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Luchino Visconti


Luchino Visconti Nationalité : Italienne
Naissance : 02 octobre 1906
Mort le : 17 mars 1976
Métiers : Réalisateur, Scénariste de cinéma, Metteur en scène

Biographie de Luchino Visconti

 

Luchino Visconti compte parmi les grands maîtres du cinéma italien aux côtés de Roberto Rossellini, Michelangelo Antonioni ou Vittorio De Sica, avec qui il participa à fonder ce qui sera le néo-réalisme italien durant les années 40. Comme ses confrères, sa carrière est riche et complexe, et son oeuvre d'une grande érudition. Objet de nombreuses analyses, notamment chez le philosophe Gilles Deleuze, son cinéma impressionne par sa puissance esthétique et l'extrême intelligence d'une mise en scène qui n'a cessé d'imposer un univers singulier et le regard de l'auteur sur le monde. Visconti a été l'un des grands cinéastes du temps, de la disparition et du déclin. Un poète ambigu et critique de la beauté crépusculaire des choses. Ses inspirations sont multiples mais se rejoignent presque toutes vers sa jeunesse, de ses racines à ses premiers amours pour différentes formes d'Art ou l'Histoire. De son père Giuseppe Visconti, duc de Modrone, il hérite d'un titre, le rattachant ainsi à l'aristocratie milanaise. De cette descendance, il gardera toute sa vie une puissante empreinte nostalgique (non sans d'importantes nuances) qui apparaîtra à plusieurs reprises dans ses films. Passionné de chevaux durant sa jeunesse, il fréquente aussi régulièrement le monde du théâtre et de l'opéra grâce à son père qui posséde une tribune attitrée à La Scala. Se décidant à faire carrière dans la décoration et le cinéma, il part pour la France au milieu des 30 et débute comme assistant de Jean Renoir sur Les Bas-fonds (1937), puis crée les costumes d'Une partie de campagne (1937).

Ossessione et néo-réalisme

Le cinéma de Renoir, alors dans sa période réaliste, le marque profondément, comme les rencontres qu'il fait à la même période avec des réfugiés italiens, militants de gauche, qui changent radicalement son point de vue politique. La guerre interrompt sa collaboration avec Renoir et l'oblige à terminer avec Karl Kroch une adaptation de La Tosca que les deux hommes avaient entrepris ensemble. On peut voir là le début significatif d'une source d'inspiration entre le théâtre (la scène en générale) et le cinéma, chez un homme qui durant sa vie fut influencé autant par Shaeskpeare que le mélodrame. Comme l'écrit l'historien du cinéma Jean-Loup Passek, l'œuvre cinématographique de Visconti pourrait être résumé comme un « opéra de nos réalités ». Ce sens aigu du réalisme, éclairé en partie grâce aux rencontres qu'il fait alors avec de jeunes critiques et intellectuels italiens, avec qui il partage cette volonté de filmer le quotidien du peuple et d'en finir avec la période du cinéma des « téléphones blancs », se manifeste dès son premier film, Ossessione (Les Amants diaboliques, 1942). Au départ, Visconti voulait adapter un roman de Verga, mais refusé par la censure, il choisit une transposition du Facteur sonne toujours deux fois de James Cain. Le film est désormais considéré comme le point de départ du néo-réalisme, dont l'expression viendrait du chef monteur du film, Mario Serandrei. Pourtant, en dépit de l'importance donnée au background social des personnages, sa noirceur, sa froideur et son pessimisme tranchent avec les autres œuvres du néo-réalisme (Rome ville ouverte, Le Voleur de bicyclette, etc), davantage animées par un esprit de renouveau moral et par la volonté de livrer un message d'espoir depuis les ruines de l'après-guerre.

