Les deux hommes se retrouveront plus tard avec la même complicité dans le beau, mais moins poignant, moins réussi,
Le Mari de la coiffeuse (1990), puis sur
Tango (1993),
Les grands ducs (1996),
Ridicule (Id) et enfin
L'Homme du train (2002), pour lequel Jean Rochefort obtient le prix du meilleur acteur au festival de Venise.
Infatigable et fidèle à sa carrière tous azimuts, grand amateur de chevaux depuis
Cartouche (au point qu'il fut consultant sportif pour la télévision), il continuera de tourner un voire plusieurs films par an, chez des cinéastes débutants et confirmés. On se souviendra de lui notamment dans
Cible émouvante (
Pierre Salvadori, 1993),
Barracuda (Philippe Haïm, 1997),
Le Placard (
Francis Veber, 2001),
Akoibon (
Edouard Baer, 2005) et
Ne le dis à personne (
Guillaume Canet, 2006). Il a également plusieurs fois prêté sa voix douce et charmante, singulière, pour servir de narrateur au cinéma et à la télévision. Après son apparition chez
Samuel Benchetrit pour
J'ai toujours rêvé d'être un gangster (2007), il est attendu dans le prochain film d'Etienne Chatilliez,
Agathe Cléry (2008). A noter enfin qu'il est l'auteur de trois courts-métrages documentaires :
Rosine (1973),
T'es fou Marcel (1974) et
Instants Fragiles (2008), co-réalisé par Delphine Gleize. Et qu'il est connu pour n'avoir pas pu terminer le film naufrage de
Terry Gilliam, son adaptation de Don Quichotte (que l'acteur avait commencé avant de tomber malade) dont le tournage invraisemblable est devenu un film, documentaire lui aussi :
Lost in la mancha (2002).