Neil LaBute, auteur et réalisateur bien connu du cinéma indépendant américain depuis la fin des années 90, se fait d'abord connaître au théâtre, qu'il étudie à la Birgham Young University (BYU), où il rencontre son futur ami et fidèle collaborateur,
Aaron Eckhart. Il mettra en scène plusieurs pièces au contenu parfois subversif avant de poursuivre ses études d'art dramatique à la New York University puis à la Royal Academy of London. En 1993 il rentre aux Etats-Unis et à la BYU pour monter
En compagnie des hommes, une comédie froide et cruelle qu'il adaptera en 1997 au cinéma pour la modique somme de 25 000 dollars. Avec
Aaron Eckhart en tête d'affiche, le film remporte plusieurs prix à Sundance et Deauville. L'année suivante il réunit son acteur fétiche,
Ben Stiller et
Catherine Keener dans
Entre amis et voisins (1998), une satire sociale où l'on retrouve son sens de l'économie et un regard cinglant sur la société pour mieux révéler ses aberrations. En 2000, LaBute, d'habitude auteur et réalisateur, accepte une commande,
Nurse Betty, l'histoire d'une infirmière d'une petite ville du Texas se réfugiant dans l'univers d'un soap après l'assassinat de son mari. Présenté en compétition officielle à Cannes, le film remporte le prix du meilleur scénario. Il sera son plus grand succès commercial. Réunissant
Renée Zellweger,
Morgan Freeman et
Chris Rock, le film se présente à nouveau comme une satire, hélas un peu inégale.
En 2002 LaBute met en scène
The Mercy Seat l'une des premières œuvres au théâtre à New York tentant d'évoquer les évènements du 09/11. Avec
Liev Schreiber et
Sigourney Weaver, la pièce obtient un joli succès auprès du public et de la critique. Parallèlement, il réalise
La Possession (2002) avec
Gwyneth Paltrow et
Aaron Eckhart. Une intrigue amoureuse sur fond de poésie et d'exploration du temps par la littérature. Si on retrouve l'élégance froide du réalisateur, malheureusement le film s'avère soporifique et académique. Il enchaînera sur le méconnu
Fausses apparences (2003). Inédit en salles, le film raconte comment une étudiante en arts plastiques prend pour projet de transformer la personnalité de son compagnon. Une histoire d'aliénation, cruelle et destructrice sur fond de manipulation et séduction. Suivra un autre inédit, le remake de
The Wicker Man (2006), un classique anglais des seventies que LaBute vide de toute sa substance provocatrice pour livrer une vision plate et mal contrôlée avec un
Nicolas Cage égaré. En 2008 il réussit enfin à gravir brièvement le podium du box office américain avec
Harcelés. Une série B de commande avec
Samuel L. Jackson où il diagnostique, selon un rapport inversé mais égal, le racisme au sein d'une banale banlieue américaine. Avec modestie et économie, LaBute se confronte à son sujet comme un drame quotidien, sans se prétendre sociologue ou vanter certaines vertus morales. On retrouve le style glacé et tranchant du réalisateur sans négliger les impératifs du thriller. Un retour en grande forme.