Senso et Histoire

Après Ossessione (qui fit scandale et fut interdit), et après que Visconti échappa de peu à la mort lors de la débâcle des Allemands voulant le fusiller, il participe avec Mario Serandrei et Gisueppe de Santis au montage d'un documentaire, Jour de gloire (1945), consacré à la résistance et la Libération. Parallèlement, il monte des créations au théâtre et des mises en scènes lyriques, découvrant au passage Marcello Mastroianni, à qui il offrira quelques rôles dans des pièces à succès. En 1948, Visconti revient au cinéma avec La Terre tremble, portrait sociologique des classes défavorisées italiennes qui peut être rattaché dans son approche et son ton à l'un de ses films les plus célèbres, Rocco et ses frères (1960), où Alain Delon trouva également sans doute le plus grand rôle de toute sa carrière. Avec le mélodramatique Bellissima (1951), il s'intéresse cette fois à l'envers du cinéma à travers les mythiques studios Cinecitta pour livrer une analyse sans concession du milieu. Dans Senso (1954) ensuite, son premier film en couleur et son premier succès public, Visconti peut enfin filmer une reconstitution historique. Le film, qui sera un tournant dans sa carrière et comptant parmi les chefs-d'œuvre du cinéma italien, prend la forme d'une fresque historique au "moralisme stendhalien" (l'action se passe à Venise en 1866 durant les derniers jours de l'occupation autrichienne), avec en contrepoint un drame intimiste entre deux personnages dont l'amour est voué à la destruction. Le soin extrême de la reconstitution, des décors au moindre objet (dont l'importance est déterminante dans l'idée qu'il se fait et montre du réalisme), alimente cette histoire sur laquelle souffle le ton d'un opéra au lyrisme glacé et funèbre. Visconti filmant des personnages moins acteurs que spectateurs d'une histoire et d'une époque en train de disparaître, avec ce qui reviendra régulièrement dans ses films suivants, un portrait psychologique. Senso est parfois considéré comme un film pivot de sa carrière, là où serait contenu parmi les plans les plus significatifs de son univers.

Crépuscule

En 1957 Visconti réalise Nuits blanches, d'après Dostoievsky, une œuvre désenchantée et romantique où Marcello Mastroianni joue face à Jean Marais. Malgré un Lion d'argent à Venise, l'accueil du film est mitigé, on insiste de plus en plus sur le fait qu'il se détache du néo-réalisme de ses débuts. Après Rocco et ses frères, multiprimé malgré les vives réactions qu'il a suscitées pour son réalisme âpre vers lequel Visconti retourne alors, et après un détour par le film collectif Boccacio' 70 (1962), le cinéaste met enfin tout le monde d'accord avec Le Guépard (1963) qui reçoit la Palme d'or à Cannes. Avec un casting inoubliable (Burt Lancaster, Claudia Cardinale, Alain Delon), le film se situe à l'époque du débarquement des partisans de Garibaldi en Sicile et relate l'histoire du prince Fabrizio Corbera di Salina, propriétaire terrien contraint d'accepter l'union entre l'aristocratie décadente et la nouvelle bourgeoisie. Visconti filme alors un crépuscule, le passage inexorable du temps à travers un regard à la fois décalé et aigu sur l'Histoire du point de vue de Burt Lancaster, spectateur du changement. Si on taxe alors le cinéaste d'académisme, il faut reconnaître que la longue scène de bal durant toute la dernière partie du film est un chef d'œuvre synthétisant presque à elle seule l'œuvre de Visconti.

La beauté du monde

On pourrait dire qu'après Le Guépard, toute l'œuvre de Visconti ne sera que répétition et enlisement dans l'académisme. Toutefois, quelques œuvres constituent encore des monuments majeurs à bien des égards, pour leur qualité esthétique ou la vision du cinéaste de plus en plus crépusculaire. On retiendra ainsi Sandra (1965), tragédie familiale sur fond de tabou de l'inceste, puis Les Damnés (1969) où Visconti filme pouvoir, corruption et déchéance à travers une famille de riches industriels allemands au moment du nazisme -le film s'inscrivant dans une tétralogie allemande (inachevée) où le cinéaste souhaitait s'inspirer des thématiques mythologiques et décadentes de Wagner et Thomas Mann. S'en suit ainsi le célèbre Mort à Venise (1971), adapté de Thomas Mann, où Visconti affirme explicitement sa passion absolue de la beauté comme quête inaccessible et à jamais noyée dans un temps dont il ne peut que contempler l'instantanéité et la disparition simultanées. Et enfin Ludwig (Le Crépuscule des Dieux), fresque monumentale de quatre heures sur Louis II, roi de Bavière, qui pourrait presque ressembler à un testament de Visconti, sur sa vision du monde, de l'Art et de l'Histoire, et de son intérêt pour les personnages de perdants. Après une attaque cérébrale sur le tournage du film, Visconti est partiellement paralysé mais continue à tourner, deux films souvent négligés (à raison) dans sa filmographie : Violence et passion (1974) et L'Innocent (1976).

 

Les films de Luchino Visconti

L'Innocent
L'Innocent
(1976)
Mort à Venise
Mort à Venise
(1971)
Les Damnés
Les Damnés
(1969)
Les sorcières
Les sorcières
(1967)

Tous les films de Luchino Visconti

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