Né dans l'état de New York, Mel Gibson à 12 ans lorsqu'il immigre avec sa famille à Sidney, en Australie, où est née sa mère. Une double occasion : pour son frère d'éviter la guerre du Vietnam (nous sommes en 1968), et pour son père, catholique convaincu, de fuir son pays qu'il juge en pleine déliquescence morale. Durant son adolescence Mel hésite encore sur son avenir, un temps intéressé par le journalisme, il est également attiré par l'idée de rentrer dans la religion. Finalement il passera une audition au National Institute of Dramatic Art de Sidney, et sera pris. Il y jouera du Shakespeare, puis, ses études terminées, obtient assez vite un rôle au cinéma dans un nanar, le thriller
Summer City (Christopher Fraser, 1977). Tout en continuant à se produire sur scène, il commence à travailler sur le film qui le rendra célèbre,
Mad Max (
George Miller, 1977), un film d'action futuriste pré-apocalyptique qui imposera un genre en soi et deviendra une référence beaucoup copiée depuis.
Gibson y joue Max Rockatansky, flic traumatisé par le massacre de sa famille, partant sur les routes désertes d'Australie pour trucider méthodiquement la bande de bikers meurtriers qui ont tué les siens. Sa présence associée à ce rôle minimaliste jouant sur son allure et le bouillonnement intérieur du personnage, sa violence calme et déterminée, impose d'emblée un physique qui doit autant à sa belle gueule qu'à son corps athlétique, ici magnifiquement gainé d'une combinaison de cuir noir. Le justicier de la route reviendra dans une suite, post apocalyptique cette fois,
Mad Max 2, le défi (Id, 1982) -le film aura une influence peut-être encore plus importante que le premier épisode, notamment au Japon pour le manga
Hokuto no Ken. Puis pour un troisième épisode, assez médiocre,
Mad Max 3 : au-delà du dôme du tonnerre (Id, 1985), connu pour son tube chanté par
Tina Turner que certains radios s'évertuent encore à passer en boucle.
Reconnaissance internationale et retour en Amérique
La série des
Mad Max ( lui apporte immédiatement une renommée internationale et naturellement chez lui, en Australie. Il devient vite la star montante, on lui doit quelques belles performances notamment chez
Peter Weir : jeune soldat dans
Gallipoli (1981), journaliste partant pour son premier reportage à l'étranger dans film id=956]L'Année de tous les dangersSigourney Waver. Il affirme vite sa présence, n'opte pas pour la facilité et évite de s'enfermer dans des rôles jouant sur sa seule bonne santé. Au contraire il relève les défis, tentant de s'imposer là où on ne l'attend pas, comme en témoigne son dernier film australien,
Le Bounty (Roger Donaldson, 1984), et ses premiers films américains : le méconnu
La Rivière (Mark Rydell, Id) et
Mrs Soffel : révolte et passion (Gillian Armstrong, Id). Il a alors, comme on l'a parfois écrit, quelque chose entre
Gary Cooper et
Robert Redford, quelque chose d'un caméléon passant de la comédie à l'action en un clin d'oeil, parfois mélangeant les deux, comme le film et la saga qui feront de lui une star mondiale,
L'Arme fatale (
Richard Donner, 1987). A l'aise dans ce buddy movie sur mesure, il interprète le flic éternellement célibataire, charmeur, un peu foutraque, miroir idéal et inversé de son complice
Danny Glover, bon flic à papa forcé de collaborer avec cette tête brûlée. Son ascension à Hollywood est fulgurante, entre
Tequila Sunrise (Robert Towne, 1988),
L'Arme fatale 2 (
Richard Donner, 1989) ou
Comme un oiseau sur la branche (John Badham, 1990), il associe le punch et les punch lines avec aisance.
