Laurent Tuel signe son premier court-métrage en 1989,
Céleste, puis participe à la société de production La Vie est belle films associés, en compagnie d'autres jeunes cinéastes comme Antoine Desrosières et Graham Guit. Après deux autres courts,
Le Jour de chance du gros Phil (1992) et
Hillibily Chainsaw Massacre (1995), une farce gore avec
Melvil Poupaud et Mathieu Demy, Tuel tourne son premier long,
Le Rocher d'Acapulco (Id), avec Antoine Chappey et Margot Abascal. L'histoire d'une jeune femme qui rêvant d'être chanteuse se prostitue sous l'influence de son amant. Inspiré d'un fait divers, Tuel signe ici un premier film remarqué explorant les nœuds tendus et troublants d'une relation perverse sur fond de manipulation psychologique et physique. A la frontière du réel et du fantastique, l'auteur imagine un monde étrange où des corps solitaires errent dans une réalité sociale protéiforme. Après ce premier coup d'essai qui enthousiasme la presse, Tuel, un peu oublié depuis, revient pour
Un jeu d'enfants (2001), film produit par Canal + pour sa collection Bee Movies, qui espère donner un peu de carburant au film de genre français (peine perdue). Avec ce film économe qui préfère l'angoisse à l'horreur, le cinéaste se fait plaisir et penche pour l'exercice de style sous influence polanskienne. Sur un canevas scénaristique sympathique puis ridicule, le film se transforme en sous
Shining, tentant parfois avec talent mais sans aboutir nulle part, de glisser un peu d'inquiétude et d'étrange dans le quotidien. Passant d'un registre fantastique à un autre plus fantaisiste et comique, sinon conceptuel, Tuel réalise ensuite
Jean-Philippe (2006), où
Fabrice Luchini fan de Johnny Halliday bascule dans un monde où celui-ci n'est jamais devenu la star que l'on connaît. Hélas, malgré son idée délirante et un accueil critique plutôt chaleureux, cette fable naviguant entre l'impossible réconciliation de Debord et Drucker (comme l'écrit alors Patrice Blouin dans les Inrockuptibles) ne va jamais vraiment au-delà de son pitch commercial. En 2009, le cinéaste signe enfin
Le Premier cercle, un thriller avec
Jean Reno et
Gaspard Ulliel.