Jim Sheridan, cinéaste irlandais rare mais précieux, est célèbre pour avoir donné ses rôles les plus marquants à
Daniel Day-Lewis dans des œuvres comme
My left foot et
Au nom du père. Né à Dublin, il reçoit une éducation religieuse puis poursuit des études d'anglais et de philosophie à l'University College Dublin. Il fait ses débuts au théâtre avant de se diriger vers le cinéma en 1989 avec un premier film choc,
My left foot, portrait du peintre Christy Brown qui atteint de paralysie cérébrale s'exprime en peignant avec son pied gauche. Le film met en vedette
Daniel Day-Lewis dans une performance inoubliable qui lui vaut l'Oscar du meilleur rôle. Sheridan se distingue d'emblée par une approche directe et émotionnelle. Dans un espace clôt, il filme avec un regard profondément humaniste et lucide le combat de son personnage. Un an plus tard, Sheridan signe
The field (1990), l'histoire d'un fermier irlandais se battant contre des prometteurs diligentés par le gouvernement américain. Avec en tête d'affiche Richard Harris, le film s'ancre dans des paysages sublimes tout en reposant sur une intrigue classique que le cinéaste rend passionnante à chaque plan. Scénariste et réalisateur, immense directeur d'acteur et auteur d'un cinéma généreux, il retrouve ensuite
Daniel Day-Lewis pour
Au nom du père (1993), un biopic de Gerry Conlon, accusé d'être le leader de la Guiford Four, un groupuscule de l'IRA. A travers cette chronique d'emprisonnement arbitraire sur fond de procès politique truqué, Sheridan renoue avec la tradition d'un cinéma civique et engagé. Il explore à nouveau l'histoire de son pays et des siens avec une précision qui n'a que d'égale la densité de ses personnages. Le film sera nominé sept fois aux Oscars.
Quatre ans plus tard, Sheridan et
Daniel Day-Lewis collaborent pour la troisième fois sur
The Boxer (1997), le portrait d'un boxeur déchu qui rentré dans l'IRA passe près de 15 ans en prison pour en attentat dont il n'est pas coupable, sans jamais donner les noms de ses compagnons d'armes. Le film suit le personnage après sa désincarcération, tentant de revenir à la vie dans son ex quartier où la guerre civile règne encore.
The Boxer recevra un accueil critique et public mitigé. Après cinq années d'absence, durant lesquelles il produit
Agnes Browne d'Angelica Huston (1999) et
Bloody Sunday de
Paul Greengrass (2002), Sheridan tourne
In America (Id), le récit d'une famille irlandaise qui en partant pour New York après la mort tragique de leur fils, fait la rencontre d'un artiste bouleversant leur existence. L'auteur signe ici un beau mélodrame écrit sur le ton de la confidence, une œuvre attentive aux moindres faits et gestes, à la plus petite situation.
In America est un film généreux et rayonnant, doué d'une profonde sensibilité, pudique et universel. Et puis Sheridan prend le monde du cinéma et des cinéphiles au dépourvu en signant en 2006 le biopic du rappeur
50 Cent,
Réussir ou mourir. Sur le modèle d'
8 Mile, l'auteur retrace l'histoire édifiante de cet enfant du ghetto versant dans la criminalité avec de devenir la superstar multimillionnaire que l'on connaît. Le film laisse hélas de marbre la critique et le public, le cinéaste n'arrivant pas à tracer son chemin dans ce qui ressemble à un véhicule promotionnel. Il sort enfin en 2009
Brothers, un remake du film de
Susanne Bier, avec
Jake Gyllenhaal,
Natalie Portman et Tobey Maguire. L'histoire de deux frères dont l'un tombe amoureux de la femme de l'autre pendant que ce dernier est envoyé en Afghanistan et porté disparu pendant un temps.