Le simple fait d'être une star de cinéma fait que les gens vous accordent des droits particuliers et des privilèges. ”
Grande figure mythique du cinéma américain, sex-symbol intemporel, icône à classer aux côtés de
Marilyn Monroe ou de
James Dean, Marlon Brando est souvent considéré comme l'un des plus importants comédiens de l'histoire du cinéma. Certains, comme
Johnny Depp, allant jusqu'à l'appeler Dieu. Définir la sensualité magnétique de Brando demanderait une analyse précise et détaillée de ses meilleurs rôles. Toutefois, s'il fallait le présenter en quelques lignes, on peut dire de lui qu'il a commencé par avoir une adolescence difficile. Issu d'un milieu modeste, d'une mère alcoolique et d'un père absent, il quitte Omaha, sa ville natale, en 1943, après avoir été rejeté de l'école militaire et surtout pour suivre ses sœurs Jocelyn et Frannie parties pour New York afin d'étudier le théâtre et l'art. Doué naturellement pour la comédie, il ne tarde pas à faire ses premiers pas sur les planches à Broadway, plus précisément dès le 19 octobre 1944 dans la pièce
I Remember Mama.
L'homme de la Méthode
Très vite, Brando est enrôlé dans l'école d'
Erwin Piscator où Stella Adler introduit la méthode de Konstantin Stanislavski, une nouvelle technique de jeu se fondant sur un approfondissement psychologique des rôles où l'acteur doit puiser en lui les émotions qu'il doit traduire. Sous la direction de Lee Strasberg, à l'Actor's Studio (le fameux), et surtout grâce à son rôle dans la pièce
Un tramway nommé désir (1947) d'
Elia Kazan, Brando développe ainsi ses talents et devient l'un des portes drapeau de la
Méthode (de l'Actor's Studio), qu'il critiquera plus tard dans son autobiographie
Songs my Mother Taught Me (1994). La
Méthode étant fondée aussi sur une mise en condition par l'expérience, Brando va alors jusqu'à passer un mois dans un hôpital de rééducation spécialisée avant le tournage de
C'étaient des hommes (1951) de Fred Zimmerman, sa première apparition à l'écran où il joue un paraplégique. Très vite, tous les regards convergent sur lui. Sa beauté fait tourner les têtes, son regard hypnotise, sa voix envoûte, son jeu impressionne.
Blouson noir
Dès 1951,
Kazan lui ouvre la portes des Oscars avec l'adaptation cinéma d'
Un Tramway nommé désir, suivi de
Viva Zapata ! (1952) et enfin
Sur les Quais (1954), où il obtient le prix d'interprétation. Entre temps, où il est également nominé pour le
Jules César (1953) de
Mankiewicz, Brando joue dans
L'équipée sauvage (1953) de Laslo Benedek. Le film d'une génération, un détonateur, l'ancêtre du teen movie dans sa version jeune délinquant rebelle et désabusé catalyseur d'une époque et de son errance. Brando joue un blouson noir désaxé, un motard à la beauté fatale chevauchant fièrement une puissante cylindrée à la tête d'une meute faisant frémir l'Amérique profonde. Son personnage et surtout sa figure ont alors un impact phénoménale sur la jeunesse, il devient un modèle, on l'imite, il est l'incarnation d'une génération en révolte qui ne se reconnaît plus dans celle de ses parents (dont on retrouvera l'écho dans
La fureur de vivre de
Nicholas Ray avec
James Dean). Acclamé par le public (jeune) et décrié par la critique, le film constituera les prémisses d'un électrochoc qui donnera ensuite une longue série de films, un genre à part entière, une mode, même ailleurs qu'à Hollywood.
Déclin et renaissance
Brando apporte alors un renouveau au cinéma américain. Pourtant et peut-être aussi du fait qu'il n'a jamais tenu son métier en haute estime, il s'évertue à se produire dans des rôles qui liment progressivement sa carrière. Malgré un beau
Guys and Dolls (1955) par
Mankiewicz, il s'égare dans des rôles parodiques ou comiques qui ne sont pas à sa mesure. Ceci s'explique aussi peut-être par une distance par rapport à lui-même et son personnage de cinéma, ainsi qu'un penchant pour l'introspection issu de sa nature complexe et parfois masochiste s'illustrant en partie dans le film qu'il réalise,
La Vengeance aux deux visages (1961). Ainsi, les années 1960 sont une période difficile pour Brando, il tourne en moyenne un film par an et n'obtient des rôles intéressants que chez Arthur Penn (
La Poursuite impitoyable, 1966) ou
John Huston (
Reflets dans un œil d'or, 1967). On le voit bien chez Chaplin dans
La Comtesse de Hong Kong (1967) mais le film n'est pas une réussite. Au croisement des années 1970, Hollywood considère alors que Brando est fini, plus personne n'ose parier sur lui, sauf un jeune cinéaste surdoué et cinéphile,
Francis Ford Coppola, qui lui propose un rôle dans ce qui sera l'un des films les plus aimés de tous les temps,
Le Parrain (1972). Succès que l'on connaît, et Oscar que Brando refuse pour défendre la cause des Indiens d'Amérique, sa nouvelle lubie. La même année, on le retrouve également chez
Bertolucci dans
Le Dernier tango à Paris dont la scène de sodomie a traumatisé toute une génération, moins les suivantes.
Du grand écran aux tabloïds
Si on a alors redécouvert Brando par sa puissance physique et intellectuelle, il faut néanmoins attendre quelques années pour le revoir dans un rôle aussi marquant. Ce sera encore chez
Coppola, à la toute fin d'
Apocalypse Now (1979), où dans le rôle du colonel Kurtz il joue un homme torturé et retiré du monde, en pleine quête mystique. Mais ceci n'était qu'une virgule, sa carrière devenant un désert immense. Retiré du système, des écrans, qu'il n'a jamais beaucoup aimé, il ne réapparaît qu'au début des années 1990 et malgré lui, à cause de la condamnation pour meurtre de son fils Christian, accusé d'avoir tué le compagnon de sa demi-sœur Cheyenne, laquelle se suicidera cinq plus tard. Brando réapparaît alors à la télévision, puis au cinéma, cachetonnant dans des navets (
Don Juan DeMarco,
L'Ile du docteur Moreau) pour payer les frais de ses différents procès ou pensions alimentaires.
Johnny Depp lui confie enfin un rôle dans sa première réalisation,
The Brave (1997), puis il tourne son dernier film,
The Score (2001) où aux côtés de
Robert De Niro et
Edward Norton il incarne la troisième génération, vouée à s'éteindre sinon déjà morte. Un film épitaphe donc qui se termine en invitant au souvenir.