Patrick Bouchitey est aux yeux du grand public un amuseur, surtout connu pour ses rôles comiques et ses doublages humoristiques de films animaliers. Pourtant, c'est dans le registre dramatique, essentiellement au début de sa carrière, qu'il a su donner la pleine mesure de son talent. Recalé par trois fois au Conservatoire d'art dramatique, il devient élève au cours Simon, avant de décrocher en 1972 un des rôles-titres du polar de Robert Enrico
Les Caïds. L'année suivante, il a beau participer au court-métrage
L'Agression (Frank Cassenti, 1973) et au drame
Il n'y a pas de fumée sans feu (André Cayatte, id), il peine par la suite à trouver du travail. Et quand c'est le cas, sa participation n'est pas créditée, à l'image son unique aventure américaine,
French Connection 2 (John Frankenheimer, 1975).
Des débuts prometteurs
L'année suivante, il fait deux rencontres décisives en les personnes de
Claude Miller et d'Alain Cavalier. Le premier le choisit pour interpréter Marc, moniteur de vacances fragile et solitaire entretenant à ses dépens une relation ambiguë avec
Patrick Dewaere, dans son premier long-métrage
La meilleure façon de marcher (1976). Avec le second, Bouchitey et ses acolytes du cours Simon (Etienne Chicot, Bernard Crombey et Xavier Saint-Macary) vont collaborer à l'écriture du road movie
Le plein de super (id) dans lequel ils incarnent de manière autobiographique une bande d'amis. Véritable radiographie de la France des années Giscard, le film est une aussi une formidable ode à l'amitié dont la liberté de ton et d'interprétation demeure étonnement intacte.
Jouer la comédie...
Pourtant, les propositions se font de nouveau rares, contraignant l'acteur à se tourner vers le petit écran. Entre 1977 et 1981, il apparaît ainsi dans plusieurs programmes télévisuels avant de retrouver les faveurs des réalisateurs, même s'il s'agit essentiellement de seconds rôles. En 1983,
Miller fait de nouveau appel à lui pour
Mortelle randonnée, lui donnant l'occasion de côtoyer
Michel Serrault et
Isabelle Adjani. Mais les retrouvailles seront de courte durée et Bouchitey continuera de mener péniblement sa barque jusqu'à ce que Etienne Chatilliez révèle ses talents comiques dans
La Vie est un long fleuve tranquille (1988). Son personnage de curé atypique contribuant largement au succès du film, on va alors le solliciter pour des comédies bon teint, où il continue surtout de jouer les seconds couteaux. Fidèle, il va notamment travailler pour le sous doué Patrick Braoudé (
Génial, mes parents divorcent !, 1991 ;
Neuf mois, 1994), le rocker de pacotille Bernie Bonvoisin (
Les démons de Jésus, 1997 ;
Les grandes bouches, 1999) et le roi du divertissement gentiment mordant Made in France, Etienne Chatilliez (
Tatie Danielle, 1990 ;
Le Bonheur est dans le pré, 1995 ;
Tanguy, 2001).
... et réaliser des drames
Continuant d'être régulièrement présent à la télévision, dans le cadre de téléfilms ou de mini séries comme
Le Comte de Monte-Christo (1998),
Les Rois Maudits (2005) ou le hit médiéval
Kaamelott (2007), il sait aussi apporter sa contribution à des films dramatiques, renouant ainsi avec ses débuts, comme dans
Quand j'avais cinq ans, je m'ai tué (Jean-Claude Sussfeld, 1994), d'après le roman éponyme d'
Howard Buten, ou
Les Aiguilles Rouges (Jean- François Davy, 2006). Registre où de fait il s'exprimera pleinement en tant que scénariste et réalisateur, suite à son essai concluant avec Cavalier. A son actif, plusieurs séries télé, dont la fameuse
Vie privée des animaux (1990) dont il assurait la voix off, et surtout un court-métrage césarisé
Lune froide (1989) qu'il adaptera en long métrage (sous le même titre) en 1991. Inspiré de l'univers de Bukowski, le film retrace l'errance de deux amis (Bouchitey et
Jean-François Stevenin) au fil de leurs beuveries et de leurs amours nécrophiles. Une exploration des tréfonds de l'âme masculine et des mécanismes de la perversion qu'il prolongera avec son second film,
Imposture (2005).