Mickey Rourke



Mickey Rourke Vrai nom : Philip André Rourke
Nationalité : américaine
Naissance : 16 septembre 1956 à Schenectady
Age : 53 ans
Métiers : Acteur, Scénariste de cinéma
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A l'orée des années quatre-vingt, il était le nouveau Brando. Même charme animal et suave, même beauté insolente teintée d'une arrogance irrésistible. Dans Rusty James de Francis Ford Coppola en 1983, il semblait surgir tel un fantôme ressuscité et immortel du héros de L'équipée sauvage : on l'appelait Motocycle Boy, apparaissant au guidon d'une puissante Harley dans un nuage de vapeur expressionniste, le visage ciselé par le noir et blanc. Face à Matt Dillon, son frère à l'écran, il venait rendre des comptes, régler quelques histoires de gang et se confronter à son passé, son père, une famille en lambeaux. Comme la sienne. Rourke fût durant une poignée d'années une star forgée dans un moule dont on a perdu le secret. En quelques films, L'année du dragon de Michael Cimino, 9 semaines et 1/2 d'Adrian Lyne, Angel Heart d'Alan Parker, il a acquis un statut d'icône. Hollywood ne lui tendait pas les bras, il dansait dessus, ne devant rien à personne. Son ego prenait alors des proportions délirantes, il se croyait le roi du monde. Et rien ne semblait pouvoir écorner son magnétisme fulgurant, sa présence érotique trouble dont Adrian Lyne a si bien usé en le mettant face à Kim Basinger, noyée, subjuguée, manipulée. Rourke emportait tout, on ne voyait que lui. Déjà dans Diner de Barry Levinson en 1982, il estompait aisément le reste du casting. L'enfant de Miami, né d'une famille brisée où son frère et lui étaient battus par leur beau-père, trimballait une dégaine incroyable, une assurance mêlée d'une violence latente incroyablement séductrice.

Belle gueule cassée


Mais le temps a passé, Rourke a petit à petit disparu des écrans, et son visage à se damner est devenu une gueule cassée, rafistolée, difforme, méconnaissable. Celui qui était passé par l'Actors Studio et qu'on comparait hâtivement à Robert De Niro s'est enfoncé dans une lente déchéance. C'est qu'entre le moment où sa gloire fût à son apogée et les années 2000 où il a ressuscité de ses cendres, Rourke est revenu à la boxe, son premier amour. Sur le ring, il encaissera les coups, perdra, se détruira. Son corps ne fait pas le poids et il n'a pas le talent. Pourtant, il continuera, avec acharnement, jusqu'à épuisement, pour ne plus ressembler à rien. On oubliera alors ses débuts sur les planches off Broadway ; ses premiers rôles, dans La porte du paradis de Cimino ou Body Heat de Lawrence Kasdan, où il a émergé doucement de l'anonymat, deviendront des reliques attestant d'un visage désormais transformé. Les souvenirs de Brando ou James Dean s'étaient éteints. Le sex symbol, jouant un Charles Bukowski forcément alcoolo pour Barbet Schroeder dans Barfly aux côtés de Faye Dunaway, devenait un monstre quand il ne jouait pas à l'homme invisible. Sa réputation n'avait aussi cessée de lui jouer des tours, réputé intenable, prétentieux, arrogant, sinon dangereux comme le définissait Alan Parker suite à leur expérience commune sur Angel Heart. Un vrai mauvais garçon, aimant un peu trop les filles, l'alcool, la drogue, ne croyant rien devoir à personne, s'imaginant un boxeur de talent alors qu'il n'est qu'un tocard. En 1988, il tentera d'ailleurs d'en faire un film, écrit par ses soins, Homeboy (Michael Seresin), ce sera un bide.

