Longtemps, durant les années 70 et 80, Pascal Greggory fût victime de sa belle gueule, un peu trop lisse, glabre, presque un physique d'éphèbe. Ce fils de bonne famille, membre de la chorale enfantine de l'Opéra de Paris à 12 ans, élève au cours Périmony puis auditeur libre au Conservatoire, apparaît pour la première fois au cinéma en 1976 dans
Docteur Françoise Gailland (Jean-Louis Bertucelli), puis dans
Madame Claude (Just Jaeckin, 1977), film érotique avec Klaus Kinsky. Il se fait remarquer la première fois chez
Téchiné dans
Les Sœurs Brontë (1979), aux côtés d'
Isabelle Huppert et
Isabelle Adjani. Mais sa carrière reste pourtant au point mort. Au début des années 80 il rencontre
Eric Rohmer qui lui offre un rôle au théâtre dans
Catherine de Heilbronn (1980), puis au cinéma dans
Le beau mariage (1982). L'acteur est à sa place dans cet univers, son corps, son visage, ses gestes, sa voix, son jeu pas encore très assuré, collent parfaitement. Ensemble les deux hommes tourneront ensuite
Pauline à la plage (1983), son rôle de moniteur de planche à voile va idéalement à son physique, comme son manque d'assurance, bafouille parfaite d'un personnage fasciné par la jolie et insaisissable Amanda Langlet. Plus tard Greggory retrouvera
Rohmer pour
L'arbre, le maire et la médiathèque (1993), où il est le génial amant et maire socialiste d'
Arielle Dombasle. Malgré ces rencontres, il reste cantonné à des petits rôles qu'il enchaîne le plus souvent à la télévision.
Ce n'est qu'en 1994 que Greggory, qui ne se reconnaît pas dans cette image d'acteur sans aspérités, va enfin trouver chaussure à son pied. Sa rencontre avec
Patrice Chéreau, qui datait déjà de quelques années, lui redonne goût au métier. Le metteur en scène, déjà célèbre pour ses pièces et quelques films, devient vite son mentor (et amant) et lui offre l'un des rôles principaux de
La reine Margot (1994). Il peut enfin s'épanouir dans cette fresque baroque sinon lyrique où le public remarque sa présence, le succès du film aidant. Après une seconde collaboration au théâtre pour
La Solitude dans les champs de coton, qui fait un triomphe, Greggory et
Chéreau enchaînent avec
Ceux qui m'aiment prendront le train (1998), qu'il pilote avec aisance et sensibilité, imposant de plus en plus sa voix, sa présence, enfin débarrassé du moindre vernis, remplacé par une intensité émotionnelle rare. Si Chéreau employera une troisième fois son acteur fétiche dans
Gabrielle (2005), ainsi qu'au théâtre pour une adaptation remarquée de
Phèdre (2003), entre temps sa carrière a explosé. Les réalisateurs font massivement appel à lui, dans des genres aussi divers que leurs talents : Laurent Boutnik pour lui faire jouer un taulard dans
Zonzon (1998) ; Raoul Ruiz pour son adaptation de
Proust Le Temps retrouvé (1999) ;
Luc Besson pour
Jeanne d'Arc (Id) ;
Ilan Duran Cohen pour jouer sur l'ambigüité de son identité sexuelle dans
La confusion des genres (2000).
Sa carrière démarre donc pour de bon vers la fin des années 90 et au début des années 2000, où il va multiplier les rôles dans des films d'auteurs comme dans projets plus commerciaux. Se sentant enfin libéré, embelli par la patine de l'âge, il se diversifie, aussi à l'aise dans un film d'action nerveux en forme d'hommage à
John Carpenter comme
Nid de Guêpes (
Florent Emilio Siri, 2002) que chez l'intimiste
Jacques Doillon pour
Raja (2003), ou encore l'épileptique et limite conceptuel
Arsène Lupin (Jean-Paul Salomé, 2004), tentative boursouflée et confuse d'adapter le célèbre personnage au cinéma. Décidément à la marge et au centre, insituable, il se glisse sans problème du blockbuster pseudo auteurisant
La Môme (
Olivier Dahan, 2007) à l'univers hyper confidentiel de
Serge Bozon dans son musical
La France (Id), où il joue un lieutenant déserteur et chanteur durant la Première Guerre mondiale. Déjà au générique du premier film de la jeune Maïwenn Le Besco,
Pardonnez-moi (2006), il retrouve la réalisatrice pour jouer son propre rôle dans
Le Bal des actrices (2008) ; puis part ensuite interpréter le compositeur Robert Schumann dans un film allemand,
Clara (Helma Sanders-Brahms, Id), suivi d'
Une Nuit de chien de Schroeter (Id), avec
Bulle Ogier,
Amira Casar,
Sami Frey et Elsa Zylberstein.