Reconnu comme l'un des acteurs les plus doués de sa génération sur les planches et en salles, Philip Seymour Hoffman s'est d'abord bâti au cinéma une solide réputation de second rôle mémorable (
Boogie Nights,
Magnolia,
Presque Célèbre,
La 25e heure), avant de recevoir la consécration et l'Oscar pour
Truman Capote. Co-créateur et codirecteur de la New York LAByrinth Theater Company, Hoffman est connu pour son interprétation réaliste et sensible de héros peu aimables dont il explore avec ambiguïté et témérité les facettes sombres et vulnérables. Egalement doué pour la comédie (
The Big Lebowski,
Polly et moi,
La Famille Savage), il fût aussi l'inoubliable bad guy sadique et pervers donnant du fil à retordre à
Tom Cruise dans
Mission : Impossible 3. Originaire de la banlieue de New York, il grandit avec ses sœurs et son frère, entre un père exécutif pour Xerox, et une mère avocate connue pour son activisme et ses accointances libérales et féministes. Véritable ambassadrice culturelle de la famille, celle-ci fait découvrir à ses enfants le théâtre et les arts. Mais durant sa jeunesse, si son frère Gordon s'initie au Super 8 et sa sœur Emily aux planches à l'école, Philip préfère le sport, doué pour le baseball et le catch qu'il devra abandonner après une blessure. Au lycée, il se tourne alors vers le théâtre et se révèle doué dans diverses adaptations comme
M.A.S.H, tirée du film de
Robert Altman. Après des cours d'art dramatique qu'il suit durant une classe d'été, Philip décroche son premier rôle professionnel dans un théâtre régional. Il n'a pas encore terminé le lycée et va bientôt rentrer à la New York University, où il suivra les cours de la célèbre Tisch School of the Arts dont il sort diplômé en 1989.
Planches et plateaux
Après une cure de désintoxication pour drogue et alcool à la sortie de l'Université, le metteur en scène Austin Pendleton lui offre différents rôles dans une série de productions du Williamstown Theater, puis dans
Le Roi Lear, qu'il joue au Hole Theater dans le New Jersey. De retour à New York, Hoffman décroche sa première apparition à l'écran dans la série
New York Police Judiciaire (
Law & Order, 1991). La même année, il obtient son premier rôle au cinéma dans le film indépendant méconnu
Triple Bogey on a Par Five Hole (Amos Poe), enchaîne sur les comédies
My New Gun (Stacy Cochran, 1992) et
Leap of Faith (Richard Pearce, Id) avec
Steve Martin, avant d'apparaître aux côtés d'
Al Pacino et Chris O Donnell pour un petit rôle essentiel dans
Le temps d'un week-end (Martin Brest, Id). Suivront plusieurs comédies oubliées (
Joey Breaker,
Money for Nothing), un mauvais remake de Peckinpah avec
Alec Baldwin et
Kim Basinger (
Guet-apens, 1994), un drame romantique avec
Andy Garcia et
Meg Ryan (
Pour l'amour d'une femme, Id), et une brève rencontre avec
Paul Newman (
Un Homme presque parfait, Id). A cette même époque, il crée avec David Ortiz la LAByrinth Theater Company, une coopérative où acteurs, auteurs et metteurs en scène travaillent à monter leurs projets sur les planches. Après diverses performances off à Broadway, Hoffman repasse devant la caméra. D'abord en chasseur de tornade aux côtés d'
Helen Hunt dans
Twister (Jan de Bont, 1996), suivi de près par
Sydney (Id), première rencontre d'une longue collaboration à venir avec
Paul Thomas Anderson, pour qui il interprète un joueur de casino. Les deux hommes se retrouveront rapidement sur
Boogie Nights (1997) et bientôt
Magnolia (1999) ou encore
Punch-Drunk Love (2002).
