Judi Dench est considérée dans son pays natal comme l'une des plus grandes actrices de la période de l'après-guerre. Lauréate des prix théâtraux et cinématographiques les plus prestigieux, elle est unanimement reconnue et appréciée, notamment pour ses rôles récurrents de femmes de pouvoir, dignes et autoritaires, qui sont devenus au fil de ses cinquante années de carrière sa marque de fabrique. Elevée dans la tradition quaker, ses parents l'envoient dès son plus jeune âge au pensionnat de The Mount School à York. A sa majorité, elle décide de s'installer à Londres afin de suivre les cours de la Central School of Speech Training and Dramatic Arts.
Une carrière théâtrale d'exception
En 1957, elle intègre pour quatre ans l'Old Vic Company et fait ses débuts sur scène en interprétant l'Ophélie d'
Hamlet. Rôdée au répertoire shakespearien, elle multiplie les apparitions, que ce soit dans
Henry V ou
Roméo et Juliette, s'engageant dans de longues tournées qui la mènent aux Etats-Unis, au Canada ou en Europe de l'Est. Son ascension va alors être fulgurante : après avoir rejoint la Royal Shakespeare Company (RSC), puis simultanément les troupes des Nottingham Playhouse et Oxford Playhouse, elle se lance en 1968 dans l'aventure musicale de
Cabaret où elle tient le rôle principal de Sally Bowles.
A l'arrêt du show, elle retrouve rapidement ses marques, notamment avec la RCS pour laquelle elle devient une magnifique et acclamée Lady Mcbeth en 1976. Durant près de deux décennies, l'actrice va ainsi donner la pleine mesure de son talent, s'essayant à tous les registres, classique ou moderne, tragique ou comique, avec une constante réussite, communément saluée de Londres à Broadway. Faite Dame Commandeur de l'Ordre de l'Empire britannique en 1988, puis Compagnon d'Honneur en 2005, au regard de sa contribution exceptionnelle dans le domaine théâtral, la comédienne s'est aussi illustrée par son implication directoriale : elle est en effet depuis 2006 à la tête de la Mountview Academy of Theatre Arts de Londres et membre honoraire de la Royal Society of Arts.
Parallèlement à sa riche et intense activité scénique, Judi Dench mène depuis 1959 une prolifique carrière sur les écrans britanniques, puis américains. Enchaînant d'abord diverses séries télévisées, elle trouve ses premiers rôles cinématographiques dans les films policiers
The Third Secret (Charles Crichton, 1964) et
Sherlock Holmes contre Jack L'Eventreur (James Hill, 1965). Son expérience théâtrale la pousse alors naturellement vers des adaptations de classiques, à l'image de
A Midsummer Night's Dream de Shakespeare (Peter Hall, 1968) ou
La Ceriseraie de Tchekhov (TV, 1980) qu'elle tourne après la version télévisée de
Macbeth (1979) suite à l'immense succès rencontré par la pièce.
Un talent à tout épreuve
En 1981, elle abandonne pour un temps les seconds rôles pour incarner, avec Michael Williams, son époux à la ville, le duo de charme de la série
A Fine Romance (1981-1984). Avant de faire sensation dans l'adaptation du roman d'Edward Morgan Forster,
Chambre avec vue (James Ivory), où elle côtoie la jeune
Helena Bonham Carter et
Maggie Smith, l'autre grande dame du théâtre britannique qu'elle retrouvera dans
Les Dames de Cornouailles (Charles Dance, 2004). Collaboratrice fidèle, elle fait par la suite confiance à deux reprises à
Kenneth Branagh pour ses shakespeariens
Henry V (1989) et
Hamlet (1996),
John Madden qui va lui confier les rôles des Reines Victoria (
La Dame de Windsor, 1997) et Elizabeth (
Shakespeare in Love, 1998) ainsi que Richard Eyre pour son biopic de la poétesse Iris Murdoch,
Iris (2001), et le drame
Chronique d'un scandale (2006) dans lequel elle tyrannise
Cate Blanchett.
Incarnant M, la figure tutélaire de James Bond, depuis
GoldenEye (
Martin Campbell, 1995) et jusqu'au très attendu
Quantum of Solace (
Marc Forster, 2008), le parcours cinématographique de Dench est à l'avenant de sa diversité théâtrale. Elle semble à l'aise dans tous les genres, qu'il soit fantastique (
Les Chroniques de Riddick, David Twohy, 2004), sentimental à la
Jane Austen (
Orgueil et préjugés,
Joe Wright, 2005) ou comico-dramatique (
Madame Henderson présente,
Stephen Frears, 2005).
Toujours active, elle sera à l'affiche en 2009 de
Rage (Sally Potter) avec
Jude Law et
Steve Buscemi, ainsi que de la comédie musicale
Nine (Rob Marshall), inspirée du chef d'œuvre de
Federico Fellini,
Huit et demi. Cette année marquera aussi son retour sur les planches londoniennes du West End puisqu'elle sera à l'affiche de
Madame De Sade, d'après l'œuvre de Yukio Mishima.