Nathalie Baye est née d'un couple de peintres bohèmes. A quatorze ans, elle intègre une école de danse à Monaco, puis trois ans plus tard, elle s'envole pour les Etats-Unis afin de prolonger sa formation artistique. De retour en France, elle part pour Paris où tout en continuant la danse, elle s'inscrit au Cours Simon pour se former à la comédie. Elle est ensuite acceptée au Conservatoire Nationale, dont elle sort en 1972, date de sa première apparition au cinéma :
Faustine et le bel été (Nina Companéez). L'année suivante, elle est découverte par
François Truffaut, qui lui offre le rôle de la scripte dans
La Nuit américaine (1973). Le film la lance, elle apparaît en jeune femme décidée, vaillante, figure simple, terrienne mais sensible. Plus tard, elle retrouvera
Truffaut sur
L'Homme qui aimait les femmes (1977), faisant la voix de la standardiste, puis sur
La Chambre verte (1978), film sombre, crépusculaire, morbide, où l'auteur se livre comme rarement dans sa carrière tout en offrant à l'actrice son premier rôle principal, un personnage alors plus complexe que ceux qu'elle a pu jouer auparavant.
Très vite remarquée, Nathalie Baye va alors enchaîner les rôles peu après son apparition dans
La Nuit américaine, chez divers auteurs, confirmés ou en passe de le devenir. Durant les années soixante-dix, elle joue ainsi pour
Pialat dans
La gueule ouverte (1974) et chez Claude Pinoteau dans
La Gifle (Id), prix Louis Delluc 1974. Elle apparaît ensuite dans
Le plein de super (1976), le beau road movie d'Alain Cavalier, ainsi que dans
La Dernière femme (Id) de Marco Ferreri ou encore
Mado (Id) de
Claude Sautet. Parallèlement, elle obtient aussi quelques rôles à la télévision, dans des séries ou téléfilms, puis arrivent les années quatre-vingt, première heure de gloire pour la comédienne. En 1981, elle obtient le César du meilleur second rôle pour
Sauve qui peut la vie (1980) de
Jean-Luc Godard, où elle donne la réplique à
Isabelle Huppert et
Jacques Dutronc. S'en suit alors une longue série de succès, populaires, critiques ou académique. On la voit chez
Bertrand Blier dans
Beau-père (1981), chez Jean-Louis Commolli, par ailleurs critique et théoricien du cinéma, dans
L'Ombre rouge (Id), puis
Une Etrange affaire (Pierre Granier Deferre, Id), grâce auquel elle obtient de nouveau le César du meilleur second rôle.
Des étoiles au désert
En 1982,
Le Retour de Martin Guerre (Daniel Vigne), où elle joue aux côtés de
Gérard Depardieu, la consacre un peu plus comme l'une des comédiennes les plus en vue du cinéma français. Ce dont elle sera encore récompensée pour son rôle de prostituée dans le médiocre polar
La Balance (Bob Swaim, 1982), puisqu'elle remporte enfin le César de la meilleure comédienne. L'année suivante, Nathalie Baye tente de rejouer le succès de
La Balance avec le polar
J'ai épousé une ombre (Robin Davis, 1983). Tout aussi raté que le précédent, le film est d'abord un écrin pour la comédienne. Il faut rappeler aussi qu'à cette période, le cinéma français n'a peut-être jamais autant touché le fond artistiquement parlant, et que l'actrice en sera victime. Ainsi, mis à part ses retrouvailles avec
Godard pour
Détective (1985), où elle joue avec son époux d'alors, Johnnie Hallyday (de leur relation naîtra la future actrice
Laura Smet), Nathalie Baye va rapidement sombrer.
Dès les années quatre-vingt, ses choix laissent à désirer. Certes il y a
Notre histoire (
Bertrand Blier, 1984), qui a ses qualités, mais on compte surtout des choses plus négligeables comme
Rive droite, rive gauche (
Philippe Labro, Id),
Le Neveu de Beethoven (1985) de
Paul Morrissey, ex leader de la contre culture cinéphile new-yorkaise qui n'est alors plus très en forme ; ou encore des tentatives casse gueule, comme le film d'horreur
Lune de miel (Patrick Jamain, Id) ; du cinéma académique :
De guerre lasse (Robert Enrico, 1987) ; un retour désespéré au thriller :
En toute innocence (Alain Jessua, 1988) ; ou encore un voyage transalpin étrange avec Tomas Millian, grand acteur du bis italien, pour
Massacre Play (Damiano Damiani, 1989). Puis arrive les années quatre-vingt dix et sa longue traversée du désert pour Nathalie Baye, qui ne trouvera pratiquement aucun rôle ni à la hauteur de sa popularité, et encore moins de son talent. Personne, ou presque, n'est là pour se souvenir qu'elle existe. Quelques titres à sauver néanmoins durant cette période,
La Baule les Pins (Diane Kurys, 1990),
Un week-end sur deux (
Nicole Garcia, Id), et surtout
Enfants de salaud (1995) de
Tonie Marshall, à qui l'actrice doit sa renaissance en 1999 avec
Vénus Beauté (Institut), où le public découvre qu'elle excelle aussi dans la comédie. La même année, l'actrice remporte également le prix de la meilleure actrice à Venise pour
Une liaison pornographique (Frédéric Fonteyne), l'heure du renouveau est arrivé.
Renaissance
En effet, Nathalie Baye renaît au tournant des années 2000. A la fois dans le cœur du public, qui retrouve une femme chez qui la patine de l'âge donne une vraie beauté, et chez les cinéastes, qui redécouvrent une grande comédienne, capable de jouer avec son aplomb, sa détermination, sa droiture, mais parsemée d'émotion, de failles, d'une immense sensibilité, tout en nuance et subtilité, et en plus qui sait être drôle en s'abandonnant à la fantaisie quand il le faut. C'est une nouvelle jeunesse, mais sans travestissement. Elle revient alors rapidement sur les écrans, d'abord dans
Selon Matthieu (2000) où
Xavier Beauvois lui offre un rôle magnifique et difficile, puis chez
Jeanne Labrune, dans sa comédie
Ça ira mieux demain (Id), et enfin chez Gabriel Aghion, dans son adaptation de la série britannique,
Absolutly Fabulous,
Absolument fabuleux (2001), où elle tient un rôle déjanté. Preuve qu'elle est loin de l'image un peu bourgeoise qu'on a parfois pu lui coller.
Puis, à partir de 2002, sa carrière rebondit encore un peu plus,
Steven Spielberg, ému par ses rôles chez
Truffaut (entre autres), lui offre le rôle de la mère de Leonardo Di Caprio dans
Attrape moi si tu peux (2002),
Chabrol en fait une politicienne opportuniste et calculatrice dans
La Fleur du mal (2003), tandis que Noémie Lvosky l'embarque dans sa comédie sentimentale,
Les Sentiments (Id). Elle retrouve ensuite
Beauvois sur
Le Petit lieutenant (2005), parmi ses plus beaux rôles, à la fois grave et juste, puis, après être passée chez
Guillaume Canet pour
Ne le dis à personne (2006), et divers autres cinéastes, elle retrouve à nouveau
Tonie Marshall, chez qui elle était revenue en 2003 pour
France boutique, avec
Passe-passe (2008), une sublime comédie romantique où l'actrice joue à merveille une invraisemblable Christine de Viejoncourt. Nathalie Baye, qu'on attend encore dans le prochain
Josiane Balasko et
Claire Simon, prouve qu'elle est une actrice qui dure, au talent continu, avec un naturel désarmant, un charme évident, une beauté éternelle.