Ex chef de file de la Nouvelle Vague australienne du milieu des années 70, Peter Weir a su composer en plus de trente ans de carrière une filmographie riche et variée, émaillée de succès critiques et public tels que
Witness,
Le Cercle des Poètes Disparus ou encore
The Truman show. Originaire de Sydney, il abandonne ses études universitaires pour travailler avec son père, puis peu convaincu par les affaires familiales, s'envole pour l'Europe en 1966. Revenu de son voyage qu'on imagine initiatique, il décroche un job dans une station télé et se lance dans la réalisation en signant divers courts et documentaires, avant de tourner un moyen métrage en 1971,
Homesdale. Trois ans plus tard, profitant du mouvement animant alors le cinéma australien, il réalise son premier long,
Les voitures qui ont mangé Paris (1974), une comédie fantastique originale que l'on découvrira longtemps après en DVD. Puis il enchaîne sur une fable onirique et symbolique pour jeunes filles en fleur bien élevées et perdues dans l'Australie sauvage,
Pique-nique à Hanging Rock (1975). Le film permet à ce nouveau cinéma australien de conquérir les marchés internationaux tout en faisant de Weir son leader. Il confirme ce statut avec
La Dernière vague (1977), l'histoire du meurtre d'un aborigène où Weir joue à nouveau des symboles tout en interrogeant métaphoriquement les racines de son pays à travers une esthétique sophistiquée à l'atmosphère énigmatique, magique, ambiguë, quasi fantastique. Plus explicite, il s'intéresse ensuite à un moment de l'histoire australienne à travers le récit de deux personnages réunis par les hasards de la guerre et de l'amour dans
Gallipoli (1981). Le film remporte un franc succès auprès du public et impose
Mel Gibson qu'il retrouve l'année suivante dans
L'année de tous les dangers (1982).
En compétition officielle à Cannes,
L'année de tous les dangers explore à nouveau les coulisses de l'Histoire (la révolution à Jakarta en 1965) à travers une romance entre
Mel Gibson et
Sigourney Weaver. Comme toujours, l'auteur développe un sens aigu du détail, des situations, de l'Histoire, qu'il révèle par l'intermédiaire de personnages, cette manière de placer l'homme dans son contexte, d'aller du particulier vers le général, de révéler l'ambigüité, comment les choses sont liées dans leur complexité. Le film permet à Weir de gagner son ticket pour Hollywood. Il s'envole ainsi en 1985 pour tourner
Witness, un thriller avec
Harrison Ford. Cette fois Weir s'intéresse à la communauté Amish, dont il explore les codes, la discipline, la vertu, la morale, mises à mal par une affaire de meurtre dont l'un des enfants de la communauté à été témoin. Weir insiste sur le contraste entre ce monde et celui des flics corrompus, il s'empare admirablement de chaque détail pour le soumettre à une étude de compréhension des comportements, il dépeint avec justesse et équilibre tout un univers. Le succès du film lui permet de tourner ensuite avec
Harrison Ford Mosquito Coast (1986), pour lequel l'acteur et sa famille quittent l'Amérique et la civilisation pour se créer leur paradis perdu au milieu de l'Amérique du Sud. Une fable moderne et sombre sur l'utopie, quelque chose d'un Thoreau pessimiste. Suivra le célèbre
Cercle des Poètes Disparus (1989), où
Robin Williams devient le prof de littérature le plus populaire du cinéma. Un film candide, gentil, flatteur, rêvant de transmission noble et d'érudition, de liberté intellectuelle et d'estime de soi, un message que Weir adresse à Hollywood en priorité.
Le Cercle des Poètes Disparus fait un triomphe en salles, on ne parle alors que de lui, il devient le film emblématique et éphémère d'une génération qui se voit déjà pousser des ailes et vivre selon ses désirs, sans autorité, pour la seule beauté du monde et des choses. Après ce film transparent et limpide nominé aux Oscars, Weir tourne
Green Card (1990), une comédie romantique sur fond de mariage blanc avec Andy MacDowell et
Gérard Depardieu. Le film d'un moment, toujours précis dans le déroulement des sentiments, mais sur le fond un peu fade, timide, insignifiant. En 1993 Weir réalise
Etat second, avec
Jeff Bridges et
Isabella Rossellini, sur l'histoire de plusieurs personnages ayant survécu à un crash aérien. Une manière pour l'auteur d'explorer en douceur les peurs et les névroses de chacun après l'accident, de se confronter au deuil et à la mort, avec pudeur mais émotion, justesse et sensibilité. Après cinq ans d'absence, le cinéaste réalise alors
The Truman show (1998), avec
Jim Carrey, d'après un scénario d'Andrew Niccol. Le film imagine la vie improbable d'un personnage ayant grandi et vécu à son insu dans une émission de télé réalité. On comprend ce qui intéresse ici Weir, la perception de la réalité, des choses, l'angoisse moderne des dérives de la télévision, et surtout son personnage, perdu, enfant découvrant qu'il y aurait un monde derrière ce monde. Bref, une fable intelligente, drôle, émouvante, presque du Baudrillard, en plus sentimental. Cinq nouvelles années de silence plus tard, Weir fait un retour d'une ambition exceptionnelle en adaptant l'un des romans de la saga maritime de Patrick O'Brian,
Master and commander de l'autre côté du monde (2003), avec
Russell Crowe et
Paul Bettany. Une œuvre épique, héroïque, mystique, d'une ampleur unique, avec un souci du détail confinant au réalisme délirant. Peut-être le plus beau film d'aventure depuis la fin de l'âge d'or hollywoodien. Hélas le film ne remporte pas le succès escompté malgré une pluie de nomination aux Oscars. Weir se retire alors, on l'attend sur un lointain
The Way Back pour 2011, mais sans plus de précisions.