Kathryn Bigelow



Kathryn Bigelow Nationalité : américaine
Naissance : 27 novembre 1951 à San Carlos
Age : 57 ans
Métiers : Réalisatrice, Peintre, Plasticienne
j'aime beaucoup l'idée qu'il faille constamment surprendre le spectateur et l'amener sur un terrain autre que celui qu'il attendait.
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Kathryn Bigelow a su se faire une place à Hollywood à travers une œuvre discrète mais ponctuée d'œuvre non négligeables et ambitieuses comme Aux frontières de l'aube et Strange Days. Originaire de San Carlos en Californie, elle se découvre une passion pour la peinture à l'adolescence et poursuit des études d'art au San Francisco Art Institute. Après avoir décroché une bourse prestigieuse au Whitney Museum lui permettant d'exposer ses œuvres (peintures et installations), qui seront entre autres saluées par l'éminente théoricienne Susan Sontag, elle intègre à 19 ans le département cinéma de l'Université de Columbia à New York où elle se concentre davantage sur l'aspect théorique et critique plutôt que pratique. Elle gardera de ses différentes expériences et de ce parcours universitaire un solide background intellectuel et culturel qui feront d'elle l'une des réalisatrices les plus érudites d'Hollywood : elle n'hésitera pas à déstabiliser les journalistes avec des références que peu de réalisateurs ont l'habitude de citer. Après un premier court-métrage en 1978, The Set-Up, sur deux hommes se battant pendant qu'un autre lit un essai sur la violence, elle tourne son premier long-métrage, co-réalisé et co-écrit avec Monty Montgomery, The Loveless (1982), avec le jeune Willem Dafoe. Le film s'inspire de Scorpio Rising de Kenneth Anger, de Détour, film noir d'Ulmer, et des westerns de Sergio Leone. Il raconte avec une inertie troublante l'histoire d'une bande de bikers durant une journée dans un trou paumé de l'Amérique, et capte avec une esthétique à la sensualité puissante tout un pan de cinéma à venir, de Coppola, Lynch et Jarmusch. Le film est à la fois en avance sur son temps et annonce le style visuel des années 80. Un chef d'oeuvre méconnu, mésestimé et peu distribué, mais qui impressionne le réalisateur Walter Hill qui donne alors un coup de pouce à la réalisatrice.

Cinq ans plus tard, Kathryn Bigelow se fait enfin connaître au cinéma avec Aux frontières de l'aube (1987), une relecture du film de vampire mélangeant les genres. Le film impressionne de maîtrise : la lumière est stylisée et d'une beauté proche du sublime, quand la musique de Tangerine Dream créée une ambiance inquiétante, irréelle et hypnotique. Le vampirisme, jamais cité, fait ici clairement allusion aux marginaux et à la drogue ; Bigelow traitant ses personnages comme des délinquants traversant une Amérique en sommeil, une famille par procuration de dégénérés dans laquelle un jeune homme se laisse embarquer par amour. L'étrangeté des paysages, la solitude pesante qui se déploie dans chaque plan, l'idée d'une vie recluse dans les secrets de la nuit, le romantisme d'une relation impossible, l'âpreté de la violence, l'atmosphère crépusculaire, le souvenir d'une liberté déchue, Bigelow signe un western fantastique et sentimental devenu culte. Peut-être le plus beau film de sa carrière, le moins typé. Trois ans plus tard, elle tourne le thriller Blue Steel (1990), véritable véhicule pour l'actrice Jamie Lee Curtis en jeune recrue de la police se confrontant à un serial-killer. Pas un chef d'œuvre, mais une beauté froide, glacée, bleue, qui annonce l'esthétique du début des années 90, et surtout un sens de l'espace urbain qui renvoie à certaines oeuvres phares du muet. Séparée du réalisateur James Cameron, à qui elle fut brièvement mariée de 1989 à 1991, elle enchaîne sur Point Break (1991), cocktail d'adrénaline et d'action qui lance en partie la carrière de Keanu Reeves dans un genre plus musclé. Célèbre depuis, Point Break a l'étrange mérite de survivre à son époque et de se révéler toujours aussi efficace malgré Patrick Swayze en chef d'un gang de surfeurs/braqueurs.

