Garde du corps de Whitney Houston, Eliot Ness traquant Al Capone, Robin des bois prince des voleurs, Little Big Man dansant avec les loups, Kevin Costner a illuminé les eighties. Une poignée de rôles, à peine plus, l'ont consacré superstar, hyperstar même, donnant naissance à des milliers de petits Kevin de part le monde. Chaque génération d'acteurs impose ses idoles, celle de Kevin Costner a été un moment particulier, synchrone d'une époque où Hollywood tentait de reprendre la main sur ces seventies trop dépressives, ces héros si pathétiques, ces auteurs incontrôlables. Une remise en ordre où naissait le blockbuster inventé par
Spielberg et
Lucas et systématisé par
Jerry Bruckheimer. Kevin Costner en a été le pur produit, tout porterait à ne voir en lui avec du recul qu'un acteur lisse, une belle gueule sans aspérités contrastant avec la génération des
Pacino ou
De Niro, une antithèse de l'Actor's Studio. Pourtant, n'en déplaise à ses détracteurs, Kevin Costner fût et reste l'un des plus grands acteurs hollywoodien, un acteur de la trempe d'un
Gary Cooper ou d'un
Henry Fonda, un acteur classique donc, pour qui il ne s'agit jamais d'être son personnage, mais de le devenir.
D'où vient-il ? De Californie, où il est né, où il a grandit et fait ses études. Ses racines sont multiples, allemande, irlandaise et cherokee, un beau mélange des cultures entre l'Europe et l'Amérique, un beau mélange pour un physique racé passionné de sport durant sa jeunesse. Alors qu'il travaille à un diplôme en marketing, dont il n'usera que brièvement, il s'intéresse aux arts dramatiques. Parti en voyage de noces avec son épouse de l'époque, au retour il croise
Richard Burton dans un aéroport, l'acteur le convainc de se lancer. A son retour, Kevin plaque tout et part pour Hollywood. Il sera alors chauffeur de poids lourds, pêcheur de fonds, conducteur de bus, toutes sortes de petits boulots dans l'attente de décrocher un rôle, le rôle qui pourrait enfin le lancer sur grand écran. Les débuts seront difficiles, après une première apparition dans un porno soft core en 1974,
Sizzle Beach U.S.A (Richard Brander), qui ne sera distribué qu'en 1986, Costner doit attendre plusieurs années avant de pouvoir interpréter enfin un personnage qui le mette en valeur. Après quelques essais infructueux aux débuts des années 80 :
Night Shift (
Ron Howard, 1982),
Stacy's Knights (Jim Wilson, 1983),
The Gunrunner (Nardo Castillo, 1984), il fait la connaissance de Lawrence Kasdan sur
Les Copains d'abord (1983), film où il finira coupé au montage.
Un succès foudroyant
Malgré son absence au générique (il tenait un petit rôle), Kasdan et Costner se lient d'amitié. Le réalisateur, qui décide de miser sur son potentiel, lui confie alors le rôle principal de son nouveau film, plutôt risqué à cette époque pour un genre tombé en désuétude, le western
Silverado (1985). Le film est un succès en salles, le monde découvre alors ce jeune acteur inconnu qui en impose par son charisme et son allure. Au même moment, le public le découvre également dans la comédie
Fandango (Id) de Kevin Reynolds, puis
Le Prix de l'exploit (Id) de John Badham, sa carrière est lancée. Deux ans plus tard, le courage et l'obstination de Costner sont enfin amplement récompensé lorsqu'il devient la star de l'adaptation de la série télé par
Brian De Palma,
Les Incorruptibles (1987). Il y joue un Eliot Ness droit comme la justice face à un
Robert de Niro en Al Capone aussi obèse et pourri que la mafia. Le film est un triomphe en salles, la popularité de l'acteur explose. Sa discrétion, sa pudeur, sa retenue, son jeu presque bressonien, entièrement porté vers l'action et pourtant d'une densité émotionnelle rare, le consacre comme la nouvelle star montante.
