Oliver Stone compose depuis près de trente ans une œuvre dense et atypique, contemporaine de son époque et fréquemment sujette à controverse, en raison de sa portée critique ou de ses lourdeurs stylistiques. Né d'un père américain et d'une mère française, son enfance est privilégiée. Après un cursus secondaire au sein de la select Trinity School de New York, il intègre The Hill School afin de préparer son entrée à Yale. Mais ses études de finance ne l'enthousiasment guère. Délaissant la vie universitaire, il part à l'aventure et s'embarque pour le Sud Vietnam où il parvient à décrocher un poste de professeur d'anglais au Free Pacific Institute. A bord d'un navire marchand, il voyage par la suite jusqu'au Mexique avant de s'engager en 1967 dans l'US Army. Envoyé au Vietnam, il rejoint les troupes d'infanterie et de cavalerie placées près de la frontière cambodgienne. Il est rapatrié l'année suivante, décoré de la Purple Heart et de la Bronze Star. Les talents photographiques qu'il a développés durant les combats l'amènent à s'inscrire aux cours de cinéma de la New York University. Sous l'impulsion de son professeur,
Martin Scorsese, il ne tarde pas à saisir la richesse narrative que constitue son passé de soldat. Son film de fin d'année,
Last Year in Vietnam (1971) en est le premier témoignage.
Premiers succès
Enchaînant les petits boulots, Stone se fait d'abord remarquer comme réalisateur et producteur de films publicitaires avant de devenir un scénariste réputé à partir de la fin des années 70. Auteur des scripts de
Midnight Express (1978) - pour lequel il est oscarisé,
Scarface (1983),
L'année du dragon (1986) ou
Huit millions de façons de mourir (id), il est ainsi amené à collaborer avec
Alan Parker,
Brian de Palma,
Michael Cimino ou Hal Ashby. Ce travail d'écriture le conduit naturellement à signer ses deux films suivants, les séries B d'épouvante
La Reine du mal (1974) et
La Main du cauchemar (1981). En 1986, il accède enfin à la notoriété en tant que cinéaste avec
Salvador et
Platoon. Qu'il traite de la guerre civile en Amérique du Sud ou qu'il évoque ses souvenirs de guerre, Stone désire avant tout parvenir à un degré de vérité dont l'indiscutable valeur critique s'accorde à sa sensibilité contestataire. Premier volet de sa trilogie sur le Vietnam,
Platoon devient une référence du genre, de par sa mise en scène stylisée et son épaisseur narrative que viennent récompenser quatre Oscars. Un parti pris esthétique et quasi idéologique qu'il approfondira avec
Né un 4 Juillet (1989) et
Entre ciel et terre (1993) où il aborde respectivement la problématique réinsertion des vétérans dans la vie civile et l'impossible compréhension américano-vietnamienne à travers la love story d'un couple mixte.
Stone, l'œil critique
Cinéaste résolument contemporain, Stone poursuit sa politique de dénonciation de l'Amérique en s'attaquant les années suivantes aux yuppies de
Wall Street (1987), aux requins des médias avec
Talk Radio (1988) et, crime ultime, aux conclusions de la commission Warren relatives à l'assassinat du président Kennedy dans
JFK (1991), mettant ainsi en lumière le rôle joué par la CIA dans cet événement tragique.
Les Doors (id) ou l'épopée du groupe mythique de
Jim Morrison apparaît alors comme une trêve musicale, empreinte de la passion que le réalisateur nourrit pour le rock depuis le Vietnam. Mais en 1994, nouvelle polémique :
Tueurs nés se prend les pieds dans le tapis en voulant proposer une réflexion essentiellement esthétique (recours à différents formats d'images, montage saccadé, jeux colorés...) sur la perception et le traitement médiatique de la violence. C'est pourquoi, l'année suivante, le réalisateur arrête pour un temps ses expérimentations formelles et revient à une certaine forme de classicisme, toute en densité et efficacité, en composant un portrait, certes au vitriol, de l'ancien président
Nixon (1995). Ce qui ne sera malheureusement pas le cas de
U-Turn, ici commence l'enfer (1997), polar poisseux porté par
Sean Penn coincé en territoire redneck, et de
L'enfer du dimanche (1999), drame sportif sur les coulisses du football américain au montage hystérique.
Désillusions
Après une pause de quatre années, notamment consacrée à son activité de producteur qu'il initia dès les années 70 (
Les Pulpeuses,
Le mystère Von Bulow,
Larry Flynt...), Stone revient sur le devant de la scène avec deux documentaires politiques consacrés à Yasser Arafat (
Persona non grata, 2003) et à
Fidel Castro (
Comandante, id). Ce dernier suscite une nouvelle fois moult interrogations et protestations, notamment de la part des anti-castristes qui ne comprennent pas l'admiration que porte le cinéaste au dirigeant cubain et le conduiront, sous la contrainte, à proposer une nouvelle version du film. Désirant rapidement se remettre en selle, il signe dans la foulée
Alexandre (2004), une grande fresque épique sur le légendaire empereur macédonien pour laquelle il se voit octroyer un budget mirifique. Retentissant échec public,
Alexandre est pourtant un délicieux plaisir coupable, oscillant entre flamboyance et ridicule, fragilité et fureur, beauté fulgurante et bouillie numérique. Signe qu'il demeure avant tout un cinéaste de son temps, il réalise par la suite
World Trade Center (2006) sur les événements du 11-Septembre, tout comme le
Vol 93 (id) de
Paul Greengrass. Optant pour une fictionnalisation à outrance, Stone rate véritablement son coup et livre une œuvre à la fois sincère et grandiloquente, empreinte d'une mièvrerie aveugle jusqu'ici étrangère à son œuvre.
Nouveaux projets
Espérons qu'il en sera tout autre de
W. (2008), son nouveau biopic présidentiel consacré à
George Bush fils avec
Josh Brolin dans le rôle-titre. Et de
Pinkville (2009) qui lui donnera l'occasion de renouer avec son sujet de prédilection, puisque autobiographique, la guerre du Vietnam, en évoquant l'enquête menée par l'armée américaine suite au massacre d'un village vietnamien par certains de ses soldats.