Son père était juif d'origine allemande, sa mère hongroise et catholique. Il est un pur produit de l'immigration européenne et désormais l'une des plus grandes stars hollywoodiennes. Après avoir servi dans la Navy durant la guerre, il passe par Yale en 1952 puis s'inscrit aux cours de Lee Strasberg à l'Actor's Studio en 1953. Il devient vite avec
Brando et
James Dean l'un de ses plus grands représentants. Après des débuts à Broadway et à la télévision dans une dizaine de séries, et un premier échec au cinéma dans
Le Calice d'argent (Victor Saville, 1954), il hérite du rôle principal de
Marqué par la haine (Robert Wise, 1956), au départ prévu pour
Brando. Le film, adapté d'une autobiographie du boxeur Rocky Graziano et dont s'inspirera
Stallone pour
Rocky, va rapidement l'imposer. Il est beau, charismatique, intelligent, énergique, ses yeux clairs au bleu changeant deviendront célèbres. Comme le note l'historien Jean-Loup Passek, il achève le cycle des figures romantiques incarnées par
James Dean pour ouvrir celui des héros positifs prolongé dix ans plus tard par
Robert Redford. Sa personnalité, son pouvoir de séduction, son acuité à discerner la problématique de ses rôles, l'aideront à tout jouer. Il ne se considère pas acteur par « intuition » mais par métier, étudiant ses rôles avec méticulosité en faisant des repérages sur les lieux de tournage, accumulant le plus d'informations possibles pour une meilleure compréhension de son personnage.
Durant les années 60, il enchaîne les succès à travers une succession de rôles différents et variés dans lesquels il n'est jamais figé. Chaque film est une nouvelle proposition, une invitation, un pari qu'il relève avec grâce, audace, sérieux, à chaque fois imprévisible. Il devient vite l'acteur fétiche de plusieurs réalisateurs, à commencer par Martin Ritt dont il partage l'humanisme et pour qui il tourne dans
Les Feux de l'été (1958),
Paris Blues (1961),
Adventures of a Young Man (1962),
Outrage (1964) et
Hombre (1967). Mais s'il trouve parmi ses plus beaux personnages chez
Richard Brooks avec
La chatte sur un toit brûlant (1958) et
Doux oiseaux de jeunesse avec (1962), Arthur Penn dans
Le Gaucher (1958), voire John Huston dans
Juge et hors-la-loi (1972) et
Le Piège (1973), c'est chez Stuart Rosenberg dans
Luke la main froide (1967) et George Roy Hill pour
Butch Cassidy et le Kid (1969) et
L'Arnaque (1973) que Newman trouve les plus grands rôles de sa carrière. Et même si vers les années 70 sa filmographie s'essouffle un peu, il reprend avec brio son propre rôle de joueur de billard dans
La Couleur de l'argent (
Martin Scorsese, 1986), celui qu'il tenait 25 ans plus tôt dans
L'Arnaqueur (Robert Rossen, 1961). Le film lui rapporte l'Oscar. Infatigable, il continue encore de jouer avec le même professionnalisme, on l'a vu notamment dans
Le Grand Saut (1994) des
Frères Coen (1993),
Un Homme presque parfait (Robert Benton, 1994),
Les Sentiers de la Perdition (
Sam Mendes, 2002) ou encore au doublage de
Cars (2006).
Doué, talentueux, honnête, droit, passionné de course automobile, fondateur de la Newman Own (une ligne de produits alimentaires célèbres pour sa sauce vinaigrette avec le visage du comédien sur l'étiquette, et dont les revenus sont reversés à des œuvres de charité), créateur avec
Barbara Streisand,
Dustin Hoffman et Sidney Poitier de la First Artists Production LTD, Paul Newman est également passé plusieurs fois derrière la caméra. Il réalise ainsi en 1968
Rachel, Rachel, où il offre le rôle principal à son épouse, Joanne Woodward. Quatre fois nominé aux Oscars, le film est généralement considéré comme sa plus grande réussite : le portrait d'une femme au milieu de sa vie que Newman filme avec justesse et sensibilité. Après
Le Clan des irréductibles (1971), dans lequel il joue aux côtés d'
Henry Fonda et de Lee Remick, il offre à nouveau la vedette à son épouse dans
De l'influence des rayons gammas sur le comportement des marguerites (1972), adapté d'une pièce de Paul Zindel récompensée du prix Pulizer. Malgré ses tentatives, pourtant toutes intéressantes en dépit de leurs faiblesses, Newman mettra cette carrière de cinéaste indépendant entre parenthèses. Il n'y revient qu'en 1980 avec un téléfilm,
The Shadow Box, puis en 1984 pour
L'Affrontement, où à partir de la thématique du conflit familial entre un père et son fils, il parle sans l'évoquer explicitement du décès de son propre fils, Scott, mort en 1978 d'une overdose d'alcool et de barbituriques. Malgré son relatif échec, il poursuit en 1987 avec
La Ménagerie de verre, une belle adaptation de
Tennessee Williams avec Joanne Woodward et
John Malkovich. A plus de soixante-dix ans, Paul Newman reste un comédien actif ; quand il n'apparaît pas au cinéma, on le voit à la télévision ou dans les médias pour son investissement constant dans des œuvres de charité. Démocrate convaincu, philanthrope, humaniste, il n'hésite pas à dépenser sa fortune pour la bonne cause sans aucune forme d'hypocrisie morale.