Paul W.S Anderson est célèbre pour ses adaptations au cinéma de grands succès du jeu vidéo comme
Mortal Kombat et
Resident Evil, ainsi que pour avoir filmé la rencontre tant attendue entre Alien et Predator. D'origine anglaise, il poursuit des études de cinéma et littérature à l'Université de Warwick, d'où il ressort en 1988 comme le plus jeune diplômé. En 1992 il monte à Newcastle et en association avec Jeremy Bolt la société Impact Pictures, par laquelle il produira la quasi-totalité de ses films à venir. Après avoir travaillé comme scénariste sur la série
El C.I.D (1990), il devient célèbre en 1994 avec son premier long métrage,
Shopping, l'histoire d'une bande voleurs, interprétés par
Jude Law et Sadie Frost, opérant à coups de voitures bélier pour commettre leurs forfaits. Le film fait scandale pour son ultra violence, il sera retiré de certains écrans au Royaume Uni avant de connaître une seconde carrière en vidéo aux Etats-Unis dans une version remontée.
Shopping lui permet d'enchaîner l'année suivante sur l'adaptation du jeu de combat alors mondialement célèbre,
Mortal Kombat (1995) avec
Christophe Lambert. Sans accoucher d'un chef d'œuvre, Paul Anderson réussit néanmoins à sortir son épingle du jeu grâce à un montage dynamique et une approche esthétique respectant l'esprit du jeu. Là où des adaptations comme
Super Mario Bros (1993) et Street Fighter (1994) se sont révélées des désastres artistiques et commerciaux conspués par les fans, Anderson sait trouver le bon angle d'attaque et gagne ainsi un certain respect de la part des gamers. Le film connaîtra deux suites, dont il déclinera la réalisation.
Le succès en salles de
Mortal Kombat lui permet de gagner ses galons auprès des studios américains et ainsi de tourner deux ans plus tard
Event Horizon : le vaisseau de l'au-delà (1997), un film de science fiction avec
Laurence Fishburne et
Sam Neill. Hélas le film, à mi chemin entre
Alien et
Hellraiser pour ses scènes d'horreur, ne remplit pas son contrat et s'avère un échec en salles aux USA. Mais Anderson récidive l'année suivante avec un autre film de science fiction,
Soldier (1998), écrit par le scénariste de
Blade Runner et avec
Kurt Russell en tête d'affiche. Malgré ses 75 millions de dollars de budget et une ambition à la hausse, le film fait un four aux Etats-Unis et la critique ne le rate pas. Après un passage par la télévision pour la série
The Sight en 2000, il s'attaque à l'adaptation très attendue d'un autre jeu vidéo,
Resident Evil (2002). Quoique relativement éloigné de l'ambiance, du rythme et de l'esthétique du jeu de Capcom, Anderson signe une relecture pas déshonorante de ce jeu inspiré de l'œuvre de
George Romero. Mené par
Milla Jovovich (bientôt sa compagne) qui n'a jamais été aussi bien filmé, avec autant d'amour,
Resident Evil séduit par quelques belles idées de scénario (signé Anderson) et de mise en scène. Le film ne remporte pas tous les suffrages auprès des fans mais n'est pas moins renié. Les créateurs du jeu iront même jusqu'à le citer dans
Resident Evil 4, preuve qu'une fois de plus l'auteur n'est pas dénué de talents. Le film obtiendra un joli succès en salles et connaîtra deux suites, qu'il se contentera de produire.
Deux ans plus tard, Paul Anderson hérite de l'arlésienne des studios,
Alien vs. Predator (2004), inspiré davantage du comics éponyme que des films. Un projet de longue date traînant dans les tiroirs et qui n'avait jamais pu se monter. Si jusqu'ici l'auteur a su prouver sa capacité à s'accaparer des produits issus de la pop culture sans trop les trahir, le défi est cette fois de taille et beaucoup plus ambitieux. Hélas, le film n'est pas à la hauteur des attentes. Il souffre d'un certain manque de moyens, d'inventivité et surtout se confronte à deux mythes dont il est très difficile d'imposer la rencontre à l'écran.
AVP reste néanmoins un succès relatif en salles et un film pas désagréable. On ne peut enlever à l'auteur une certaine modestie permettant d'oublier les lacunes du scénario. Plutôt bonne série B en définitive, le film conserve quelque chose de jouissif et sincère, une véritable affection pour ces bestioles, avec lesquelles Anderson s'amuse comme de gros jouets. Le film connaîtra une suite, assez catastrophique, dont il déclinera une fois de plus la réalisation. Comme quoi Anderson est un auteur, un vrai.
Preuve en est faite, ou pas, quatre ans après avec son remake survitaminé de
La Course à la mort de l'an 2000 (
Les Seigneurs de la route, Paul Bartel, 1975), un classique avec
David Carradine et
Sylvester Stallone. Le film deviendra chez nous
Course à la mort (
Death Race, 2008), et
Jason Statham en prendra le volant. A la base, Anderson convoitait ce remake depuis 1997, après l'échec d'Event Horizon. Le film, dont il est à nouveau le scénariste, réussit alors à gravir brièvement le podium du box office américain. Sans être encore un chef d'œuvre, l'auteur manifeste une fois de plus son amour de la série B avec allégeance, respect et modestie. Il travaille enfin sur deux projets,
Man with the Football et
Spy Hunter, et produit une autre adaptation d'un célèbre jeu vidéo,
Castlevania (Sylvain White, 2009), une histoire de chasseur de vampires. A sa manière, Paul Anderson renoue avec la grande tradition des artisans issus des studios américains, dans un cadre où en tant que producteur de ses propres films il évoque aussi l'époque glorieuse d'un
Roger Corman. Dont il est à sa manière le digne héritier.