Reese Witherspoon, blonde, yeux bleus, un physique presque stéréotypé d'Américaine typique. A priori elle a tout pour se perdre dans un océan de poupées anonymes où on ne la remarquerait à peine. Pourtant chez elle rien ne se laisse enfermer, elle résiste. Son sourire franc, la sincérité absolue de son regard, son allure de fille saine et sensible, des petits détails qui lui donnent un naturel bouleversant tous les clichés qui d'habitude sont le lot des filles à la plastique similaire. Née à la Nouvelle Orléans, Reese passe son enfance à Nashville dans le Tennessee. Elle sera une fille du sud, une fille à l'accent bien trempé dont les origines populaires ne seront pas pour déplaire au public parfois las des filles de la Côte Ouest aseptisées ou de leur équivalent snob de la Côte Est. A sept ans, elle est sélectionnée comme modèle pour une campagne de publicité à la télévision pour un fleuriste local. Si cette petite expérience la motive alors pour devenir comédienne, elle continue de poursuivre consciencieusement ses études jusqu'à l'université, où elle entame un cursus de littérature anglaise pendant un an avant d'abandonner pour se consacrer à sa carrière d'actrice, qu'elle a débutée en 1991 avec
Un été en Louisiane (Robert Mulligan). Après cette première performance immédiatement saluée par la critique, Reese trouve rapidement sa place, notamment dans une production Disney,
Kalahari (Mikael Salomon, 1993), ainsi que dans
S.F.W (Jefery Levy, 1994), où elle tient à nouveau le rôle principal aux côtés de
Stephen Dorff.
En 1996, Reese a 20 ans mais son visage juvénile lui permet aisément de jouer une fille de 16 se laissant séduire par un
Mark Wahlberg psychopathe dans le thriller
Obsession mortelle (James Foley). La même année le public français habitué au cinéma indépendant américain la découvre en délinquante juvénile dans une relecture du Petit chaperon rouge,
Freeway (Matthew Bright), pour laquelle elle remporte le prix de la meilleure actrice au festival du film policier de Cognac. Malgré la faible popularité des films, ceux-ci ne tardent pas à attirer l'attention des studios qui lui confient bientôt un rôle dans
L'heure magique (Robert Benton, 1998), aux côtés de
Paul Newman,
Susan Sarandon et
Gene Hackman, suivi rapidement de
Pleasantville (Gary Ross, Id). Elle est lumineuse dans cette histoire de deux teenagers plongeant dans un sitcom des années 50, son physique de jolie blonde douce et rétro colle parfaitement à l'univers décalé mais codifié de ce conte moderne. Ce qui ne l'empêche pas de faire un faux-pas l'année suivante dans la lecture teenage des Liaisons dangereuses de
Choderlos de Laclos,
Sexe intentions (Roger Kumble, 1999), avec son casting de jeunes à la mode,
Selma Blair,
Sarah Michelle Gellar et
Ryan Phillippe, qui deviendra son mari jusqu'en 2007. On lui préfère son rôle dans
L'arriviste (1999), une satire mordante signée du multi-primé et indépendant Alexander Payne, où elle interprète une jeune fille ambitieuse concourant pour le poste de présidente des élèves dans son université. Le réalisateur chantera ses louanges, son charme, ses talents, et surtout son humour.
Smart blond
Après avoir retrouvé les chemins obscurs du thriller dans
Un coup d'enfer (Mike Barker, 1999), elle passe dire bonjour dans
American Psycho (Mary Harron, 2000), adaptation ratée du livre culte de
Bret Easton Ellis ; ainsi que dans
Friends, la série, et
Little Nicky (Steven Brill, Id), comédie pour et avec
Adam Sandler. Si le popularité de Reese ne cesse de grimper depuis quelques années, l'actrice n'a pas encore porté un film à elle seule, c'est chose faite en 2001 avec
La Revanche d'une blonde (
Robert Luketic), comédie réjouissante renversant joyeusement les clichés pour imaginer l'improbable ascension d'une blonde remportant haut la main son diplôme de droit à Harvard. Jouant à merveille de la satire sociale, prenant à bras le corps son héroïne sans la trahir ni la juger, le film offre à Reese une interprétation où elle témoigne de toutes ses capacités à maîtriser des personnages de composition. Incroyablement à l'aise dans le burlesque, elle offre ici une performance où la légèreté se marie agréablement à la coquetterie, dont le film use pour mieux défaire les préjugés et la bêtise. Le film connaîtra une suite,
La Blonde contre-attaque (Charles Herman-Wumfeld, 2003), mais sans le talent et la subtilité de
Luketic aux commandes, ce deuxième épisode ne connaîtra pas le succès du précédent. Il faut dire aussi que faire reposer un scénario entier sur la défense au barreau d'un chihuahua n'est pas chose facile. Entretemps, Reese est également apparue en créatrice de mode tiraillée entre deux amours dans le réactionnaire
Fashion victime (Andy Tennant, 2002), ainsi que dans
L'Importance d'être constant (Oliver Parker, 2002), une adaptation de la pièce d'
Oscar Wilde plus proche du théâtre filmé qu'autre chose.
Après avoir gravi les échelons de la haute société britannique dans
Vanity fair (
Mira Nair, 2004), et avoir malheureusement échoué dans le nanar hyper réel
Et si c'était vrai (Mark Waters, 2005), adapté du best seller de
Marc Levy, Reese obtient la consécration en 2006 avec
Walk the Line (James Mangold, 2005), biopic du chanteur country
Johnny Cash dans lequel elle interprète sa seconde épouse, la chanteuse June Carter. Le film lui rapporte l'Oscar de la meilleure actrice et fait d'elle la star la plus plébiscitée d'Hollywood. Choisie par June Carter elle-même peu de temps avant son décès, Reese trouve ici son plus beau rôle. Aux côtés de
Joaquin Phoenix, elle invente un duo qui n'est jamais dans le mimétisme tout en étant fidèle à ses modèles. Chantant elle-même alors qu'elle n'a aucune formation ni prédisposition, elle devient une autre June Carter. Une femme de caractère et de compassion, belle et émouvante, traversant l'Amérique d'une époque tout en accompagnant l'homme dont elle tombe amoureux au fil des années, jusqu'au moment où ils officialisent leur union. La beauté du film, à l'inverse d'autres biopics, tient à ce que les acteurs deviennent leur personnage, ils se construisent avec. Intelligence, discernement, pudeur et sincérité, Reese rend un bel hommage à June Carter et son amour pour
Johnny Cash. Egalement productrice, elle tient ensuite un second rôle dans la sympathique fable
Pénélope (Mark Palansky, 2006), puis tourne avec son nouveau boyfriend,
Jake Gyllenhaal, dans le thriller politique
Détention Secrète (
Gavin Hood, 2007). Elle est enfin en tête d'affiche de
Four Christmases (Seth Gordon, 2008), une comédie sur un couple décidant de rendre visite à leurs quatre parents divorcés le jour de Noël. Elle y côtoie
Vince Vaughn,
Robert Duvall et Jon Favreau.