Seconds rôles et mise en scène
En 1998 il multiplie les apparitions : il plaque Hope Davis dans la comédie romantique
Et plus si affinités (Brad Anderson), décroche un second rôle chez les
Coen dans
The Big Lebowski, et n'a pas peur du pathétique chez le très cynique Todd Solondz dans
Happiness (Id), où en vieux garçon solitaire il comble sa misère sexuelle avec des appels téléphoniques obscènes. Une performance limite jouant sur les moindres aspects prosaïque et disgracieux de son physique. Colocataire universitaire de
Robin Williams dans
Docteur Patch (Tom Shadyac, Id), il prend du galon en transsexuel donnant des cours de chant à un
Robert De Niro homophobe dans la comédie
Personne n'est parfait(e) de
Joel Schumacher. Après une apparition aux côtés de
Jude Law et
Matt Damon dans
Le Talentueux Mr. Ripley (Anthony Mingella, 1999), Hoffman fait ses débuts comme metteur en scène au théâtre avec
In Arabia, We'd All Be Kings, un drame autour de l'évolution de Time Square. Planches toujours, il joue aux côtés de
John C. Reilly dans la pièce de
Sam Shepard,
True West, qui vaudra aux deux comédiens une nomination aux Tony Awards. En 2000, retour au cinéma, il campe un scénariste pour David Mamet dans
Séquences et conséquences, puis devient le célèbre critique rock
Lester Bangs dans le récit semi autobiographique de Cameron Crowe,
Presque Célèbre (Id), qu'il campe avec une rare fidélité. Il revient ensuite à la scène par l'intermédiaire du LAByrinth Theater, pour lequel il dirige sa seconde pièce,
Jesus Hopped the « A » Train, puis joue pour
Mike Nichols dans
The Seagull au New York Shakespeare Festival, aux côtés de
Meryl Streep et
Christopher Walken, preuve que sa carrière ne cesse de gravir les cimes les plus prestigieuses.
Capote
2002, de retour en salles, il devient journaliste pour
Brett Ratner dans un nouveau premier volet des aventures d'Hannibal Lecter,
Dragon Rouge, avec
Edward Norton, qu'il retrouve dans la foulée pour
Spike Lee dans son thriller post 09/11,
La 25e heure, où il interprète un professeur mal dans sa peau menaçant d'avoir une aventure avec une de ses étudiantes. Egalement à l'affiche de
Love Liza (Todd Louiso), écrit par son frère Gordon Hoffman, il retrouve Anthony Mingella en 2003 pour camper un prêtre défroqué dans le mélodrame historique
Retour à Cold Mountain. Nominé à nouveau aux Tony Awards la même année pour la pièce
Long Days Journey Into Night, il dirige ensuite pour le LAByrinth Theater la chronique de banlieue
Our Lady of 121st Street, avant d'enseigner durant un semestre un cours de mise en scène à la Columbia University. En 2004, il ose une apparition dans la comédie romantique
Polly et moi (John Hambug), avec en vedette
Ben Stiller et
Jennifer Aniston. Mais la consécration arrive enfin en 2005 avec
Truman Capote de son ami d'enfance Bennett Miller Le film reprend l'écriture de
De Sang froid, roman le plus célèbre de
Capote, et offre à l'acteur un Oscar et un Golden Globe. Tout en jouant sur le mimétisme mais avec brio, Hoffman incarne le personnage dans ses moindres nuances et subtilités. De retour au LAByrinth, il dirige Sam Rockwell et Eric Bogosian dans
The Last Days of Judas Iscariot, avant d'obtenir une nomination aux Emmy Awards pour la mini série d'HBO
Empire Falls.
Becoming a star? Mission : possible
Prenant Hollywood au dépourvu, il accepte en 2006 d'incarner le bad guy vicieux et sans pitié de
Mission : Impossible 3 (
J.J. Abrams). Face à
Tom Cruise, paumé devant tant de sadisme et d'incertitude, Hoffman vole la vedette à la superstar. Il poursuivra alors avec succès sur la tragi comédie
La Famille Savage (Tamara Jenkins, 2007) avec
Laura Linney, avant de tourner pour le vétéran
Sidney Lumet dans
7h58 ce samedi-là (Id), brillant thriller avec
Ethan Hawke où l'acteur sidère à nouveau par sa composition d'un businessman désespéré volant sa propre famille. La même année, Hoffman rejoint le casting de stars de
La Guerre selon Charlie Wilson (
Mike Nichols), avec
Tom Hanks et
Julia Roberts. Ce biopic sur un ex agent de la CIA vendeur d'armes à des milices afghanes durant la guerre froide lui rapporte une double nomination aux Oscars et aux Golden Globes. Continuant sur sa lancée et trustant les palmarès des académies, il est à nouveau nominé à l'Oscar pour sa prestation du père Flynn dans
Doute (2008), adaptation de la célèbre pièce de et par John Patrick Shanley. Une composition à sa mesure, en faiblesses et en vérités, où il incarne face à une
Meryl Streep suspicieuse et d'un autre temps un vent de modernité et d'ouverture d'esprit. 2008 toujours, Hoffman devient directeur de théâtre dans le premier film de Charlie Kauffman, présenté à Cannes,
Synecdoche,
New York. Il joue enfin dans
The Boat That Rocked de Richard Curtis (2009), et travaille à la réalisation de son premier long métrage,
Jack Goes Boating.