Ecrivain, scénariste et documentariste français, historien de formation, Patrick Rotman est un enfant de l'après-guerre, de ses doutes et de ses interrogations, autant de traces qui seront perceptibles dans ses futurs travaux, et qui ne sont sûrement pas étrangères au fait que ses parents résistants tenaient un hôpital dans le maquis durant l'Occupation allemande. En lien avec ses études universitaires, qu'il achève avec un doctorat en histoire, il se passionne pour les problématiques inhérentes à la Seconde Guerre Mondiale et à la déportation. S'orientant finalement vers la presse écrite, il parvient à concilier ses exigences journalistiques et ses recherches historiques par l'écriture de nombreux ouvrages, souvent en collaboration et aux genres divers. Entre autres, la saga socio-politico-culturelle, d'abord sur les années 60, leurs utopies et leurs conséquences (
Générations, 1987-88), puis exclusivement sur les
Années 68 (2008) ; la biographie d'acteur (sur Yves Montand :
Tu vois, je n'ai pas oublié, 1990) ; l'essai, souvent construit à partir d'entretiens et de témoignages, (
Les Porteurs de valise (1979),
La Guerre sans nom (1992) et
L'Ennemi intime (2002), tous trois sur la Guerre d'Algérie) ; le portrait politique, adoptant une méthodologie similaire, héritée de la recherche en histoire (
Mitterrand, le roman du pouvoir, 2000) ; le roman (
L'Ame au poing, 2004).
De par son statut premier d'historien, Patrick Rotman a toujours été pleinement conscient de la relation intime (et ambigüe) que l'Histoire entretient avec le pouvoir de représentation de ses événements. Ainsi, dès 1992, il travaille avec
Bertrand Tavernier à l'adaptation cinématographique de son livre
La Guerre son nom que ce dernier réalisera. Puis, l'année suivante, il commence à travailler pour la télévision, en créant
Les Brûlures de l'Histoire (1993-1997) magazine télévisuel qu'il animera pendant quatre ans. En charge d'émissions spéciales sur des sujets aussi variés que le cas Bousquet ou la Bataille d'Alger, il poursuit parallèlement son activité de scénariste, assurant l'écriture de documentaires comme
Vichy et les Juifs (1997) ;
Mai 68, Dix semaines qui ébranlèrent la France (1998) ;
Eté 44 (2004) ;
Nuit Noire, 17 octobre 1961 (2005) ou
Eliane (id). Passé à la réalisation en 2002 avec la mini-série éponyme qu'il a lui-même tirée de son ouvrage
L'Ennemi intime, il poursuit dans cette double voie (scénario et réalisation) avec
Les Survivants (2005), récits à la fois émouvants et effroyables de déportés ayant survécu à l'Holocauste ;
Chirac (2006) qui retrace sans concession le parcours politique du futur président ; et
68 (2008), grande fresque essentiellement musicale, prolongement de son livre somme sur cette période troublée.
Documentariste reconnu de par son travail de sensibilisation télévisuelle et la qualité de ses films (il a reçu de nombreux prix), auteur prolixe et conseiller littéraire (aux éditions du Seuil), Patrick Rotman a vu ses travaux sur la guerre d'Algérie, par le biais de son livre phare faire l'objet d'une nouvelle adaptation (2007),
L'Ennemi intime, qu'il écrira avec le réalisateur
Florent Emilio Siri. Le projet, né sous l'impulsion de
Benoît Magimel, impressionné par le documentaire de Rotman (2002) traitant de la question brûlante de l'usage de la torture par l'armée française, voulait sublimer par les ressorts propres à la fiction la rigueur et la véracité qui découlaient de l'enquête historique afin d'en cerner les rouages (historiques, politiques et humains). Mais, dans les faits, le film adopte une mécanique bien trop répétitive et démonstrative pour espérer atteindre son objectif. Sentiment que vient renforcer la mise en scène convenue et souvent emphatique de Siri. En voulant privilégier le spectaculaire, le film ne parvient finalement qu'à mettre à nu l'artificialité de son point de vue, un comble au regard de la pertinence et de la richesse des recherches qu'avait mené l'historien sur le sujet.