Niels Arestrup a fait de la scène son lieu de prédilection même s'il continue de mener, depuis une trentaine d'années, une carrière cinématographique discrète et dense. Fils d'ouvriers danois, il choisit sa propre voie en suivant les cours d'art dramatique de Tania Bachalova. Puis, il intègre diverses troupes professionnelles de province avant de regagner la capitale afin de parfaire sa formation auprès d'Andréas Voutsinas. En 1969, il fait sa première apparition théâtrale dans
La Vie est un songe de
Calderón. En suivront de très nombreuses, lui donnant ainsi l'opportunité d'être notamment dirigé par
Peter Brook pour
la Cérisaie de de Tchekhov (1981), Hans Peter Cloos pour
Le Radeau de la méduse (1987) ou
Bernard Murat pour
A chacun sa vérité de Pirandello (2003). Une passion théâtrale qui l'anime même en dehors des planches et qui le pousse à reprendre en 1987 la direction du théâtre de La Renaissance à Paris.
En parallèle de son activité scénique, Arestrup commence à tourner en 1974 dans
Miss O'Gynie et les hommes fleurs (Samy Pavel) et
Je, tu, il, elle (
Chantal Akerman). Cantonné aux seconds rôles dans les années 70 comme en témoignent
Stavisky (
Alain Resnais, id) ou
Lumière ((
Jeanne Moreau, 1976), son charme slave et son airs secrets font souvent merveille quant il s'agit d'interpréter des personnages ambigus, à l'image de sa prestation dans
La Dérobade (Daniel Duval, 1979). La décennie suivante lui permet de s'épanouir sur grand écran : il collabore à l'écriture du thriller
Du blues plein la tête (Hervé Palud, 1980) et parvient enfin à décrocher des rôles principaux dans de nombreux téléfilms, tout en travaillant pour Marco Ferreri (
Le Futur est femme, 1984), Robert Kramer (
Diesel, 1985) ou José Giovanni (
Les Loups entre eux, id).
Continuant de naviguer entre théâtre, télévision et cinéma depuis les années 90, le comédien a eu de nouvelles fois le loisir de livrer des compositions remarquables, toute en intensité, qu'il s'agisse du chef d'orchestre maudit de la fable tragi-comique
La Tentation de Vénus (István Szabó, 1991), du violoncelliste désabusé du drame écrit par
Yasmina Reza,
Le Pique-nique de Lulu Kreutz (Didier Martiny, 2000) ou de l'époux résolu de
Judith Godrèche dans le premier film de
Sophie Marceau,
Parlez-moi d'amour (2002). En 2005, il obtient certainement un de ses plus beaux rôles, celui du père véreux et irascible de
Romain Duris, dans le fièvreux
De battre mon coeur s'est arrêté (
Jacques Audiard), pour lequel il reçoit le César du meilleur second rôle. Passé à la réalisation en 2007 avec la comédie dramatique
Le Candidat, traitant des coulisses de la politique, Arestrup participe cette même année à la belle oeuvre sensitive de
Julian Schnabel,
Le Scaphandre et le papillon, son dernier film en date.