De Point Break à Hurt Locker


Si Point Break est une œuvre moins personnelle que ne le fût Aux frontières de l'aube, moins calibrée, cette histoire de flic infiltré et de sport extrême n'en demeure pas moins intéressante : en traquant de nouvelles sensations dans les exploits les plus fous, dans l'ambiguïté qui se noue entre Swayze et Reeves, le film montre des personnages cherchant à se libérer des contraintes d'une société dans laquelle ils ne se sentent pas à leur place, où ils s'ennuient. Point Break est un western californien et moderne, il capte l'essence de son époque par un retour à la mythologie américaine et hollywoodienne : quête d'espace, de liberté, insoumission à l'autorité, les bandits, le shérif, la fille, tout y est. Bigelow ne fait qu'actualiser dans un nouveau milieu et une autre époque les grands classiques du genre, non sans maîtrise et idées : on se souviendra des masques de présidents américains que porte le gang, un beau bras d'honneur, un peu anar, pour un film clairement mésestimé. Trois ans après, Bigelow s'attaque à l'un de ses projets les plus ambitieux, écrit par James Cameron, Strange Days (1995), un film de science-fiction entre le thriller et le film noir avec Ralph Fiennes. Malgré son échec en salles, cette histoire futuriste et millénariste où l'on peut enregistrer et vendre ses propres expériences grâce à un procédé technologique permettant aux autres de les vivre, ns'affirme à nouveau d'une efficacité redoutable. On retrouve surtout les obsessions de Cameron, avec lesquelles Bigelow fût peut-être moins à l'aise sinon pour les tirer vers le thème de la violence qui l'obsède depuis ses débuts, mais l'ambiance apocalyptique et cyberpunk est traitée comme peu d'œuvres du genre. Réflexion sur les images, Strange Days se veut aussi un film théorique inquiet ou prophétique, ce qu'il ne réussit à être qu'à moitié.

Après cinq années de silence, durant lesquelles elle fût en procès avec Luc Besson sur Jeanne D'Arc -ce dernier lui aurait piqué l'idée du film sur lequel elle travaillait depuis 1992- et signa le scénario d'Undertow (1996) de son complice Eric Red, tout en réalisant deux épisodes de la série Homicide, Kathryn Bigelow réalise enfin un nouveau film, Le Poids de l'eau (2000), un thriller psychologique avec Sean Penn et Sarah Polley. Adapté du roman d'Anita Shreve, le film joue la carte de la stylisation à outrance et de la fable sociologique pesante, et finit par couler malgré une tentative pas déshonorante de se réfugier dans l'abstraction. Deux ans plus tard, elle hérite de K-19: le piège des profondeurs (2002), une histoire de sous-marin soviétique avec Harrison Ford et Liam Neeson qui n'emballe pas le public alors que pourtant Bigelow y prouve sa pleine forme. Action épurée, sens du détail, précision de chaque action menant l'histoire au rythme d'une tragédie éprouvante et unique, K-19 s'avère une œuvre borderline, limite, à mi-chemin entre le cliché et l'originalité folle. Retombée en disgrâce après plusieurs échecs, on reprend de ses nouvelles en 2007 dans un spot on line pour Pirelli avec Uma Thurman, Mission Zero - un projet sur le modèle de The Hire initié par David Fincher, en moins bien. 2008 enfin, le retour tant attendu, Bigelow réalise pour une somme dérisoire The Hurt Locker, présenté et récompensé à Venise. Le film traite d'une escouade de déminage en Irak et fait l'effet d'une petite bombe à la Mostra. On y retrouve Guy Pearce, Ralph Fiennes et David Morse dans ce qui signe le grand retour, du moins ritique, de la réalisatrice douée mais toujours mésestimée.

Photos de Kathryn Bigelow



Kathryn Bigelow : dossiers et critiques

Aux frontières de l’aube de Kathryn Bigelow (1987)
Point de rupture
4. Robert Gordon : The Loveless de Kathryn Bigelow (1982)

Personnalités associées à Kathryn Bigelow

Collaborations Keanu Reeves, Guy Pearce, Patrick Swayze, Jamie Lee Curtis, Sean Penn, Sarah Polley, Willem Dafoe, Liam Neeson, Ralph Fiennes, Harrison Ford, Bill Paxton
Amis/Famille James Cameron

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