Michael Bay, un cas à part. Ingénieur spécialisé en destruction massive, sociologue de terrain d'une Amérique bovine et motorisée, pyrotechnicien expert en pulsions hyper régressives, il est peut-être ce qui pouvait arriver de pire à Hollywood et un mal nécessaire. Son cinéma, lourd, gras, pachydermique, macho, aussi putassier et complaisant soit-il, rassure toujours un peu sur notre état de santé mentale. Voir un film de Michael Bay, ces grandes odes satisfaites à la vulgarité et la bêtise, c'est un peu recevoir l'absolution pour nos plaisirs coupables et primitifs. Le meilleur de son œuvre est donc le pire, celle qui va le plus loin dans l'affirmation de sa dégénérescence, assumant ses désirs les plus irresponsables, ses visions de sale gosse, son goût pour la démolition, les filles à la plastique luisante comme le chromé d'un pot d'échappement pour dragster. Bay ou le cinéma beauf, souvent débile, mais heureux et fier de l'être. Chez lui chaque film est un mini temple décomplexé du mauvais goût, sans cesse porté vers la jouissance d'une économie de l'excès où la vitesse n'a pas d'autre principe qu'elle-même. Artificier plus que metteur en scène, il ne cesse de construire une œuvre qui se repaît de sa propre logique, de sa fascination perpétuellement relancée pour un cinéma permettant de casser toujours plus de jouets, pas forcément mieux, avec plus de style, juste pour assurer le spectacle, le show, faire tourner les jeux du cirque pour un public fasciné.
Avant de faire naître ce cinéma décadent peroxydé, ce cinéma qui tâche et roule comme un
monster truck customisé, Michael Bay se lance très tôt, à peine ses études terminées, dans la réalisation de publicités et de clips chez Propaganda Films, pour lesquels il remportera plusieurs prix. Il travaillera notamment pour des artistes comme Donny Osmond,
Meat Loaf,
Aerosmith,
Tina Turner et signera plusieurs spots pour Nike, Budweiser, Coca Cola, Reebok, Victoria Secrets ou le célèbre Got Milk. Le style qu'il aborde alors, gavé au montage rapide, aux images saturées et aux effets spectaculaires, deviendra sa marque de fabrique. Vite remarqué par
Jerry Bruckheimer et Don Simpson (alors encore en vie), les deux producteurs lui offrent de réaliser son premier long-métrage,
Bad Boys (1995) avec
Will Smith et
Martin Lawrence. Ce buddy movie sous amphétamines avec son humour macho fait un carton au box office et signe les débuts d'une fructueuse collaboration entre Bay et
Bruckheimer qui devient son producteur attitré. Chaque film sera alors comme soumis à la seule règle de la surenchère budgétaire et pyrotechnique, avec un casting réunissant des stars de tous horizons. Ainsi de
The Rock (1996) avec
Sean Connery,
Nicolas Cage et
Ed Harris, puis de l'énorme
Armageddon (1998) avec
Bruce Willis,
Billy Bob Thornton et
Ben Affleck. Bay semble alors redéfinir le blockbuster comme un enchaînement acharné d'explosions et de destructions massives, une série de pulsions débridées où la vitesse hallucinante des images n'a aucune autre logique que la valeur du mouvement.
Grandeur et décadence
En 2001 Bay s'attaque soudainement à un sujet sérieux tout en faisant encore exploser le budget :
Pearl Harbor. Réunissant à nouveau
Ben Affleck et quelques nouveaux visages comme
Kate Beckinsale et
Josh Hartnett, le film remplit son contrat dans les salles mais reçoit des critiques souvent sévères. Reconstitution historique dispendieuse et finalement peu spectaculaire alors que pourtant c'est aussi son but, le film peine à trouver un souffle et impressionne peu dans ses scènes d'action mal montées ou mal découpées. Le style de Bay n'est décidément pas fait pour des sujets demandant un minimum de rigueur. Bay revient alors à ce qu'il sait faire de mieux avec l'invraisemblable
Bad Boys 2 (2003). En roue libre, il se lâche et livre un film d'action d'un machisme et d'une vulgarité aussi assumée et douteuse qu'intrigante. Dépassant ses limites, Bay tourne un véritable documentaire sur ses pulsions intimes et régressives, il casse tout gratuitement, se complaît des blagues les plus vaseuses et parfois racistes, c'est un vrai florilège symptomatique et irresponsable de ses fascinations les plus obscènes. Le film sera aussi sa dernière collaboration avec
Bruckheimer, avec qui il ne s'entend pas pour son projet suivant,
The Island (2005), un film de SF où notre ami a des prétentions d'auteur. Bay partira alors chez Dreamworks où
Spielberg lui tend les bras. Le film n'en restera pas pour le moins débile malgré ses ambitions narratives, et les moments les plus réussis resteront les scènes d'action. Suite à ce premier four au box office qui aurait pu mettre Dreamworks sur la paille (le film rapporte quatre fois moins que ce qu'il a coûté), Bay revient à ses gros joujoux en 2007 avec
Transformers, adaptation du dessin animé et des jouets éponymes d'Hasbro. Encore une fois on a rarement vu film plus débile, mais cette fois le succès est au rendez-vous. Techniquement le film impressionne et tant pis si cette virée en enfance assourdissante mélange comédie crasseuse et vulgarité, délire de pré pubère bourrin et réalisation poids lourd. Et comme si ça ne suffisait pas, Bay enchaîne sur une suite,
Transformers : Revenge of the Fallen (2009), toujours avec
Shia LaBeouf et la pouffe sexy
Megan Fox. Ce n'était donc qu'un début.
En parallèle de ses activités de réalisateurs, Michael Bay a lancé sa société de production, Platinum Dunes, spécialisée principalement dans le remake de plusieurs grands classiques du film d'horreur ou du thriller. Avec son complice Marcus Niespel, on lui doit une réactualisation discutable mais pas inintéressante de
Massacre à la tronçonneuse (2003) avec
Jessica Biel en short et poitrine saillante, ainsi qu'une autre de
Vendredi 13 (2009), qui ne sera que la 11ème aventure de Jason Voorhees. On lui doit également un remake foiré d'
Amityville (Andrew Douglas, 2005) et une prequel dispensable,
Massacre à la tronçonneuse : le commencement (
Jonathan Liebesman, 2006). Il est également à l'origine d'un remake tuné et absolument catastrophique d'
Hitcher (
Dave Meyers, 2007), et prévoit de confier à
Martin Campbell (
Casino Royale,
Le Masque de Zorro) le soin de remettre au goût du jour
Les Oiseaux (2009) d'
Hitchcock. Un blasphème qui en fait hurler plus d'un. En plus de prévoir un assez incongru remake des
Griffes de la nuit de
Wes Craven, il a produit également en 2008 deux projets originaux :
The Unborn (2009), un film d'horreur de David S Goyer avec
Gary Oldman ; ainsi que
The Horsemen (Jonas Akerlund, 2009), un thriller horrifique avec
Dennis Quaid et Zhang Ziyi.