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Joseph Losey


Joseph Losey Nationalité : américaine
Naissance : 14 janvier 1909
Mort le : 22 juin 1984
Métier : Réalisateur

Biographie de Joseph Losey

 

Ancien membre du « carré d'as » des cinéphiles du Mac Mahon durant les années cinquante, ceux-là mêmes qui l'ont fait connaître chez nous, Joseph Losey est l'une des figures majeures, mais encore parfois méconnue, du cinéma américain puis britannique. Né dans une dans une ancienne famille anglo-saxonne du Wisconsin, il est fortement influencé par une éducation puritaine, dont on retrouvera les traces dans ses films. Élevé dans un milieu très cultivé, il renonce à des études de médecine pour s'inscrire en 1926 au groupe théâtral, Darmouth Players. Durant les vingt années qui suivent, il se consacre à la scène. Il débute comme assistant régisseur, puis passe régisseur, et met enfin en scène sa première pièce en 1933, Little Ol'Boy. A partir de 1936, Losey participe à différents projets marqués par leur connotation politique, notamment à la création du Living Newspaper, un spectacle d'avant-garde. Durant cette période et tout en diversifiant ses activités (journaliste, critique théâtral et littéraire) Losey voyage beaucoup. Il part en Suède, en Finlande et en URSS, où il est frappé par le théâtre soviétique et les théories de Piscator.


Premiers films

 

Losey tourne ses premiers films à la fin des années trente, au départ des commandes. Il débute en 1939 avec Pete Roleum and His Cousin, un court-métrage d'animation avec des marionnettes, puis enchaîne sur deux autres courts réalisés pour le département d'Etat : You Gets Break (1941) et A Child Went Worth (Id), documentaire sur deux enfants durant la seconde guerre mondiale. Après avoir réalisé plusieurs émissions de radio pour la CBS et NBC, il tourne en 1945 A Gun in His Hand, un film court éducatif commandé par la MGM, puis collabore avec Brecht sur l'adaptation de Leben des Galilei (1947), une adaptation du célèbre auteur et théoricien du théâtre, traduite ici par Charles Laughton, que l'on retrouve devant la caméra de ce film de trente minutes. Losey part ensuite pour Hollywood, riche déjà d'une solide expérience dans différents domaines. Il réalise son premier long métrage en 1948, Le Garçon aux cheveux verts, produit par le célèbre studio RKO. Cette première œuvre (montrant l'irruption de la violence au sein d'un univers idyllique), marque d'emblée par sa maîtrise et des thèmes personnels qui deviendront des constantes du cinéma de Losey.

 

Durant les années suivantes, Losey tourne une poignée de films proches parfois du film noir ou criminel : Haines (1950), une belle fable humaniste sur une chasse à l'homme menée contre un jeune mexicain dans le sud de la Californie ; Le Rôdeur (1951), une grande tragédie ponctuée d'une fine analyse sociale autour d'une histoire d'adultère sombrant dans le meurtre ; M (Id), brillant remake de M le Maudit autrefois réalisé par Fritz Lang ; et La grande nuit (Id), à propos d'un adolescent qui en voulant venger son père battu sauvagement apprend la vérité à son sujet. Chaque film, en plus d'affirmer cette conjugaison entre une dialectique marxiste et un mannichéisme hérité d'une certaine morale puritaine (une constante de son œuvre), prouve aussi la virtuosité et le génie déjà à l'œuvre chez Losey : sa conscience de l'espace, de la lumière, des angles de prise de vue, des mouvements des personnages, tout un héritage du théâtre qu'il adapte aux moyens du cinéma. Mais si la carrière de Losey commence sous les meilleurs auspices, le cinéaste va avoir une mauvaise surprise. Tandis qu'il tourne Un homme à détruire (1952) en Italie, on le somme de venir comparaître devant la Commission des activités antiaméricaines dirigée par le sénateur Joseph McCarthy. De nombreux membres d'Hollywood passèrent alors devant les bureaux de la commission pour être jugés de leur lien avec d'éventuelles activités communistes, présentes, ou passées. De cette période de chasse aux sorcières, appelée depuis Maccarthisme, Losey éprouve un sentiment extrêmement violent et douloureux, d'autant plus qu'il n'a jamais caché ses idées de gauche ou son goût pour le socialisme. Plutôt que rester dans ce climat éprouvant de paranoïa, voire de délation, Losey préfère l'exil et par s'installer à Londres.

