Du grand frère des
Goonies à George W. Bush dans
W., la route fût longue pour Josh Brolin. Plus de vingt ans de rôles mineurs, d'échecs, de tâtonnements, pour un acteur talentueux que les années 2000 auront révélé dans des films comme
American Gangster et
No Country for Old Men. Peut-être qu'il lui a fallu attendre le bon moment, les bonnes personnes, et une certaine dose de courage et d'acharnement, pour émerger enfin de l'anonymat et être considéré par Hollywood comme un visage qui compte. Fils de l'acteur de second plan James Brolin, beau-fils de
Barbara Streisand, époux de
Diane Lane, Josh est né et a vécu dans le show business. Qu'il prend d'abord en grippe, réticent à son instabilité et peu enclin à marcher sur les pas de son père. Mais suite à un rôle qu'il décroche au lycée dans une adaptation d'
Un Tramway nommé désir, Josh se montre finalement intéressé par la comédie et décide de s'y jeter définitivement. Il fait ainsi ses débuts chez
Richard Donner dans la production de
Steven Spielberg,
Les Goonies (1985), formidable petit film d'aventure conçu pour les plus jeunes, et pas seulement. Un désormais classique des 80's souvent cité par toute une génération. Dans la foulée, il enchaîne sur
Skate Gang (David Winters, 1986), qui comme son titre l'indique, raconte une histoire de gangs sur fond de skateboard. L'acteur y incarne aux côtés de célèbres figures du skate un jeune de banlieue pris dans une compétition entre bandes rivales. Un teen movie sympathique misant surtout sur les prouesses sportives de ses pros de la planche à roulettes.
Télé, séries B, théâtre
S'éloignant des plateaux de cinéma, Brolin entame par la suite une carrière à la télévision. Il devient l'un des héros de la série
Private Eye (1987/1988), dans laquelle il joue Johnny Betts, un jeune un peu loubard au look rock'n roll faisant équipe avec un détective privé. Hélas la série s'arrête rapidement. Après une apparition dans un épisode de
21 Jump Street (Id), il tourne son premier téléfilm,
Prison for Children (Id), puis campe un étudiant en sport poussé par son père à dépasser ses limites dans le drame sportif sur les effets de stéroïdes,
Finish Line (1989). Le film lui permettant par ailleurs de donner la réplique à son propre père. Brolin prend alors du galon en intégrant le casting de la série western
L'équipée du Poney Express (1989 - 1992), dans laquelle il tient le rôle de James Butter Hickok, une légende de l'Ouest. En parallèle, il crée en 1990 le Reflections Festival, qui s'installera au GeVa Theatre à Rochester dans l'état de NewYork. Ce festival de théâtre lui permettant de s'initier aux planches et à la mise en scène. En parallèle, Brolin abandonne sa carrière à la télévision et revient enfin au cinéma en 1994 pour
The Road Killers (Deran Sarafian), un film d'action de série B avec
Christophe Lambert qui passe inaperçu. Suivront d'autres échecs oubliés,
Gang in Blue (
Mario Van Peebles, 1996),
Pluie de roses sur Manhattan (Michael Goldenberg, Id), avant qu'on le remarque timidement mais sûrement chez David O'Russell, léchant les aisselles de
Patricia Arquette dans
Flirter avec les embrouilles (Id). Un rôle où l'on décèle déjà le diamant brut ne demandant qu'à être taillé.
Troisième couteau
Après un second rôle de rat de laboratoire dans
Mimic (
Guillermo del Toro, 1997), Brolin retrouve Patricia Arquette dans le thriller
Nightwatch (Ole Bormedal, id), pour interpréter un étudiant en droit se coupant les doigts. A nouveau aux côtés de son père dans son médiocre direct-to-video
My Brother's War (Id), il disparaît ensuite des écrans durant deux ans avant de revenir pour un nouveau bide,
Mod Squad (Scott Silver, 1999), thriller raté avec
Claire Danes et Giovanni Ribisi. Et les échecs ou mauvais plans se succèdent puisqu'il enchaîne sur
Un Plan d'enfer (Mike Barker, Id), film noir foiré avec Reese Whiterspoon,
All the rage (James D. Stern, Id), un drame avec Joan Allen et Jeff Daniels jamais distribué, ou encore
Hollow Man de Paul Vorheven (2000), film plus ambitieux et talentueux sur tous les plans mais sans succès. Suivront d'autres titres confidentiels (
Slow Burn,
D.C. Smalls,
Hors limites), avant de repasser par le petit écran pour devenir le héros de la série
Mister Sterling (2003), où il joue le fils d'un gouverneur voulant remplacer son père au Sénat alors que rien ne semble dire qu'il y soit présupposé. Malheureusement Brolin a décidément la poisse, le show s'arrête après neuf épisodes. L'année suivante,
Woody Allen le repère et lui donne un petit rôle dans
Melinda et Melinda (2004), ce sur quoi il donne du fil à retordre à
Paul Walker et
Jessica Alba dans le thriller exotico-aquatique
Bleu d'enfer (John Stockwell, 2005). Après avoir fait forte impression dans la mini série
Into the West, il devient le mac paumé de
Brittany Murphy dans
The Dead Girl (Karen Moncrieff, 2006), sa carrière semblant dès lors prête à se tourner vers de meilleurs horizons.
A country for this man
2007 ne sera pas l'année Josh Brolin, mais presque. Son rôle impressionnant de mari psychopathe ultra violent dans le délirant et gore
Planète Terreur de
Robert Rodriguez semble en effet indiquer un virage conséquent dans la filmographie de l'acteur. C'est réellement le début d'une seconde carrière bientôt promise à conquérir le devant de la scène. Ainsi, après une second rôle mémorable de flic ripoux mettant des bâtons dans les roues à
Russell Crowe dans
American Gangster de
Ridley Scott (Id), après
Dans la vallée d'Elah (
Paul Haggis, Id), drame autour de la guerre en Irak où il est encore en retrait derrière
Tommy Lee Jones, il retrouve ce dernier pour
No Country for Old Men des
frères Coen (Id). Le succès et la notoriété du film, où il tient enfin le rôle principal aux côtés de
Javier Bardem, le consacrent aux yeux du grand public - qui pour la plupart le découvre. Aculé, poursuivi par un tueur froid et abstrait, Brolin donne du poids à son personnage d'ancien vétéran du Vietnam, jouant de son physique, de son corps, donnant à ressentir un sentiment d'épuisement mêlé de nervosité. C'est une révélation. Il est alors vite repéré par
Oliver Stone qui lui propose d'interpréter George W. Bush dans son biopic
W. (2008). Un exercice difficile dont Brolin se tire avec un certain brio, jouant des manières, des gestes, des habitudes du plus détesté des présidents américains, pour lui donner une vérité hors de tous les clichés. Loin des performances fondées sur une mimétique un peu vaine, il joue avec intelligence, préférant devenir son personnage que l'incarner. D'un biopic à l'autre, il devient enfin Dan White dans
Harvey Milk de
Gus Van Sant (2009), pour lequel il est nominé à l'Oscar du second rôle.