Belle gueule sèche et carrée aux contours osseux, regard intelligent posé sur des yeux bleus perçants, sourire complice et chaleureux plein de vitalité, air franc et honnête prêt à basculer dans le trouble et la folie, Kevin Bacon a de l'allure. Un charme rare et aussi discret que ses apparitions au cinéma où il n'a jamais réussi à s'imposer comme une star incontournable, au fil d'une carrière hésitante faite de beaucoup de bas, et peu de hauts. Né à Philadelphie, cette enfant de la côte Est grandit dans une famille où ses parents le poussent très jeune à être autonome. Passionné par le métier d'acteur depuis ses 13 ans, il quitte le domicile familial à 17 ans, destination New York, où il intègre la Circle in the Square Theater School, dont il sera le plus jeune étudiant. Après un premier rôle au cinéma chez
John Landis dans
American College (1978), suivi de quelques maigres apparitions dans
Merci d'avoir été ma femme (Alan J. Pakula, 1979) ou
Vendredi 13 (Sean S Cunningham, 1980), Kevin Bacon décide de quitter Hollywod pour revenir à New York et ses théâtres. Il refuse alors une adaptation télé tiré du film de Landis et préfère se consacrer aux planches où il joue
Getting Out et
Flux. Suivront
Forty Deuce, une pièce sur trois prostitués mâles que Paul Morissey adaptera au cinéma en 1982 (dans lequel il jouera) ; et
Slap Boys, par laquelle il fait ses débuts à Broadway, aux côtés de deux autres comédiens alors inconnus,
Sean Penn et
Val Kilmer. Kevin Bacon dira plus tard qu'à ses yeux Los Angeles représente « la cité de la peur ». Une raison sans doute pour laquelle il n'a jamais pu s'y installer.
Footlose et résignation
L'acteur n'a pourtant pas renoncé au cinéma malgré son aversion pour Hollywood. En 1982 sa prestation dans
Diner de
Barry Levinson déclenche une flopée de déclarations d'amour de la part des critiques, quoiqu'il soit moins remarqué qu'un autre jeune premier,
Mickey Rourke. Cette histoire de quatre étudiants qui préfèrent se réfugier dans leur diner favori plutôt que franchir le cap de l'âge adulte remporte un certain succès,
Barry Levinson sera nominé aux Oscars pour le meilleur scénario. Son interprétation dans
Diner donne alors une impulsion à sa carrière. Après quelques rôles sans intérêt, il accepte d'être le héros de
Footlose (Herbert Ross, 1984), une comédie musicale rock'n' roll et teenage à l'esprit très
Fureur de vivre. Son look de nouveau
James Dean et son charisme font de lui une star, on le voit en couverture des magazines, le film est un succès, et la BO du film devient un tube. Les rôles vont alors s'enchaîner, mais sans retrouver le succès de
Footlose. En 1987, John Hugues, pape du teen movie alors en pleine gloire, lui offre un second rôle dans sa comédie
Un ticket pour deux. Un an plus tard les deux hommes se retrouvent pour la comédie romantique
La Vie en plus (1988), preuve qu'il est capable de diversifier ses interprétations.