 

L'exil(é)

 

En Angleterre, il commence par réaliser des séries B qu'il tourne en prenant des pseudonymes : Victor Hanbury pour La Bête s'éveille (1954) et Joseph Walton pour L'étrangère intime (1956). Puis, avec Temps sans pitié (1957) sur l'histoire d'un jeune condamné à mort pour avoir tué sa petite amie, suivi du flamboyant et baroque mais mal-aimé Gipsy (Id), s'ouvre ce que l'on considère souvent comme la meilleure période de Losey. D'autres comme le critique et historien du cinéma Jacques Lourcelles jugeant à l'inverse que commence ici le déclin de ce cinéaste qu'il décrit comme « peintre de l'aube et du crépuscule, de la sérénité et de la violence », et qui bientôt ira se compromettre dans des œuvres qui ne lui ressemblent pas. Quoi qu'il en soit, qu'il s'agisse de L'enquête de l'inspecteur Morgan (1959), Les Criminels (1960) ou Les Damnés (1963), chaque film impressionne par sa noirceur, sa dureté, son pessimisme, ses violents élans lyriques et de brefs moments de bonheur distillés comme pour nuancer un constat éprouvant. Avec Eva (1962), film mutilé et partiellement renié par son auteur, il montre un couple se déchirer dans une Venise hivernale où ses recherches sur l'architecture servent de multiples contrepoints à l'action et au drame des personnages. Losey s'associe ensuite à Harold Pinter, romancier et scénariste chez qui il trouve des sujets faisant écho à sa fascination pour les rapports sadomasochistes et la déchéance. Ensemble, ils tournent parmi les œuvres les plus célèbres du cinéaste : The Servant (1963), Accident (1967) et Le Messager (1970), Palme d'or à Cannes.

 

Losey a alors atteint sans doute son apogée auprès du public et de la critique. Ses films, quoique devenus de plus en plus maniéristes et éloignés de ses premières préoccupations, témoignent toutefois encore d'une vitalité stylistique rare. Les années soixante-dix et le déclin du cinéma britannique dont il a participé au succès sonne alors l'heure d'un nouvel exil qui cette fois sera moins salvateur. Il part ainsi tourner en Italie L'Assassinat de Trotsky (1972), une co-production au casting international où se croisent Richard Burton, Alain Delon et Romy Schneider. Puis s'envole pour la Norvège tourner Maison de poupée (1973) l'adaptation d'une pièce d'Henrik Ibsen coproduit par la France et l'Angleterre. En 1975, il revient à Brecht avec Galileo, tourné au Royaume-Uni, puis passe par la France où il signe pour Alain Delon (producteur du film) sans doute son dernier chef d'œuvre, Monsieur Klein (1976). Un jeu de pistes kafkaïen sur l'identité avec en toile de fond l'occupation française, ce qui n'est pas sans évoquer aussi l'épreuve que Losey a vécu avec le Maccarthysme -ou encore, comme référence, North by Northwest d'Alfred Hitchcock. Toujours pour la France, il réalise ensuite Les Routes du Sud (1978), puis retourne en Italie pour un opéra filmé, Don Giovanni, considéré comme une des rares réussites du genre. En 1982, toujours en France et malgré son maigre César de la meilleure photo, il déçoit avec La Truite. Losey retourne ensuite en Angleterre tourner son dernier film, Steaming (1985), mais meurt à la fin du tournage.

Les films de Joseph Losey

La Truite
La Truite
(1982)
Don Giovanni
Don Giovanni
(1979)
Monsieur Klein
Monsieur Klein
(1976)
L'assassinat de Trotsky
L'assassinat de Trotsky
(1972)

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