Depuis vingt ans Paul Giamatti trimballe sa tronche de dépressif chronique à travers le cinéma américain, sa gueule fatalement un peu à part qui lui aura valu plus d'une dizaine d'années avant d'être associée à un nom. Diplômé de Yale en anglais et en arts dramatique à la fin des années 80, où il a
Edward Norton comme camarade de classe, il se fait d'abord connaître au théâtre (entre autres à Broadway), avant d'obtenir quelques petits rôles à la télévision au début des années 90. Il débute sa carrière au cinéma en 1992 avec une courte apparition dans
Singles (Cameron Crowe), suivi trois ans plus tard chez
Woody Allen pour
Maudite Aphrodite (1995), et Sidney Pollack avec son remake de
Sabrina (Id). Il continue d'obtenir des petits rôles de second ou troisième plan avec souvent un temps de présence à l'écran très limité jusqu'à la fin des années 90, parfois dans des productions pourtant d'une certaine envergure avec des castings de stars :
Donnie Brasco (
Mike Newell, 1997),
Parties intimes (Betty Thomas, Id),
Le Mariage de mon Meilleur Ami (P.J Hogan, Id),
Harry dans tous ses états (
Woody Allen, Id),
Il faut sauver le soldat Ryan (
Steven Spielberg, 1998),
Le Négociateur (F. Gary Gray, Id),
The Truman show (
Peter Weir, Id), où il surveille
Jim Carrey, qu'il retrouve en complice dans la vie et sur scène dans le beau
Man on the Moon (
Milos Forman, 1999).
A partir des années 2000 on commence à mieux distinguer son visage dans des rôles plus étoffés. Il est ainsi à l'affiche de la comédie afro-américaine poids lourds
Big Mama (Raja Gosnell, 2000) avec
Martin Lawrence ; aux côtés de
Gwyneth Paltrow dans le tragi-comique et plutôt raté
Duo d'un jour (Bruce Paltrow, Id) ; dans le très cynique
Storytelling (2001) du très vite oublié Todd Solondz ; un parfait salaud -le genre de rôle dans lequel il excelle-, dans
Méchant menteur (
Shawn Levy, 2002) ; ou encore masqué en primate intelligent dans
La Planète des Singes (
Tim Burton, 2001). La consécration lui est enfin offerte en 2003 grâce à
American Splendor (Shari Springer Berman et Robert Pulcini), où il joue le célèbre auteur de comics autobiographiques
Harvey Pekar. Entre l'attachante chronique dépressive et le biopic intelligent qui associe sans forcer l'homme et son œuvre, la vie et la BD, Giamatti trouve un film à sa mesure, trimballant sa mine de blasé accablé par le quotidien avec une aisance de chaque plan. Sidekick sympathique et un peu geek de
Ben Affleck dans
Paycheck (
John Woo, Id), il retrouve l'éclat nuancé du loser émouvant et désespérément cérébral dans
Sideways (Alexander Payne, 2004) ; le film reçoit près d'une centaine de prix, c'est un nouveau triomphe pour l'acteur décidément à sa place dans le cinéma indépendant.
Désormais connu et reconnu, Giamatti s'installe tranquillement en haut de l'affiche :
De l'ombre à la lumière (
Ron Howard, 2005) avec Russell Crow,
The Hawk is Dying (Julian Goldberger, 2006),
L'Illusionniste (
Neil Burger, Id), avec
Edward Norton et
Jessica Biel. La même année,
M. Night Shyamalan lui offre le rôle principal de son conte fantastique,
La Jeune fille de l'eau (Id), qui malheureusement sera le premier échec du cinéaste au box office. Il y joue un concierge découvrant et aidant une nymphe échappée d'une fable à lire aux enfants avant de s'endormir. Un de ses plus beaux rôles, délicat et inquiet, investi. En 2007 il est le père égoïste et cruel du jeune garçon gardé par
Scarlett Johansson dans le sympathique
Journal d'une baby-sitter, du duo d'
American Splendor ; puis chef d'une bande de tueurs face à
Clive Owen pour le film d'action au rythme débridé
Shoot 'Em Up (Michael David) ; ou encore Père Noël et frangin de
Vince Vaughn dans
Frère Noël (
David Dobkin, Id). Désormais très demandé, il est également au casting de la comédie
Pretty Bird (Paul Schneider, 2008), dans
Cold Souls (Sophie Barthes, Id), aux côtés de
Julia Roberts et
Clive Owen dans le thriller
Duplicity (2009) de
Tony Gilroy, réalisateur de
Michael Clayton ; ou encore dans le drame historique autour de Tolstoï,
The Last Station (Michael Hoffman, Id), avec
James McAvoy et Christopher Plummer. Grand amateur de science fiction, il doit enfin interpréter le célèbre auteur Philip K. Dick dans un biopic,
The Owl in Daylight (2009).