Joel Schumacher, cinéaste éclectique à la filmographie polymorphe, ne se distingue en règle générale pas par son bon goût ni son talent mais continue d'œuvrer pourtant inlassablement depuis bientôt trente ans à Hollywood. Diplômé en stylisme de la Parson The New School for Design et du Fashion Institute of Technology de New York, il décide de partir à Los Angeles pour être au plus près de sa vraie passion, le cinéma. Il commence à travailler comme costumier au début des années 70 :
Les Invitations dangereuses (Herbert Ross, 1973),
Woody et les robots ainsi qu'
Intérieurs (
Woody Allen, 1973/1978), entre autres. Parallèlement il écrit ses premiers scénarios, dont le plus célèbre sera la comédie musicale afro-américaine
Car Wash (Michael Schultz, 1976) ; et fait ses premiers essais derrière la caméra avec les téléfilms
The Virginia Hill Story (1974) et
Amateur Night at the Dixie Bar and Grill (1979) qu'il a écrit. L'ensemble de ces expériences lui permet de réaliser son premier film pour le cinéma,
The Incredible Shrinking Woman (1981), un hommage à
L'homme qui rétrécit de Jack Arnold. Après
D.C Cab (1983), véhicule promotionnel sans qualité pour Mister T, Schumacher signe deux classiques du Brat Pack (surnom pour un groupe d'acteurs ayant joué dans divers teen movie des 80's) et accessoirement, peut-être, ses meilleurs films :
St Elmo's Fire (1985), avec
Emilio Estevez, Rob Lowe et
Demi Moore ; et le vampirico-romantico-comique
Génération perdue (1987), avec
Kiefer Sutherland et
Jason Patric.
En 1990
L'expérience interdite réunit à nouveau une jeune brochette de stars :
Kiefer Sutherland,
Kevin Bacon et surtout
Julia Roberts, que Schumacher retrouve l'année suivante dans
Le choix d'aimer (1991). Le succès aidant, le réalisateur obtient des budgets plus confortables et de plus gros castings. Après le très réac et controversé
Chute libre (1993) avec un Michael Douglas en homme ordinaire qui pète les plombs pour prétexte, Schumacher adapte par deux fois le très rasoir John Grisham pour
Le Client (1994) et
Le Droit de tuer ? (1996), un titre qui en dit long sur les sujets limites qu'il tente d'évoquer. A la même époque, il se fait recruter par la Warner pour relancer la licence Batman, jugée trop sombre, violente et complexe après la dernière mouture de
Tim Burton,
Batman : le défi. Le résultat donnera
Batman Forever (1995) et
Batman et Robin (1997), un retour volontaire à la série télé des années 70 et son ambiance psyché, pop et joyeusement gay (personne n'a oublié les fesses de
George Clooney que Joel se délecte à filmer). Heureusement ce virage, absolument catastrophique artistiquement parlant, n'ira pas plus loin. Schumacher revient donc aux affaires courantes et à son cinéma faussement provoc' aux relents réactionnaires nauséabonds avec
8MM (1999), un thriller douteux sur fond de snuff movie avec
Nicolas Cage ; puis, décidément imprévisible, change complètement de genre avec
Personne n'est parfait(e) (Id), une comédie avec
Robert de Niro.
En 2000, le cinéaste qui a l'œil pour les beaux mecs, révèle au public américain le jeune
Colin Farrell dans
Tigerland, un film de guerre aux tonalités réalistes qui malgré l'indigence du scénario se révèle presque un chef d'œuvre dans sa filmographie. Les deux hommes se retrouveront en 2002 pour
Phone game, où l'acteur est enfermé dans une cabine téléphone pendant toute la durée du film : un beau prétexte pour retenir son comédien prisonnier et n'avoir que lui à filmer. Coquin et malin ce Joel, qui est toujours là où on ne l'attend pas, comme en témoigne la comédie d'action aux relents réactionnaires hérités d'un discours de Bush Jr,
Bad Company (2002), avec
Chris Rock et
Anthony Hopkins, ou encore
Veronica Guerin, portrait racoleur et démago d'une journaliste irlandaise morte alors qu'elle enquêtait sur les réseaux de trafiquants de drogue à Dublin en 1996. Faut-il également évoquer la délicatesse avec laquelle Schumacher adapte
Le Fantôme de l'Opéra (2004) ? Cette tentative pathétique et boursouflée empreinte d'une mise en scène dégoulinante où le kitsch lorgne vers une triste volonté d'académisme ? Non, comme
Le Nombre 23 (2007), zéro pointé du thriller cerveau servi à la louche par un auteur toujours aussi subtil et qui n'a décidément pas peur du ridicule. Jamais à cours de projet, notre inénarrable stakhanoviste du nanar enchaîne sur
Town Creek (2008), un film d'horreur avec
Dominic Purcell (de Prison Break), et à deux autres scénarios dans sa manche :
The Crowded Room et
1:30 Train. Chic.