Réalisateur à la carrière polymorphe et insituable, Jonathan Demme s'est fait connaître du grand public en signant le thriller culte
Le Silence des agneaux. Grand cinéphile, il se forme aux métiers du cinéma en intégrant la New World Pictures de
Roger Corman aux débuts des années 70. Il y portera toutes les casquettes, scénariste et producteur avant de mettre en scène ses premiers films :
5 femmes à abattre (1974) et
Crazy Mama (1975), deux fleurons sympathiques de la série B qui compteront parmi les plus grands succès de la New World. Abordant tous les genres et tous les styles avec la même ferveur et une égale générosité, il s'illustre aussi bien dans
Fighting Mad (1976), son premier film en tant qu'auteur et réalisateur, que dans la comédie avec
Handle With Care (1977), un épisode de
Columbo (
Murder Under Glass, 1978), le thriller avec
Meurtre en cascade (1979), ou encore le documentaire musical avec
Stop Making Sense sur les
Talking Heads, et le documentaire pur et simple avec
Swimming to Cambodia (1987) sur le tournage de
La Déchirure de
Roland Joffé (1984). En 1980, avec
Melvin and Howard, il témoigne d'un talent remarquable en filmant l'histoire improbable entre un vieux pompiste allumé et Howard Hughes, le grand mogul d'Hollywood. Après
Swing Shift (1984), véhicule promotionnel mineur pour
Goldie Hawn malgré tout nominée aux Oscars, il séduit et obtient enfin la consécration internationale avec la comédie
Dangereuse sous tous rapports (1986) où
Mélanie Griffith fait tourner la tête de Jeff Daniels. L'auteur témoigne d'un brillant sens du rythme en conduisant un récit bourré de ruptures de tons et autres pirouettes narratives.
Demme, décidément sur tous les fronts avec le même enthousiasme, s'essaie ensuite à la série télé, repasse par la case documentaire (
Haïti Dreams of Democracy, 1988), fait l'acteur dans
Série noire pour nuit blanche (1985), signe une sympathique satire de la mafia, plus comique que parodique, avec
Veuve mais pas trop... (1988), et tourne un clip pour le groupe
New Order (Id). En 1991,
Le Silence des agneaux, dans lequel il s'empare avec brio des mécanismes classiques du thriller pour les approfondir en creux d'une troublante intrigue psychologique, lui permet de remporter son plus grand succès international. Le film fait alors l'événement, il servira à une pléthore d'œuvres qui surferont sur la vague du serial killer et connaîtra plusieurs suites. Adapté du deuxième tome de la trilogie
Hannibal Lecter de l'écrivain Thomas Harris (le premier a été adapté par
Michael Mann avec
Le sixième sens quelques années plus tôt),
Le Silence des agneaux remporte cinq Oscars et reste encore l'œuvre la plus célèbre de Jonathan Demme. L'auteur ne se fige pas pour autant dans un genre, il enchaîne sur un documentaire (
Cousin Bobby) puis renoue avec le succès sur
Philadelphia (1993). Une chronique humaniste sur le sida avec
Tom Hanks où l'auteur s'efface devant son sujet. Le film souffre aujourd'hui d'un côté moralisateur et politiquement correct appuyé qui n'arrange rien à sa tonalité mélodramatique. L'œuvre d'une époque, un peu trop lisse, trop propre, gentille.
Après plusieurs documentaires musicaux, Jonathan Demme ne reviendra au cinéma qu'en 1998 avec
Beloved, adapté de l'œuvre éponyme de la célèbre romancière afro-américaine
Toni Morrison. Une histoire d'envoûtement sur fond d'esclavage dans le sud des Etats-Unis à la fin du 19ème siècle. Confus et inégal, le film ne trouve alors pas son public. Suivront un pur plaisir de cinéphile,
La Vérité sur Charlie (2002) où l'auteur s'amuse à revisiter
Charade de
Stanley Donen tout en rendant hommage à la Nouvelle Vague. Si le projet attire a priori la curiosité, le film se révèle en vérité un échec : niais, mal écrit, un peu paresseux, souvent ridicule, on ne se doutait pas que Jonathan Demme soit capable d'une telle horreur. Peut-être le pire film de toute sa carrière. Il se rattrape avec son brillant et passionnant remake d'
Un crime dans la tête (2004), réactualisation intelligente et parfaitement maîtrisée du film éponyme de John Frankheimer que Demme resitue dans un contexte post 09/11 où l'Amérique vit hantée par les images. Politique toujours et documentaire encore, il réalise en 2007 un film autour de Jimmy Carter,
Jimmy Carter Man from Plains, plusieurs fois récompensé à Venise. La même année, il revient à la fiction avec
Rachel Getting Married (2007). L'histoire d'une ex mannequin (
Anne Hathaway) qui après de multiples séjours en cure de désintoxication retourne dans sa famille pour assister au mariage de sa sœur. Présenté à Venise en 2008, le film ne connaît qu'une sortie limitée aux Etats-Unis. Parallèlement Demme a travaillé sur des documentaires autour de l'auteur compositeur
Neil Young :
Neil Young : Heart of Gold (2006) et
Neil Young Trunk Show (2009).