Rachida Brakni




Révélée en 2001 par son César du meilleur espoir féminin pour Chaos, Rachida Brakni nous parle des Bureaux de Dieu, film à forte résonance sociale, suite d'entretiens entre les employées d'un bureau de planning familial et les femmes qu'elles reçoivent. Contraception, avortement, problèmes familiaux, les questions pratiques se mêlent aux confidences intimes, dans un éclairant flot de paroles.

Pensez-vous qu'on se parle assez en France en ce moment ?
Non, car tout est fait pour étouffer la parole. Mais n'est-ce que ce n'est pas aussi un peu culturel ? Dans certaines cultures on peut vous dire que la canicule ne serait jamais arrivée chez eux, car on y est tellement soucieux de son voisin, de ce qui se passe chez l'autre. La société occidentale, dans sa nature, n'est pas l'expression du partage, et l'évolution du monde fait que ça l'est de moins en moins.
Donc le planning familial reste malheureusement, comme la prison ou l'hôpital, un des rares lieux de brassage. On peut y croiser une bourgeoise, une fille qui vient des quartiers, une portugaise, une fille d'origine maghrébine. Le dénominateur commun à toutes ces femmes, c'est que ce lieu représente pour elles le dernier recours qui soit.

Les structures sociales de la France
Aujourd'hui, ce sont souvent les associations qui pallient l'inexistence du politique, alors que le politique, au sens premier du terme, est là pour représenter le peuple. En l'occurrence, ce n'est pas le cas.
Heureusement que les associations sont là pour faire ce travail, mais c'est à double tranchant, car on sent tout d'un coup les politiques délaisser un certain nombre de choses en se disant que ce sera fait par les associations. C'est un peu le revers de la médaille.

Les femmes qui viennent se confier en entretien sont-elles toutes actrices ou certaines vivent-elles vraiment ces situations ?
Non, le film est entièrement écrit, sur la base de sept ans de recherches. Les femmes ont un rapport indirect avec les rôles qu'elles interprètent, même si ce n'est pas du tout leur histoire.
A la lecture du scénario, l'entretien qui m'a le plus bouleversée est le dernier, celui avec la prostituée amoureuse. J'ai eu de la chance car c'est moi qui joue dans cette scène (avec une vraie prostituée), c'était un beau cadeau.

Qu'est-ce qui guide vos choix de rôles ?
Plusieurs choses : un scénario, la rencontre avec un réalisateur, avec des acteurs. Par exemple là, je vais faire un film de Djamel Bensalah, qui est une vraie comédie : c'est simplement l'envie tout d'un coup de me frotter à autre chose. Je n'ai pas envie de m'enfermer dans des carcans alors que je suis justement la première à dire que c'est ce que j'exècre. Dès que l'opportunité se présente, je la saisis.

Qu'est-ce qui vous séduit en ce moment dans le cinéma mondial ?
En ce moment, il y a un cinéma qui m'intéresse bien, c'est le jeune cinéma israëlien. Un des derniers films que j'ai aimés, c'est La Visite de la fanfare, qui est une une très belle oeuvre. Même chose pour Les Méduses l'année dernière. Je trouve qu'en littérature et en cinéma, il y a en Israël une génération d'auteurs qui disent des choses avec onirisme et poésie, ça tranche avec leur quotidien. C'est tout ce que j'aime, ils se permettent de parler de sujets graves avec beaucoup de poésie.

(photo Marc Buchy)

 

 

Damien Leblanc.

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