Marco Bellochio s'est fait connaître dès 1965 avec une série d'œuvres polémistes et engagées qui ont bouleversé la représentation de la société italienne et son cinéma. Elevé dans des établissements religieux, il étudie la philosophie puis s'inscrit à l'académie des Filodrammatici de Milan, avant de se former à la réalisation au Centro sperimentale de Rome. Titulaire d'une bourse d'études, il complète sa formation en s'inscrivant à la School of Fine Arts de Londres. Après quelques courts-métrages, il réalise son premier long,
Les poings dans les poches (1965), récit sans rémission de la destruction d'une famille bourgeoise avec Lou Castel en ange exterminateur. Le film fait grand bruit à sa sortie, Bellochio s'attaquant avec violence à un sujet explosif que la société italienne refuse alors de voir. Il rompt surtout, au fur et à mesure d'une mise en scène implacable et étudiée, avec les codes et la morale héritée du néo-réalisme.
Bellochio poursuit avec brio son analyse de la bourgeoisie italienne avec
La Chine est proche (1967), avant de se tourner en 1968 vers un militantisme suivant la ligne du parti communiste. Il tournera ainsi avec des « camarades » deux documentaires de propagande politique,
Paola (1969) et
La contestation (1969). En 1972, pour
Au nom du père, il s'attaque de front à l'église avec une violence n'évitant pas la satire. Tourné à la manière d'un pamphlet dans lequel Bellochio intègre des souvenirs personnels, le film s'impose encore par son absence de démagogie et son style d'une redoutable intelligence et efficacité. On le comparera parfois à
Buñuel pour sa verve et son exploration labyrinthique de la conscience.
Bellochio polémiste doué
Devenu l'un des émissaires de l'avant-garde intellectuelle et révolutionnaire italienne, il trouvera ses limites avec
Viol en première page (1972), engoncé dans un procédé discursif politisé peinant à se fondre dans le récit. En 1975, il se consacre à un documentaire sur les établissements psychiatrique,
Fous à délier, sur lequel il a travaillé en étroite collaboration avec des spécialistes de la réinsertion des aliénés mentaux. Plus qu'un simple explosé d'un système, il ressortira du film une poésie qui n'appartient qu'à lui. Suivront une réflexion sur le pouvoir et l'effrayante nostalgie du fascisme avec
La marche triomphale (1976), une autre brillante analyse de la famille pour
La Mouette (1977, TV) adapté de Tchekov, avant d'interroger divers sujets tels que le suicide, la culpabilité, le désir ou l'inceste dans
Le Saut dans le vide (1979), La Sorcière (1988) ou encore
Le Diable au corps (1986), où Maruschka Detmers tombe amoureuse d'un adolescent pendant que son amant, ex brigade rouge, est jugé.
Bellochio continuera d'œuvrer avec la même exigence durant les années 90 tout en donnant une nouvelle complexité à ses intrigues et personnages dans des films tels que
Le rêve du papillon (1994) ou
La Nourrice (1999). Suivront
Le Sourire de ma mère (2001), belle et sombre évocation critique des liens troubles unissant la société italienne et l'église ;
Buongiorno, notte (2003), retour sur l'enlèvement d'Aldo Moro par les Brigades rouge, que Bellochio transforme en puissant huis clos stylisé ;
Le Metteur en scène de mariages (2007), satire incisive, lucide et maîtrisée. En 2009 enfin,
Vincere, sur la maîtresse de Mussolini, est sélectionné en compétition officielle à Cannes.