Kevin Smith, acteur, producteur, réalisateur, scénariste pour le cinéma et les comics dont il est un fan réputé, bref un homme très occupé et probablement l'un des geeks les plus célèbres d'Hollywood. Formé à l'atelier d'écriture de la New School for Social Research à New York et à la Vancouver Film School, il abandonne ses études en cours de route après sa rencontre avec Scott Mosier qui deviendra son fidèle producteur. De retour dans son New Jersey natal, il décroche un job alimentaire dans une petite épicerie. Cette expérience lui donne l'idée de son premier long métrage,
Clerks (1994), qu'il écrit, produit et réalise. Le film est distribué par Miramax et fait vite l'objet d'un culte. Présenté et primé à Sundance, Cannes et Deauville, cette comédie en noir et blanc, grand éloge de la glande et de la contre-culture nerd, séduit par son originalité, son ton décalé, ses dialogues à rallonge, son humour potache et ses personnages improbables mais vraisemblables. En un film Kevin Smith devient la tête de pont du cinéma indépendant américain, son versant cool et décomplexé pour teenagers ou post ados immatures en mal de références cinéphiles. La spontanéité du film, ses accents réalistes dus aux anecdotes que le réalisateur a collectées, y ajoutent aussi un naturel qui fait de
Clerks une chronique de son époque, de sa jeunesse irresponsable, non sans une certaine tendresse. Ce sera sa marque de fabrique.
Le succès de
Clerks lui permet d'obtenir un budget plus confortable alloué par Miramax pour son second film, le bien nommé
Les Glandeurs (1995). Dans cette comédie romantique que l'auteur aurait définit comme une version intelligente de
Porky's, Smith emploie pour la première fois
Jason Lee et
Ben Affleck, deux de ses futurs acteurs récurrents. Malheureusement cette chronique de deux potes passant une journée dans un centre commercial fait un four à sa sortie en salles aux USA et ne sera jamais distribué en France. Pourtant le film se rattrape en vidéo et fera vite l'objet d'un culte, il sera même souvent défendu par les admirateurs du réalisateur comme son meilleur. Peut-être le syndrome du film maudit. Comédie romantique toujours, qu'il tente de réinventer à sa manière dans son film suivant,
Méprise multiple (1997), de nouveau avec
Jason Lee et
Ben Affleck. Revenu à un budget plus léger (250 000$ contre 5M) et lâché par Miramax, le film obtient son petit succès en salles. Dans un registre plus sérieux et adulte, il tente de faire l'analyse de l'homosexualité féminine au travers de personnages parallèlement dessinateurs de comics, la seconde passion de Smith après le cinéma.
Deux ans plus tard, alors qu'il commence à collaborer avec la Marvel, notamment à l'écriture du comics
Dardevil (il collaborera aussi avec DC Comics sur la série
Green Arrow), il réalise son troisième film,
Dogma (1999) avec le tandem
Ben Affleck et
Matt Damon. C'est alors son plus gros budget (10M$) et le film qui sera le plus rentable. Mais si le succès est au rendez-vous, cette farce revisitant librement les saintes écritures ne tarde pas aussi à attirer les foudres des autorités religieuses. En témoigne un détail,
Alanis Morissette y joue Dieu. Après ce petit coup de tonnerre gentiment anti consensuel et pseudo subversif vite oublié, il revient à ses bases et aux personnages croisés dans
Clerks pour
Jay et Bob contre-attaquent (2001), dans lequel il tient l'un des rôles principaux. Parallèlement acteur (une apparition dans
Scream 3, plus tard dans
Dardevil,
Southland Tales,
Die Hard 4) et producteur (
Will Hunting, 1997), il met en chantier la série
Clerks, qui devient un dessin animé, puis revient à la réalisation en 2004 avec la comédie romantique
Père et fille, où il tente de faire oublier ses provocations de post ado débiles et ringardes en se rachetant une image. Le film sera un échec. Pour corriger le tir et plaire à ses fans il revient à ce qui a fait son succès et signe
Clerks 2 (2006). Smith se contente de dérouler la formule qu'il connaît sur le bout des doigts : l'humour potache, les vannes qui fusent, le ton forcément incorrect, l'éloge de la contre-culture et la fascination pour les non-lieux, tout y est. Il signe enfin en 2008 la comédie
Zack and Miri Make a Porno, avec
Seth Rogen, membre du réseau de
Judd Apatow, et
Traci Lords, ex star du X américain.