Michael Haneke s'est imposé depuis les années 90 avec une série de films cliniques sur la violence ordinaire et la déchéance morale de la société occidentale. Autrichien d'origine, il est le fils de l'acteur protestant Fritz Haneke, et a étudié la philosophie, la psychologie et l'art dramatique à l'Université de Vienne. Critique de cinéma de 1967 à 1970, il travaille ensuite en tant que scénariste et réalisateur pour la télévision autrichienne et se fait remarquer, entre autres, en 1979, avec
Les Lemmings, un téléfilm de quatre heures en deux parties sur les jeunes nés durant les années 50. Parallèlement il monte plusieurs pièces en Allemagne et en Autriche, où il adapte des auteurs tels que Goethe et Heinrich von Kleist. Haneke signe son premier film pour le cinéma en 1989,
Le Septième continent, expertise austère, maniaque et dépressive d'un suicide familial en plan fixe. Il enchaîne trois ans plus tard avec
Benny's Video (1992), dérive d'un adolescent solitaire et vidéaste qui fasciné par la violence filme le meurtre d'une camarade de classe, pour ensuite montrer la vidéo à ses parents qui tenteront de faire disparaître le cadavre. Controversé, le film fait connaître Haneke hors de ses frontières. Sa description glaciale des rouages arbitraires d'une violence banalisée et tapie derrière les apparences d'une société perdant son humanité dans un quotidien absurde, s'inscrit alors dans une trilogie que complète
71 fragments d'une chronologie du hasard (1994). Peut-être son chef-d'œuvre.
Critique, moraliste, Haneke impose et expose une vision du monde décadente et masochiste tournée à renfort de dispositif clinique où l'ordinaire revêt une pellicule camouflant une barbarie sous-jacente. Obsédé par les rapports entre médias et violence, dont il cherche à exorciser les liens pervers avec souvent une profonde méconnaissance de son sujet, Haneke se fait connaître du grand public en 1997, à Cannes, avec
Funny Games. Récit de deux teenagers prenant, par jeu, une famille en otage pour éliminer froidement, avec une sauvagerie innommable, chacun de ses membres, le film fait grand bruit. On atteint alors des limites. Le procédé didactique d'accusation d'Haneke, espérant laisser au spectateur sa propre responsabilité face aux images, n'est qu'une maigre justification. Impossible, devant
Funny Games, de ne pas voir la propre fascination du réalisateur laissant durer des plans d'une rare atrocité. Ce qu'il veut mettre en exergue se retourne contre lui, Haneke se nourrit de cette violence dont il veut faire le constat. Terroriste,
Funny Games prend son spectateur en otage et n'évite jamais la complaisance. Le film est une pure contradiction ne cessant d'employer les moyens qu'il veut dénoncer, sans s'en rendre compte. Dix ans plus tard, Haneke tournera un remake américain,
Funny Games U.S. (2007), avec
Naomi Watts et
Tim Roth. Sans convaincre.
En 2000 Haneke sort enfin de ses frontières et du cadre de la famille bourgeoise autrichienne qu'il a dynamitée avec un sadisme inédit, pour tourner
Code inconnu avec Juliette Binoche en tête d'affiche. Le film, construit à la manière d'une installation austère aux prétendues vertus moralisatrices, passera un peu inaperçu. Un an plus tard, il obtient enfin la consécration internationale avec
La Pianiste (2001, non sans créer quelques vives contestations à Cannes où il fut présenté. Récit sulfureux d'une relation passionnelle et névrosée entre
Isabelle Huppert, en pianiste frustrée et adepte de l'automutilation, et
Benoît Magimel, en apprenti l'aidant à réaliser ses fantasmes sado-masochistes, le film appuie à nouveau avec une rare complaisance sur les désirs enfouis d'une société bourgeoise. En 2003 Haneke retrouve Huppert pour un film d'anticipation pesant,
Le Temps du loup, sur l'histoire d'une famille qui après une catastrophe tente de rejoindre leur maison de campagne occupée par des inconnus. En France, encore, il réalise ensuite
Caché (2005), avec
Daniel Auteuil et
Juliette Binoche. Tourné comme un thriller, ce récit d'un couple victime d'un stalker leur envoyant des vidéos de leur domicile, est à nouveau parasitée par les lourdes ambitions discursives de l'auteur. Il signe enfin en 2009
Le Ruban blanc, Palme d'or du Festival de Cannes 2009.