Kad Merad ou la nouvelle star, la coqueluche inattendue des Français, en un film qu'on attendait pas moins,
Bienvenue chez les Ch'tis. Pour cet acteur et humoriste né en Algérie et qui a grandi en France, une popularité si soudaine alors qu'on a la peau pas tout à fait blanche et qu'on a un nom pas très franco-français, c'est un peu la même consécration qu'un
Richard Pryor ou un
Eddie Murphy à Hollywood. A leur époque (les années 70 et 80), personne n'aurait imaginé qu'un acteur noir puisse faire rire l'Amérique entière, sans distinction de classe sociale ou de race. Kad Merad, dans un autre paysage mais avec des problèmes similaires liés à l'immigration et l'Histoire, a su renouer avec cette tradition des grands acteurs américains et imposer son visage et son nom. Mais il a fait peut-être mieux que ses cousins d'Amérique (contexte oblige), il a su éviter toute tendance communautariste et s'inscrire comme un acteur entièrement dévoué à ses rôles. Avec une modestie rare dans le cinéma français, une sincérité et une honnêteté inhabituelles, il est devenu un acteur polymorphe, à la fois drôle et sensible, simple et populaire sans sombrer dans la facilité ou le populisme. Sa force : ne rien revendiquer, prendre du plaisir à chaque film, y donner ou mettre la même générosité. Constant, exact, parfois juste et émouvant, Kad Merad a trouvé malgré lui, presque par hasard ou à force d'effeuillement, par sa discrétion, sa pudeur, comment s'adapter à chaque rôle. Une question de distance (et d'intelligence), d'échelle, de perspicacité, qui consiste à se tenir en retrait derrière le scénario, à ne pas incarner son personnage mais le devenir.
Comme chacun sait, Kad Merad a commencé par faire rire. Si à ses débuts il avait déjà le sens du rythme -adolescent il se donnait à fond comme chanteur et batteur pour plusieurs groupes de rock -c'est au Club Med, après divers jobs alimentaires, qu'il se découvre un vrai talent comique. Poursuivant ensuite sa carrière au théâtre sous la direction de Jacqueline Duc, il se forme au répertoire classique, sans doute les bases qui lui ont permis de concevoir toute la latitude des arts dramatiques. En 1991, Kad intègre l'équipe de la station de radio rock parisienne, Oüi Fm. Il y rencontre
Olivier Baroux avec qui il se lie rapidement d'amitié. Ensemble les deux compères animent bientôt Le Rock'n roll circus, une émission à sketchs humoristiques où ils imaginent déjà certains de leur futurs personnages. En 1998, avec l'aide et le soutien de
Jean-Luc Delarue, producteur, Kad et Olivier (nom officiel du duo), travaillent sur la sitcom
Les 30 dernières minutes, une série humoristique de 26 épisodes sur les déboires en coulisse d'une rédaction télé. Un an plus tard ils sont débauchés par
Dominique Farrugia qui les embarque sur sa chaine Comédie où, de 1999 à 2001, ils vont présenter
La Grosse émission. Leur tandem va alors devenir culte malgré la diffusion sur une chaine câblée. Ensemble les deux hommes se retrouveront plus tard au cinéma : d'abord dans
Mais, qui a tué Pamela Rose ? (Eric Lartiguaud, 2003), film officiel du tandem, écrit à quatre mains ; puis dans
Iznogoud (Patrick Braoudé, 2005) ou encore
Un Ticket pour l'espace (Eric Lartigaud, 2006) où ils sont en tête d'affiche.
De Kad à Merad
Dès la fin de
La Grosse émission, Kad, qui continuera donc à travailler sporadiquement avec Olivier, va surtout voler de ses propres ailes. Le cinéma l'appelle, et généreusement. Si au début il ne fait que des petites apparitions :
Le Pharmacien de garde (Jean Veber, 2003),
François Desagnat, Id),
Les Dalton (Philippe Haïm, 2004), son rôle dans
Les Choristes (
Christophe Barratier, Id), le révèle au grand public dans un registre qui le sort un peu de la comédie. Le succès du film, que l'on connaît, l'aide ainsi à gravir rapidement les échelons du cinéma français. Après divers seconds rôles sympathiques dans des films oubliables comme
Essaye-moi (
Pierre-François Martin-Laval, 2006),
Les Oiseaux du ciel (Eliane de Latour, Id) ou
Les Irréductibles (Renaud Bertrand, Id), son personnage dans
Je vais bien, ne t'en fais pas (Philippe Lioret, Id) l'impose définitivement comme un acteur dramatique de talent. Son rôle de père de famille touchant lui rapporte ainsi le César du meilleur second rôle. Il ne va alors plus s'arrêter, croulant sous les propositions. On le voit dans la comédie
Pur week-end (Olivier Doran, 2007), en amant secret de
Karin Viard dans
La Tête de Maman (Carine Tardieu, Id), dans la comédie romantique de
Pierre Jolivet Je crois que je l'aime (Id), avec
Vincent Lindon et
Sandrine Bonnaire, chez Michel Boujenah dans
3 Amis (Id), aux côtés de
Jean-Paul Rouve dans
Ce soir, je dors chez toi (Olivier Barroux, Id), bref il est partout, pour le meilleur et pour le pire.
En 2008 enfin, premier succès monstre, historique, chez Danny Boon, dans
Bienvenue chez les Ch'tis. La France entière apprend à connaître son nom et son visage, lui-même est un peu chamboulé par un plébiscite aussi soudain, mais il restera modeste et discret. Par la suite il retrouvera
Christophe Barratier sur le médiocre et naphtaliné
Faubourg 36 (Id), avant d'enchaîner sur
Mes stars et moi (Laetitia Colombani, Id) où il harcèle
Catherine Deneuve et
Emmanuelle Béart, puis sur
Le Petit Nicolas (Lauent Tirard, 2009), une adaptation de la célèbre bande dessinée de
Sempé avec
Fabrice Luchini et une pléiade d'autres stars comme
Michel Galabru,
Valérie Lemercier ou
Edouard Baer. En quelques années, Kad Merad est ainsi devenu l'un des acteurs préférés du cinéma français ; il dîne à la table de ses comédiens les plus prestigieux, de ses plus grands vétérans, toujours avec le sourire, presque un peu gêné d'autant de faveurs. Comédien honnête et doué malgré des choix artistiques pas toujours très heureux, on ne doute pas qu'il est promis à un grand et long avenir au sein du cinéma hexagonal, entre tendresse et humour, drame humain et sentimentalisme pudique.