Philippe de Broca a donné des couleurs au cinéma français, celles, chaleureuses et généreuses de la fantaisie, du cinéma de divertissement habillé de sa parure la plus noble. Né dans une famille où son père est photographe, il fait ses études à l'Ecole technique de photographie et de cinématographie de la rue de Vaugirard (ENS Louis Lumière). Il fait ses premiers pas dans le cinéma comme opérateur de documentaires, puis devient assistant réalisateur pour
Claude Chabrol (
Le Beau Serge,
Les Cousins,
A double tour) et
François Truffaut (
Les 400 coups). Grâce à
Chabrol, il réalise son premier film,
Les jeux de l'amour (1960), une comédie de mœurs avec
Jean-Pierre Cassel sur un scénario qu'il a coécrit avec Daniel Boulanger, son futur et fidèle collaborateur. Tout en persévérant dans des comédies légères (
L'Amant de cinq jours, 1961), il s'engage dans le film d'aventure picaresque avec succès :
Cartouche (1962), grand film de cape et d'épée avec
Jean-Paul Belmondo et
Claudia Cardinale, obtient un triomphe en salles et deviendra un classique du genre. Il retrouve cette énergie et cette aisance teintée d'élégance et d'efficacité pour la comédie et l'action avec
L'Homme de Rio (1964) et
Les tribulations d'un Chinois en Chine (1965), qui imposent à nouveau un
Belmondo superstar et bondissant.
Le vent en poupe, plus rien n'arrête de Broca qui tourne à un rythme frénétique :
Le Roi de coeur (1966),
Les Caprices de Marie (1970),
La poudre d'escampette (1971),
Chère Louise (1972). En 1973 et 1975 il retrouve l'infatigable
Belmondo pour remplir les salles avec
Le Magnifique et
L'Incorrigible, sur lequel il travaille avec
Michel Audiard. Les deux hommes collaborent sur ses films suivant, des comédies qui deviendront des tubes de l'époque :
Tendre poulet (1978),
On a volé la cuisse de Jupiter (1980), avec
Philippe Noiret, qu'il retrouvera dans
L'Africain (1983). Au milieu des années 80, alors qu'il a fait tourné les stars les plus populaires du cinéma français, ses films deviennent plus conventionnels, manquant de souffle et d'originalité :
La Gitane (1986), et puis
Chouans !(1988), fresque ambitieuse mais peu inspirée. En 1990,
Les Mille et une Nuits n'a pas d'autre intérêt que faire découvrir au monde la belle et torride
Catherine Zeta-Jones nue sous des coquillages, inoubliable.
Alors un peu has been, surtout après avoir osé tourné un film écrit par l'indescriptible
Alexandre Jardin,
Les clés du paradis (1991), de Broca enchaîne les téléfilms, puis revient au cinéma qui a fait sa gloire pour
Le Bossu (1997). Un film de cape et d'épée bourré de vitalité et d'élégance, réactualisant un genre alors mort depuis des décennies. Le succès est au rendez-vous, le public acclame la prestation de
Daniel Auteuil. Suivra un ultime baroud d'honneur avec son vieux complice,
Belmondo, pour
Amazone (2000). Massacré par la critique et un public qui n'est guère plus enchanté, le film est un échec. Retour à la télévision pour une poignée de téléfilms tournés à un rythme effréné, puis point final de sa carrière avec
Vipère au poing (2004), adapté du livre éponyme et autobiographique d'Hervé Bazin. Quoique défendu par le public, le film se fait démolir par la critique lui reprochant d'avoir adouci la méchanceté, la haine et la rancœur omniprésente dans l'œuvre originale. Le cinéaste décèdera à peine plus d'un mois après la sortie du film, laissant derrière lui une œuvre riche de plus d'une quarantaine de titres qui pour les meilleurs auront donné ses lettres de noblesse au cinéma de divertissement français aujourd'hui disparu.