Après le thriller de
Martin Campbell Criminal Law (Id) avec
Gary Oldman, et
The Big Picture (Christopher Guest, 1989), où il interprète un étudiant en cinéma découvrant le vrai visage d'Hollywood, Kevin Bacon fait des étincelles dans le film de monstre
Tremors (Ron Underwood, 1990) où il combat des vers de terre géants. La même année,
L'Expérience interdite (
Joel Schumacher) et sa bande d'étudiants en médecine accros aux expériences de mort simulée fait plaisir aux box office et à toute une génération. Suivront quelques errances oubliées, à l'image de
Elle et lui (Ken Kwapis et Marisa Silver, 1991), une comédie romantique peu connue et boudée par le public mais où l'acteur est lumineux. Puis, alors qu'il commence à renoncer à jouer dans une grosse production, défaitiste,
Oliver Stone lui offre un second rôle mémorable dans
JFK (1991), dans lequel il joue le prostitué gay Willie O'Keefe. Encouragé par l'accueil critique très positif de son interprétation, Bacon reprend confiance en lui, il ne baisse plus les bras. Un an plus tard, il rejoint ainsi le casting de stars de
Des hommes d'honneur (
Rob Reiner, 1992), aux côtés de
Tom Cruise et
Jack Nicholson. Mais le film peine encore à l'imposer. Après deux ans d'absence et encore quelques échecs ou séries B, il essaie de ne pas renoncer à l'idée de faire son comeback sur le devant de la scène avec
La rivière sauvage (
Curtis Hanson, 1994), le film lui rapportera une nomination aux Golden Globes, malgré un succès mitigé au Box Office. Pour ne pas s'égarer, il enchaîne immédiatement sur
Meurtre à Alacatraz (Marc Rocco, 1995), avec sa brochette de talents nineties qui comme lui auront tous une carrière hésitante qui ne survivra pas à l'an 2000 :
Gary Oldman et
Christian Slater. Bacon s'investit énormément dans le rôle, il perd du poids, se rase la tête, ce qui malheureusement n'aidera pas le film à faire bouger les foules. Sa situation s'arrange ensuite avec
Appolo 13 (
Ron Howard, 1995), où il part dans l'espace avec
Tom Hanks. Le succès est au rendez-vous malgré un film artistiquement très discutable.
L'homme invisible
En 1996, Kevin Bacon rejoint une seconde fois
Barry Levinson pour
Sleepers, aux côtés de deux monstres,
Robert de Niro et
Dustin Hoffman. A l'image de
Meurtre à Alcatraz, il retrouve un rôle sombre et violent, celui d'un gardien de prison sadique et violeur d'enfant. Une autre facette de son talent où il se révèle troublant et saisissant. Ce qui ne l'empêche pas de basculer immédiatement sur une autre comédie romantique opportuniste,
Trait pour trait (Glenn Gordon Caron, 1997), avec
Jennifer Aniston en vedette, et ainsi de s'enfoncer à nouveau. Un an plus tard, il s'offre un rôle dans
Sexcrimes (
John McNaughton, 1999), un thriller sexy dont il est producteur exécutif -grosse série B, le film deviendra culte davantage pour ses scènes hot avec
Denise Richards que son suspens. Le célèbre scénariste
David Koepp lui propose ensuite un rôle dans son nouveau film,
Hypnose (Id), un thriller paranormal dans lequel il obtient un de ses meilleurs rôles depuis longtemps. Dans la foulée,
Paul Verhoeven le transforme en homme invisible sombrant dans la folie dans
Hollow Man (2000), mais le film ne décolle pas comme prévu. Sa carrière se retrouve alors à nouveau en stand by, toujours sans le film qui le fera rentrer dans l'histoire du cinéma.
Après
Mauvais piège (Luis Mandoki, 2002), qui porte bien son nom, Bacon renaît aux yeux du public grâce à
Clint Eastwood et son
Mystic River (2003), où il retrouve
Sean Penn. Mais rien n'y fait, sa carrière rame, point mort.
Atom Egoyan vient alors à sa rescousse avec
La Vérité nue (2005), où malgré un film inégal l'acteur s'avère particulièrement bon. Fort de cette expérience, il se lance dans sa première réalisation,
Loverboy (Id), dont il offre le rôle principal à son épouse, la comédienne Kyra Sedgwick, connue pour être l'héroïne de la série
The Closer. Le film connaîtra malheureusement une distribution quasi inexistante et passera complètement inaperçu. Après deux nouvelles années d'absence sur les écrans, Kevin Bacon fait son retour en 2007, comme d'habitude pour un résultat inégal : d'un côté le pompeux et heureusement inédit
The Air I Breathe (Jieho Lee), de l'autre le sombre et brutal mais impressionnant
Death Sentence (James Wan), brillante relecture hardcore du film de vigilante inspiré d'un roman de l'auteur d'
Un Justicier dans la ville. A noter un autre titre inédit en France (une constante) :
Rails et Ties, signée
Alison Eastwood, fille de
Clint, qui passe pour la première fois derrière la caméra. Bacon est enfin avec Sam Rockwell et
Michael Sheen le héros de
Frost/Nixon (2008), où il retrouve
Ron Howard ; ainsi qu'au casting de
New York I Love You (2009), film à sketchs sur le modèle du nullissime et ringard
Paris Je t'aime.