Les propositions commencent alors à pleuvoir : le thriller
Sens unique (Roger Donaldson, Id), la comédie romantique
Duo à Trois (Ron Shelton, 1988), la belle fable
Jusqu'au bout du rêve (Phil Alden Robinson, 1989), le moite et caniculaire
Revenge (
Tony Scott, 1990). Tous misent sur sa belle gueule, son charme et sa force, sa faculté à faire fondre les sentiments au soleil sans sombrer dans le sentimentalisme. Mais Costner a d'autres ambitions, plus grandes encore : à la fin des années 80, il fonde avec son frère la société : Tig Productions. Elle sera à l'origine d'un projet risqué et de sa première mise en scène,
Danse avec les loups (Id), un post western dans la lignée de
Little Big Man d'Arthur Penn dans lequel il tient le rôle principal. Le film est un succès mondial, il remporte sept Oscars et une trentaine d'autres récompenses. L'année suivante, Costner retrouve Kevin Reynolds pour un autre carton au box office,
Robin des Bois, prince des voleurs (1991), puis s'impose à nouveau, têtu, chez
Oliver Stone dans
JFK (Id). Que ce soit dans l'action moyenâgeuse ou dans une salle d'audience à tenter de déconstruire l'assassinat de Kennedy, il est à chaque fois magistral de précision et d'intelligence, de simplicité et de présence. Enchaînant les succès, il obtient un triomphe avec
Bodyguard (Mick Jackson, 1992), où il dira s'être inspiré de
Steve McQueen pour son rôle, puis rallie à sa cause même ses plus fervents détracteurs grâce à
Clint Eastwood et son
Monde Parfait (1993) où il est bouleversant sinon inoubliable.
La chute
Kevin Costner est alors à son apogée, au sommet de sa gloire, et fatalement celle-ci finit toujours par retomber. Les choses commencent à se gâter un peu quand il retrouve Lawrence Kasdan pour un nouveau western moins convaincant,
Wyatt Earp (1994), avec
Dennis Quaid et
Gene Hackman. La même année, on remarque à peine
A chacun sa guerre (
Jon Avnet, Id), avec le tout jeune
Elijah Wood. Mais le premier véritable échec, le vrai bide, commercial et artistique, sera
Waterworld (1995), où il rejoint son autre complice, Kevin Reynolds. Projet dispendieux, blockbuster baroque et confus, ce
Mad Max des mers s'avère un véritable nanar que même l'acteur n'arrive pas à sauver. Et les choses vont aller en s'empirant. Malgré le beau
Tin Cup (Ron Shelton, 1996), délicate et lumineuse comédie romantique sur fond d'US Open, Costner va plonger avec la sortie, fatale, de sa deuxième réalisation,
Postman (1997). Le film est un four, l'acteur reçoit le Razzie award de la pire interprétation de l'année, sa carrière comme sa côté de popularité vont plonger. Désormais moins attendu par un public qui se lasse et ne s'est pas remis de ses derniers nanars, personne ne fera attention à lui dans
Une Bouteille à la mer (Luis Mandoki, 1999),
Pour l'amour du jeu (
Sam Raimi, Id),
13 jours (Roger Donaldson, 2000) ou
Destination : Graceland (Demian Lichtenstein, 2001).
Lâché par les studios, le public, par tout le monde, la carrière de Costner n'est pas au creux de la vague, elle est au point mort. Mais son obstination légendaire n'a pas dit son dernier mot. Il revient à la réalisation en 2003 avec le genre qui lui a réussit, le western, pour
Open Range. Malgré un succès en demi-teinte, le film est défendu par la critique et le public se laisse séduire par cette œuvre mélancolique, crépusculaire et romantique. D'une beauté rare,
Open Range emporte l'adhésion par la vérité de ses paysages, son empreinte lourde mais jamais pesante des sentiments, des thèmes simples mais d'une intensité remontant aux origines du cinéma. Costner réussit là un film sans égal, presque hors norme alors que pourtant il s'inscrit dans une tradition déjà bien balisée. Deux ans plus tard, il rejoint le casting des
Bienfaits de la colère (Mike Binder, 2005), un film malheureusement peu vu mais d'une beauté exceptionnelle. Costner y rayonne de simplicité et de bienveillance pudique face àJoan Allen. Moins convaincants,
La Rumeur court (
Rob Reiner, Id) et
Coast Guards (Andrew Davis, 2006) n'aident pas à le remettre en selle à Hollywood. Son rôle à contre-emploi de tueur en série dans
Mr. Brooks (Bruce A .Evans , 2007) s'avère surtout un exercice théorique intéressant dans la perspective de sa carrière. Désormais toujours peu présent à l'écran, il est à l'affiche de
Swing Vote (Joshua Michael Stern, 2008), une comédie improbable où il doit choisir qui sera élu président ; et enfin
The New Daughter (Luis Berdjo, 2009), un thriller horrifique. Mais l'acteur, décidément tenace, n'a pas dit son dernier mot.