Jet Li est d'abord un acteur martial. À l'instar de
Jackie Chan, il est formé dès l'enfance aux arts martiaux. A partir de ses onze ans, il est sacré quatre fois d'affilée champion de kung-fu en Chine. Le cinéma ne tarde alors pas à l'appeler. Il n'a que dix-neuf ans lorsqu'il devient la star de
Shaolin Temple (Kam Yim Cheung, 1982). Le succès du film est immédiat. Jet Li impressionne par sa maîtrise, son agilité, sa vitesse. Contrairement à
Bruce Lee, l'acteur est plus virtuose, ses chorégraphies sont plus complexes, aériennes. Le kung-fu y est pour beaucoup, mais pas seulement, son art paraît alors plus varié, plus moderne, plus spectaculaire et ludique. Il n'en faut pas plus pour le sacrer comme nouvelle star du genre. Plus puriste que
Jackie Chan qui joue beaucoup avec la comédie et des recettes importées d'Hollywood, Jet Li apporte une certaine authenticité tout en faisant rêver, il est plus athlétique et à la fois très fantasmatique. Son visage plus effacé, doux, fait aussi de lui un monstre de dextérité dans un corps à l'image inoffensive. Ce qui lui permet d'exploser dans les suites de
Shaolin Temple :
Les Enfants de Shaolin (Id, 1984), et surtout
Les Arts martiaux de Shaolin, d'un des maîtres du genre, son plus grand chorégraphe, Liu Chia Liang.
En 1988, Jet Li passe pour la première et dernière fois derrière la caméra avec
Born to Defend, une semi réussite, puis grâce à
Tsui Hark qui lui offre le rôle du célèbre Wong Fei Hung dans
Il était une fois en Chine (1991), il devient l'un des acteurs les plus populaires de son époque. Le film n'est pas qu'une relecture époustouflante d'une des plus grandes légendes historiques des arts martiaux, il est aussi un moment pour Jet Li, un âge d'or. L'acteur y trouve peut-être son meilleur rôle, le plus proche de ses capacités à la fois d'un point de vue martial et dramatique, qu'il ne faut pas négliger.
Il était une fois en Chine connaîtra alors cinq suites, dans lesquelles Jet Li ne tournera que dans les seconds, troisième et sixième épisodes :
La secte du Lotus Blanc (Tsui Hark, 1992),
Le Tournoi du lion (Id, 1993) et
Dr Wong en Amérique (Sammo Hung, 1997), un western shop suey un peu raté. Le succès du
Tsui Hark permet ainsi à Jet Li d'enchaîner les prouesses à l'écran dans une série de films qui vont illuminer le début des années 90. On lui doit notamment quelques chefs-d'œuvre du cinéma d'arts martiaux qui renaît alors de ses cendres :
Swordsman 2 (Tony Ching Siu-Tung, 1992),
Evil Cult (Wong Jing, 1993),
Fong Sai Yuk 1 et 2 (Corey Yuen, Id),
Tai chi master (Yuen Woo Ping, Id), ou
Fist of legend (Gordon Chan, 1994), une relecture de
La Fureur de Vaincre.
Arrive 1997, date fatidique pour beaucoup de hongkongais puisqu'elle sonne l'heure du rattachement à la Chine et la mise au placard de l'Union Jack. Comme
John Woo, Chow Yun Fat et d'autres réalisateurs, Jet Li est alors tenté par rejoindre Hollywood qui compte bien utiliser ces talents locaux pour renouveler un cinéma d'action qui s'essouffle. L'essai ne sera pas très concluant, Jet Li va vite cachetonner dans de mauvaises séries B. Comme l'histoire des Chinois à Hollywood l'a prouvé, les studios ne lui font pas confiance, ils veulent capitaliser sur ses talents à moindres frais. Il joue ainsi le bad guy dans
L'Arme fatale 4 (
Richard Donner, 1997) où il vole la vedette au croulant
Mel Gibson, puis part s'égarer dans une série de navets comme
Roméo doit mourir (Andrzej Bartkowiak, 2000),
The One (James Wong, 2001) ou
Rogue l'Ultime Affrontement (Philip G.Atwell, 2007). Mais le pire durant cette période c'est sa rencontre avec
Luc Besson qui l'embauche pour divers nanars mal fichus tout en lui promettant une renaissance artistique où il pourrait enfin prouver ses talents dramatiques. La plus belle escroquerie sera
Danny The Dog (
Louis Leterrier, 2004), sorte de
Leçon de piano et
Nikita inversé en mode Actor's Studio débile avec du kung-fu. Le pire film peut-être du comédien, qui va alors progressivement, comme de nombreux confrères et compatriotes, revenir au pays tout en continuant sa carrière à Hollywood. On l'a vu notamment dans
Hero (
Zhang Yimou, 2003),
Le Maître d'armes (
Ronny Yu, 2006) et
The Warlords ( (Peter Chan, 2007), que des rôles où il use de ses talents martiaux, alors qu'après
Danny The Dog, il s'était promis de jouer uniquement des rôles dramatiques. On l'attend enfin côté US dans
La Momie 3 (
Rob Cohen, 2008) et
Le Royaume Interdit (Rob Minkoff, Id), où pour la première fois, la mine blasée, il joue face à
Jackie Chan.