Kim Basinger commence sa carrière de mannequin à 16 ans après avoir gagné un concours de Miss Junior dans sa ville natale, Athens en Géorgie. Elle rejoint alors rapidement l'agence Ford, dont elle devient l'un des modèles les plus célèbres au début des années 70, où elle fait la couverture de centaines de magazines. En 1976, après avoir pris des cours d'art dramatique, elle décide de mettre sa carrière de mannequin entre parenthèses et part pour Los Angeles avec l'idée de se lancer dans une carrière d'actrice. Après quelques apparitions dans des séries télé telles que
Le Nouvel homme invisible (1976),
Drôle de dames (Id),
L'Homme qui valait trois milliards (1977), elle obtient son premier rôle principal dans le téléfilm
Katie : A portrait of a Centerfold (Robert Greenwald, 1978), où elle joue une jeune fille quittant sa campagne pour Hollywood dans l'espoir de devenir actrice. Elle obtient enfin son premier rôle au cinéma dans
Hard Country (David Greene, 1981), un western avec Jan-Michael Vincent, futur pilote du Supercopter, suivi rapidement de
La Fièvre de l'or (1982), deuxième réalisation du célèbre
Charlton Heston.
Les années fastes
Sa carrière de comédienne s'envole lorsqu'elle accepte d'être la James Bond Girl de
Sean Connery dans le non officiel
Jamais plus jamais (Irvin Kershner, 1983). On la voit alors très vite chez Blake Edwards aux côtés de
Burt Reynolds et Julie Andrews dans
L'Homme à femme (Id), puis
Le Meilleur (
Barry Levinson, 1984) pour lequel elle est nominée aux Golden Globes, volant ainsi la vedette à sa partenaire,
Glenn Close. Si l'actrice ne s'est pas empêchée de révéler ses charmes au même moment dans Playboy, sa carrière d'actrice, solide, semble bien lancée puisque à peine un an plus tard le vétéran doué
Robert Altman fait appel à elle pour
Fool for love (1985), en compétition en Cannes. L'actrice retrouvera
Altman en 1994 pour
Prêt-à-Porter, malheureusement un autre de ses succès mitigés. Mais la date décisive, fatale presque, pour la carrière de Kim Basinger, c'est 1986 et la sortie de
9 semaines et 1/2 (Adrian Lyne). Un rôle torride où avec Mickey Rourke, alors lui aussi au sommet, elle plonge dans une relation charnelle et aliénante filmée avec un déluge d'images stylisées digne des publicités les plus sophistiquées de l'époque. La scène du strip-tease avec la musique de
Joe Cocker deviendra vite un archétype parodié des milliers de fois, jusqu'à écoeurement complet, jusqu'à faire oublier l'intérêt réel du film, qui n'est autre qu'une version revisitée, soft, moderne et américaine de
L'Empire des sens d'Oshima.
Pour ne pas être piégée dans son rôle de nouveau sex symbol, Kim Basinger fait tout pour éviter de jouer à nouveau les vamps. Elle rejoint ainsi
Richard Gere dans le thriller moite
Sans pitié (Richard Pearce, 1986) ; puis retrouve Blake Edwards pour sa comédie éthylique
Boire et déboires (1987), face à un
Bruce Willis en pleine ascension ; comédie toujours, dans laquelle elle excelle décidément avec le trop méconnu
Nadine (Id) de Robert Benton, proche par aspects de la screwball comedy des années 30 ; comédie encore, plus sexy, comme s'il fallait fatalement en repasser par là un minimum, avec le sympathique mais faiblard
J'ai épousé une extra-terrestre (Richard Benjamin, 1988). Mais c'est surtout grâce au
Batman de
Tim Burton (1989) que Kim obtient l'autre grand succès de sa carrière. Et si, avec du recul, elle peut sembler un atout féminin aujourd'hui un peu daté (à l'instar de la musique de
Prince), elle reste un amour probable pour Batman : en évitant de la rendre sexy tout en traquant sur son visage et son corps les traces d'un glamour possible, donc inatteignable, Burton fait de son personnage une abstraction sentimentale acceptable pour ce héros trop névrosé pour penser aux femmes et encore moins à leur corps. D'où aussi une certaine retenue dans son jeu, une absence de vulgarité, une discrétion qui n'emploiera plus les détours libidineux habituels et qu'elle s'était refusée depuis quelques années.
Revenir de 9 semaines
Malheureusement il y aura un avant et après
Batman, comme cela avait été le cas pour
9 semaines et 1/2. Passer le cap des années 80, rentrer dans les années 90, tout ça sera difficile pour la comédienne. En 1991, elle fait la rencontre de son futur époux,
Alec Baldwin, sur le plateau de
La chanteuse et le milliardaire (Jerry Rees), qui n'enthousiasme pas les foules. Si le couple se retrouvera ensuite sur
Guet-apens (Roger Donaldson, 1994), un mauvais remake du film de Peckinpah, leur histoire sera surtout à la une des médias quand quelques années plus tard ils n'arriveront plus à sortir d'une interminable procédure de divorce et de garde d'enfant. A côté la carrière artistique de l'actrice ne va guère mieux. Après avoir retrouvé
Richard Gere dans le thriller
Sang chaud pour meurtre de sang froid (
Phil Joanou, 1992), pour lequel elle sera nominée aux Razzie Awards, elle s'égare dans
Cool World (Ralph Bakshi, Id), tentative bâclée de réactualiser le succès de
Roger Rabbit, qui lui vaudra également une nomination aux Razzie Awards, la même année, un exploit. Thriller toujours avec
L'Affaire Karen McCoy (1993) de l'inénarrable tâcheron Russel Mulcahy, véritable prototype d'un cinéma insipide de l'époque. Après s'être consacrée un temps à sa vie de famille, l'actrice retrouve enfin le succès avec
L.A. Confidential, adaptation de
James Ellroy par
Curtis Hanson qui lui vaut un Oscar du meilleur second rôle.
Alors qu'on l'imagine revenir sur les écrans, profitant de cette notoriété acquise avec
L.A. Confidential, l'actrice disparaît subitement, silence de trois ans. Elle fait son come-back en 2000 pour enchaîner les navets :
Je rêvais de l'Afrique (Hugh Hudson) et
L'Elue (Chuck Russel). Pause à nouveau, puis retour remarqué car sans phare ni paillettes dans
8 Mile (
Curtis Hanson, 2002), où elle interprète la mère paumée d'
Eminem. Une performance à contre-emploi un peu attendue. Suivront alors des lots de titres que l'actrice nous envoient tous les deux ans, sans rarement convaincre, certains n'allant jusqu'à jamais franchir nos frontières :
Lignes de vie (Tod Williams, 20004),
Elvis has left the building (Joe Zwick, Id),
Cellular (
David R. Ellis, Id),
Even Money (Mark Rydell, 2006),
The Sentinel (Clark Johnson, Id), ou encore
While She Was Out (Susan Montford, 2008),
The Informers (Gregor Jordan, Id), d'après
Bret Easton Ellis,
The Burning Plain (Guillermo Arriaga, 2009), beaucoup de thrillers en tous genres, beaucoup de pas grand chose, ou beaucoup de promesses. Avec l'âge, l'actrice ne joue plus les atouts sexy, elle n'a pas encore trouvée, peut-être, l'angle d'attaque pour user de sa nouvelle beauté, mais rien n'est perdu.