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Discret, peu loquace, Hirokazu Kore-Eda se fige quelques secondes avant de répondre à chacune de nos questions... L'auteur du superbe Still Walking revient sur la genèse de son film, en hommage à sa mère décédée. Il nous parle de la place des femmes dans le cinéma nippon, de la dilatation de l'espace par le son, et de l'art de filmer la mort en hors-champ. Rencontre dans une bucolique cour d'hôtel parisien.
« Ne pas diriger, observer »
Fluctuat : L'idée de Still Walking vient-elle comme Nobody knows, d'un fait réel ?
Kore-Eda : Le point de départ est le même, à savoir un fait réel, pas un fait divers. Dans Still Walking, il s'agit de la mort de ma mère. Dans ma tête je ne fais pas de comparaisons entre les deux choses, car là il s'agit de quelque chose qui s'est vraiment passé.
Comment avez-vous dirigé l'actrice qui joue le rôle de la mère ?
Dès le début, j'ai mis l'actrice en garde : « attention, tu ne seras pas ma mère... » Même si ce film se nourrit de souvenirs personnels, il s'agit de jouer le rôle d'un personnage fictif, qui s'appelle Toshiko. Ce film n'est pas une autobiographie, il ne s'agissait pas pour l'actrice de copier, ou de reproduire, quoique ce soit de ma mère.
Pensez-vous que, comme dans le film, les hommes prétendent décider alors que ce sont les femmes qui commandent ?
Au début, l'histoire de ce film était celle d'un homme « faible » avec une femme forte. C'est peut-être à cause de ma vision du monde. Je pense que les femmes sont plus énergiques, plus fortes, plus imaginatives, alors que les hommes, au contraire, ont des côtés très étriqués. C'est comme ça qu'une maison fonctionne bien : quand on laisse une place de choix aux femmes fortes, et que les hommes sont un peu plus effacés.
Still Walking parle de la mort, sans jamais être sinistre. Comment avez-vous travaillé cette atmosphère ?
Je ne voulais pas faire un film qui « sente trop la mort », sinistre, parce que c'est très personnel, et aussi parce que les spectateurs ne seraient sans doute pas venus ! Pour parler du côté transitoire de la vie, il m'a semblé qu'il valait mieux montrer quelqu'un de vivant, dans toute sa vigueur, son énergie, sa joie de vivre, tout en montrant la fragilité de son existence. Cela m'a paru bien plus intéressant que de parler directement soit de la mort, soit de la vie. Il s'agissait plutôt de montrer la vie menacée, dans sa fragilité, par la mort alentour. C'est ainsi que je pensais pouvoir toucher les spectateurs.
Par exemple, dans le film, quand le fils cadet revient à la maison après une longue absence, il découvre avec stupeur, et un peu de frayeur, le carrelage abîmé, et surtout, qu'une rampe a été posée pendant son absence. Cela représente l'imprévisibilité de ce qui peut advenir dans la vie de ses parents. Je pense qu'après, même si je montre la mère très énergique et joyeuse, le père qui fait son footing, etc... On garde cette image en tête.
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