Descente aux enfers


Dès la fin des années 80 ses films traduisent sa métamorphose, sa future désintégration. Johnny belle gueule de Walter Hill (1989) semble être un titre épitaphe. L'orchidée sauvage (Zalma King, Id), pseudo suite pathétique de 9 semaines et 1/2, une preuve de son désintérêt manifeste pour le cinéma - durant le tournage son épouse, Carrie Otis, l'accusera par ailleurs de violence conjugale. Avec La maison des otages (1990), Michael Cimino tentera de lui redonner le beau rôle, mais en vain, le film sera un échec annonçant la fin de leur carrière mutuelle. En 1991, avec Harley Davidson et l'homme aux santiags (Simon Wincer), Rourke parait avoir accepté le rôle seulement pour figurer à l'écran au guidon de son destrier favori - plus tard, au fond du trou, ruiné, il devra se défaire de sa collection de bécanes. C'est alors qu'il s'éloigne des plateaux pour retrouver les cordes, en ce tout début des années 90. Une véritable entreprise suicidaire et d'autodestruction qui laissera de telles séquelles sur son visage que la chirurgie esthétique sera son seul remède. Pour le pire. Détruit, atteint neurologiquement, il est forcé de quitter le ring et revenir au cinéma. Mais plus personne ne veut de lui, le comeback n'est pas difficile, mais fastidieux, il hérite de semi nanars à peine distribués (Fall Time, Bullet, Exit in Red). On le remarque toutefois chez Tsui Hark signant son premier et dernier film américain, Double Team (1997) avec Jean-Claude Van Damme. Boursouflé, peroxydé, le film est à son image.

Parcours du combattant


Le parcours sera alors difficile, lent, laborieux, semé de hauts et de beaucoup de bas. Rourke remonte la pente difficilement, le visage marqué par les stigmates de trop de combats perdus. Quelques grands se souviennent pourtant de lui : Coppola lui donne un second rôle dans L'Idéaliste (1997), Vincent Gallo le transforme rapidement en bookmaker dans son Buffalo 66 (1998), Steve Buscemi le met en tôle dans Animal Factory (2000), Sean Penn lui fait jouer une scène poignante d'un père pleurant la perte de sa fille dans The Pledge (2001), Wong Kar-Wai le met en scène dans son court-métrage pour BMW The Follow (Id). Mais à côté de ça, combien d'échecs, de direct-to-video, de productions laissées au placard ? La route est décidément fastidieuse, Rourke vit avec rien, il est fauché, ses comptes sont vides au tournant du millénaire. Mais après son cameo dans Masked and Anonymous (Larry Charles, 2003), écrit et joué par Dylan, les choses vont progressivement changer. Quelques uns, pour qui sa monstruosité n'est pas un problème, voire plutôt ce qui fait son charme, vont alors s'employer à le remettre en selle dans des rôles sur-mesure. Ils seront d'abord deux : l'enthousiaste Robert Rodriguez et l'ébouriffant Tony Scott. Le premier avecIl était une fois au Mexique Desperado 2 (Id) puis Sin City (2005) pour lequel il devient Marv, véritable héros de cette adaptation de Frank Miller auquel il prête tout son corps et sa voix qui derrière une tonne de filtrage numérique, transparaissent avec une fulgurance inouïe. Le second avec Man on Fire (2004) et Domino (2005), où il devient un chasseur de prime musclé aux côtés de la belle Keira Knightley.

Renaissance


Du néant, Rourke revient alors vers la lumière. Sa renaissance est proche. Déphasé, en ruines, vivant un amour inconsidéré pour son chihuahua, l'ex nouveau Brando (son idole : il ne se sépare jamais de sa biographie), regagne du terrain. Il a perdu sur le ring, mais le cinéma lui laisse une deuxième chance, un second round. Cette fois plus de victoire aux poings, la bataille est lasse. Et un film en sera le témoin. Un film parfait car en osmose avec lui, tel un témoin, un documentaire, une autobiographie détournée : The Wrestler de Darren Aronofsky (2008). Il lui vaudra le Golden Globes et peut-être l'Oscar. Rourke y joue un catcheur en sommeil, survivant, malade, montant encore sur le ring parce qu'il n'a connu que ça, qu'il ne sait faire que ça. Sa gloire, sa lumière, ses regards, tout a culminé durant les années 80, lorsqu'il était une star dans les cordes, héros de matchs truqués peut-être mais qui lui donnaient du sens. L'acteur et le catcheur cohabitent. Tous deux, du héros de fiction à l'être de chair, ont traversé la même décennie, ils y ont brillés. Elle est leur refuge intemporel dont seules quelques reliques attestent le souvenir et l'existence. The Wrestler ne travaillant aucune nostalgie ou forme de mélancolie à la Rocky, mais la survivance d'un corps qui en découvrant la réalité, son présent au sein d'une americana figée, renvoie le passé à son inéluctable disparition : on ne revient pas en arrière, point d'éternelle jeunesse. Rourke signe son chef d'œuvre, il est pathétique mais sublime, touché par la grâce. Le dernier plan du film, un arrêt sur image, le figeant à jamais dans un instant où toute son histoire est cristallisée. Il aura joué le jeu encore une fois, et en attendant de le revoir chez Stallone dans The Expendables et peut-être dans Iron Man 2, on ne l'oubliera plus.

JD

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