Avant d'être le comique préféré des Français dans les années soixante où sa popularité a explosé, Louis de Funès a longtemps galéré. La première partie de sa vie est un vrai roman, presque rocambolesque : il enchaîne les études dans de multiples champs d'activités (fourreur, cinéma), passe par succession de jobs (dessinateur industriel, aide comptable, étalagiste) où il se fait à chaque fois virer pour son caractère, puis devient enfin pianiste de music-hall et de cabaret. En 1942 il se décide à devenir comédien et s'inscrit au cours Simon. Grâce à Daniel Gélin, il commence alors à faire apparition au théâtre puis au cinéma dans
La Tentation de Barbizon (1946) de Jean Telli. Il fait d'abord de la figuration puis obtient de nombreux seconds rôles, auxquels il restera abonné pendant longtemps. Au début des années cinquante,
Sacha Guitry le fait tourner dans
La poison (1951),
Je l'ai été trois fois (1952) et
Si Paris nous était conté (1955) où il obtient un rôle alors un peu plus consistant.
En 1952, Louis de Funès se fait un peu connaître par ses rôles dans
Bouboute et sélection et
Ah ! les belles bacchantes, deux revues de la troupe des
Branquignols dont la seconde est adaptée au cinéma en 1954. La même année, il donne la réplique à Fernandel dans
Le mouton à cinq pattes d'
Henri Verneuil et à
Bourvil dans
Poisson d'avril de Gilles Grangier, deux réalisateurs vedettes de l'époque et du cinéma de papa. En 1956, il explose face à de nouveau à
Bourvil et
Jean Gabin dans le rôle de Jambier, le boucher trafiquant de
La traversée de Paris de
Claude Autant-Lara. Sa côte commence alors à grimper : son visage, sa voix, sa silhouette de petit homme irascible, ses mimiques forcées, ses grimaces hystériques, ses embrasements colériques, l'ensemble de ce qui fera son jeu poussif arrive à séduire tandis que l'acteur commence à le maîtriser. On le retrouve alors chez
Yves Robert dans
Ni vu, ni connu (1958) ou aux côtés de
Francis Blanche dans
Certains l'aiment... froide (1960), mais il faut attendre encore quelque temps avant le moment décisif.
Ses rôles au théâtre chez
Guitry dans
Faisons un rêve en 1957 puis aux côtés de
Pierre Mondy et Jean Paul Belmondo dans
Oscar de Claude Magnier en 1959 permettent d'accélérer sa notoriété. Mais, après avoir déjà tourné 112 films, c'est grâce à
Pouic Pouic (1963) de Jean Girault que de Funès connaît enfin le succès qui le lancera sans plus jamais l'arrêter au cinéma. Plébiscité au box-office, le film lui donne une popularité immense et marque les débuts de la collaboration entre le comédien et le réalisateur, qui tourneront ensemble à de nombreuses reprises. On leur doit notamment parmi les films et les rôles les plus populaires et rentables de l'acteur, comme la série des
Gendarmes,
Le gendarme de St Tropez (1964),
Le Gendarme à New York (1965) jusqu'à
Le Gendarme et les Gendarmettes (1982), son dernier rôle, en passant par l'inénarrable
La Soupe aux choux (1981), bref que des chefs d'œuvre.
Parallèlement, de Funès accroît sa notoriété avec les hits de notre enfance multi rediffusés à mort. Dans deux films de
Gérard Oury surtout, où il a
Bourvil comme partenaire :
Le corniaud (1965), puis
La grande vadrouille (1966) qui restera en tête historique du box-office pendant longtemps. Il déploie également tout son talent comique avec le rôle de l'inspecteur Juve dans la série des
Fantômas d'André Hunnebelle ,
Fantômas (1964),
Fantômas se déchaîne (1965),
Fantomas contre Scotland Yard (1967). Vers la fin des années soixante, son numéro étant au point, il le répète d'un film à l'autre, parfois jusqu'à l'extrême, les dialogues devenant borborygmes et ses crises de colère bouillonnantes et incontrôlables. Avec les années soixante-dix, sa notoriété reste intacte. Il retrouve
Gérard Oury dans deux autres de ses films les plus célèbres et les plus populaires :
La Folie des grandeurs (1971), face à
Yves Montand, puis
Les aventures de Rabbi Jacob (1973), farce improbable qu'il porte à bout de bras déguisé en juif hassidique. Malgré une santé fragile suite à deux infarctus, il tourne avec
Claude Zidi dans
L'aile ou la cuisse (1976) où il partage l'écran avec
Coluche, puis
La Zizanie (1978) et continue à faire hurler de rire le public français qui se rue dans les salles. En 1980, il adapte lui-même au cinéma
L'Avare de
Molière, qui ne connaît qu'un succès modeste. La même année enfin, il reçoit un César d'honneur pour sa carrière des mains de Jerry Lewis.