Mel Gibson pénètre ainsi dans les années 90 en conquérant, toujours un peu border line, apportant à des rôles de composition comme pour
Air America (Roger Spottiswood, 1990), une touche personnelle. Après un essai plus sérieux dans
Hamlet (Franco Zeffirelli, Id), où il fait également ses débuts comme producteurs (avec sa société Icon Productions), il revient vite à des valeurs sûres comme
L'Arme fatale 3 (
Richard Donner, 1992), puis se fait cryogéniser dans
Forever Young (
Steve Miner, 1992), écrit par le futur auteur super star de séries télé, J.J. Abrams, encore inconnu mais déjà bourré d'idées. En 1993 il passe pour la première fois à la réalisation avec
L'homme sans visage, où il interprète un ermite défiguré venant en aide à un jeune garçon qui cherche à rentrer dans une académie militaire. Fort de cette expérience et après des retrouvailles avec
Richard Donner pour le western parodique
Maverick (1994), il enchaîne sur son deuxième film,
Braveheart (1995). Cette fresque moyenâgeuse autour de William Wallace, héros de l'indépendance écossaise au XIIIème siècle, montre déjà son appétence pour une violence aux mélanges baroques et réalistes, ainsi qu'un certain goût pour les récits fondateurs et guerriers, qu'il retrouvera plus tard dans
Le Patriote (
Roland Emmerich, 2000),
Nous étions soldats (Randall Wallace, 2002) et son quatrième film,
Apocalypto (2006). Durant les années 90, il tourne également divers thrillers ou néo films noir tels que
La Rançon (
Ron Howard, 1996),
Complots (
Richard Donner, 1997) et
Payback (Brian Helgeland, 1999). Sans oublier
L'Arme fatale 4 (1998) de l'éternel complice
Richard Donner, mais où cette fois Mel se fait botter les fesses par
Jet Li qui fait ses débuts à Hollywood.
Une passion controversée
En 2000 Mel Gibson tente le film d'auteur,
The million dollar hotel, avec un
Wim Wenders depuis longtemps has been, puis repasse par la comédie concept avec le sympathique mais raté
Ce que veulent les femmes (Nancy Myers, Id), où il peut entendre les pensées des filles, une plutôt bonne idée au départ. Mais l'acteur en fait trop, il n'est guère convaincant. A l'inverse de
Signes (2002) de
M. Night Shyamalan où, en père de famille et révérant, sa foi est lourdement mise à l'épreuve lorsqu'il découvre des gigantesques signes indiquant la probable visite des extra terrestres en face de chez lui. Son meilleur rôle depuis longtemps et le dernier qu'il interprète au cinéma avant 2009, où il rejoint
Martin Campbell pour le thriller
Edge of Darkness . Mel Gibson, marié à la même épouse depuis 1980 (Robyn Moore), père de sept enfants, connu pour son alcoolisme, s'est rendu également célèbre pour sa foi religieuse. Catholique traditionnaliste, ultra pratiquant, il a notamment financé la construction d'une église sur les collines de Malibu (où il donne la messe chaque matin) et surtout réalisé un film témoin de ses convictions qui fera beaucoup de bruit :
La Passion du Christ (2004).
Le film, très controversé et qui rendra célèbre son rapport à la religion, Gibson a voulu le tourner en latin et en araméen, un pur artifice pour donner l'illusion du réalisme. Il retrace les dernières heures du Christ, du Jardin des Oliviers à son emprisonnement, puis son calvaire le menant jusqu'à la croix, et enfin la résurrection. D'une violence inouïe, filmé avec une complaisance limite,
La Passion du Christ s'avère tout à la fois étrangement primitif, ce qu'on décelait déjà dans
Braveheart , et intellectuellement ultra dogmatique, tendu comme une trique. L'approche esthétique de l'œuvre hésite quant à elle entre le kitsch et le ridicule, en rajoutant dans l'excès comme si chaque plaie purulente du Christ, chaque clou enfoncé dans sa chair devenait une condition grammaticale du film exhortant le spectateur à ressentir la souffrance et la barbarie posées sur ce corps décharné. La lourdeur qui s'en dégage, peu aidée par des ralentis et des effets spéciaux renvoyant l'ensemble à la laideur d'une bondieuserie, rendant impossible toute la transhumance compassionnelle désirée. Le film se fera massacrer par la critique en France, mais recevra pourtant un accueil globalement favorable, même de la part du Vatican.