Jerry Bruckheimer est avec
George Lucas l'un des rares producteurs indépendants hollywoodien capables de financer des projets d'envergure pharaonique, de monter des blockbusters dont il s'est fait la spécialité. Né dans une famille d'immigrés juifs allemands, Jerry Bruckheimer a grandi à Détroit dans le Michigan. Diplômé en psychologie de l'Université d'Arizona, passionné par la photographie à laquelle il s'adonne à ses heures perdues, il part pour New York aux débuts des années 70 où il obtient un poste dans une agence de publicité. Profitant de cette expérience, il quitte rapidement la côte Est pour s'installer à Los Angeles et se lancer dans l'industrie du cinéma. Grâce à sa participation comme producteur associé pour la Fox sur
The Culpepper Cattle Co. (1972), il fait la connaissance du réalisateur Dirk Richards, pour lequel il devient producteur sur ses films suivants :
Adieu ma jolie (1975) avec
Robert Mitchum et
Charlotte Rampling, puis
Il était une fois la légion (1977) avec
Gene Hackman et
Catherine Deneuve.
Une définition personnelle du blockbuster
Trois ans plus tard, Bruckheimer produit
American Gigolo (1980) de
Paul Schrader (ex complice de
Martin Scorsese), qu'il financera pour son film suivant,
La Féline (1982), un remake du classique de
Tourneur. Il commence alors à se faire un nom dans la profession. S'il ose encore miser sur des jeunes auteurs talentueux, tel que
Michael Mann dont il produit le premier film au cinéma et accessoirement son premier chef d'œuvre,
Le solitaire (1981), le producteur va rapidement participer à changer le paysage hollywoodien durant les années 80 quant il s'associe avec Don Simpson, rencontré sur
American Gigolo. Ensemble, ils obtiennent leur premier triomphe international avec la comédie musicale
Flashdance (Adrian Lyne, 1983). Dès lors plus rien ne sera comme avant, le duo investit dans une courte série de succès au box office qui vont installer ce qui sera le format définitif du blockbuster hollywoodien.
Le Flic de Beverly Hills (Martin Brest, 1984) ouvre la danse, bientôt suivi de sa suite, tournée par
Tony Scott, dont c'est la seconde collaboration après le succès écrasant et mondial de
Top Gun (1986) avec
Tom Cruise, qu'ils retrouveront sur
Jours de tonnerre (1990). Bruckheimer deviendra alors le producteur récurrent de
Tony Scott puisqu'ils réaliseront ensemble :
USS Alabama (1994),
Ennemi d'état (1998) et
Déjà Vu (2006).
Malgré le décès de Don Simpson en 1996, mort selon certaines sources d'un excès incalculable de drogues, Bruckheimer continue d'imposer son style aux années 90 : des films d'action bourrin et rutilant dont
Michael Bay, qu'il produit la première fois pour
Bad Boys (1995) alors encore avec Simpson, devient la parfaite incarnation. Il y aura désormais une écurie Bruckheimer dont les acteurs les plus décadents et décérébrés seront
Michael Bay en tête pour
The Rock (1998),
Armageddon (1996),
Pearl Harbor (2001) et
Bad Boys 2 (2003), qui conclue leur collaboration dans une apothéose de vulgarité décomplexée et un torrent d'action ; Simon West pour
Les Ailes de l'enfer (1997) ; Dominic Sena pour
60 secondes chrono (2000) ; ou plus récemment John Turtletaub pour
Benjamin Gates et le trésor des Templiers (2004) et
Benjamin Gates et le Livre des Secrets (2007), relecture grossière d'
Indiana Jones sous perfusion du
Da Vinci Code. Si parallèlement Bruckheimer mise sur des projets moins bodybuildés avec le drame
Le Plus Beau des Combats (Boaz Yakin, 2000), la comédie romantique
Coyote Girls et le film familial débile
Kangourou Jack (David McNailly, 2000-2003), ou encore le biopic
Veronica Guerin (Joel Schumacher, 2003), chacun de ces essais n'est pas aussi fructueux que ses grosses machines.
Télévision et cinéma
Aux débuts des années 2000, alors qu'il produit l'autre frère Scott,
Ridley, pour
La Chute du Faucon Noir (2001), dont le ton et l'ambition changent l'image de ses habituelles productions, Bruckheimer se lance dans la télévision, où il avait déjà fait quelques timides essais auparavant. Le succès sera sans précédent : en déplaçant la logique économique qui avait fait son succès du cinéma au petit écran, Bruckheimer devient en quelques années l'un des principaux producteurs de série télé, à la tête de locomotives qui vont affoler les compteurs de l'audience, et se vendre comme des petits pains partout dans le monde.
Les Experts (
CSI), qu'il lance en 2000, sera sa série phare. Les aventures de cette brigade de la police scientifique de Las Vegas impose très vite son ambition esthétique (une image aussi léchée que les films du producteur au cinéma), et un concept qui depuis sera décliné (les avatars des Experts à Miami et CSI New York) et surtout maintes fois copié par d'autres. Face à ce succès qui ne connaît pas de baisse d'audience après 8 saisons, Bruckheimer investit rapidement dans d'autres séries, policières surtout (ce qui marche le mieux), qui toutes à partir d'un concept fort vont devenir des références et des succès internationaux :
Cold Case et
FBI - Portés disparus (
Without a Trace) surtout, ainsi que
E-Ring (
D.O.S - Division des opérations spéciales),
Modern Men,
Close to Home,
Justice et
Just Legal, interrompues après une ou deux saisons.
Au cinéma, Bruckheimer obtient enfin un triomphe planétaire et sans précédent avec la trilogie
Pirates des Caraïbes (Gore Verbinski, 2003-2007), preuve qu'il n'a pas perdu la main et qu'il reste l'un des plus grands entertainers hollywoodiens. Il est également producteur de
Confessions of a Shopaholic (P.J. Hogan, 2009), une comédie romantique ;
G-Force (Hoyt Yeatman, Id), un film d'action avec
Nicolas Cage et
Steve Buscemi, qui décidément ont du signer un contrat à vie avec le producteur puisqu'il s'agit de leur énième collaboration ;
Prince of Persia: Les sables du temps (
Mike Newell, Id), une adaptation du célèbre jeu vidéo avec
Jake Gyllenhaal et
Ben Kingsley ; et
The Elfstoners of Shannara (
Les Pierres elfiques de Shannara, Id), un film de fantasy adapté du célèbre livre de Terry Brooks, très influencé par
Le Seigneur des Anneaux de Tolkien. Le film est à nouveau dirigé par
Mike Newell, réalisateur de
Harry Potter et la coupe de feu (2005), pas un hasard que Bruckheimer l'ait choisi. Le producteur multi millionnaire dont le budget de la plupart des films est aussi visible à l'écran que les recettes qu'ils rapportent, est également connu à Hollywood pour son soutien à Georges W. Bush,
John McCain (dont il a soutenu la campagne en 2008), et plus largement au parti républicain. Ce qui n'étonnera personne.