Artisan d'Hollywood et vétéran des plateaux, Richard Donner travaille pour la télévision et le cinéma depuis un demi-siècle. A près de 80 ans, il a derrière lui une pléthore d'épisodes de séries télé en tous genre :
Des agents très spéciaux,
Perry Mason,
Le Fugitif, Max la menace,
Les rues de San Francisco,
Kojak ou encore
Les Mystères de l'Ouest, dans lesquels il a fait ses armes durant les années soixante et soixante-dix, ainsi qu'une vingtaine de films dont chacun connaît les titres. Donner c'est l'homme de
Damien : La Malédiction (1976), son second film, une obscure histoire de réincarnation du diable dans la peau d'un jeune enfant - le film surfant alors sur le succès de
Rosemary's Baby (1978) de
Roman Polanski, il laissera derrière lui plusieurs suites qui n'auront jamais l'inquiétude troublante de l'original. Il est également l'auteur de
Superman (1978), mythique première adaptation ambitieuse du super héros de DC Comics avec Christopher Reeves. Un film au succès international qui place à l'époque Donner dans le giron des auteurs les plus demandés et respectés à Hollywood. Simplicité, transparence, respect du récit et des personnages, il hérite de la vieille école, des classiques, ceux qui n'ont jamais besoin de surligner leur plan, de se situer ou de styliser leur film. Au début des années 80, Donner serait presque un cinéaste à part, venu un peu de nulle part, avec une modestie de chaque plan.
Après
Inside Moves (1980), peut-être son film le moins connu - le portrait d'un homme ayant survécu à son suicide-, après un remake du
Jouet (1982) de
Francis Veber, Donner se lance dans une longue série de petit chefs d'œuvre qui illumineront les années 80. Des films pour les kids, des films commerciaux, mais avec talent. On se souviendra ainsi de
Ladyhawke, la femme de la nuit (1985), superbe film de fantasy où
Michelle Pfeiffer se transforme en faucon, aussi des
Goonies (Id), produit et écrit par Spielberg (et
Chris Columbus), c'est le film pour tous les gosses des années 80 : amitié, aventures, pirates, chasse au trésor, gangsters d'opérette, filles, gadgets, freaks, tout est rassemblé pour un grand ride aussi généreux que joyeux. En 1987 c'est également le premier épisode de
L'Arme fatale avec
Danny Glover et
Mel Gibson, le film qui lancera la carrière hollywoodienne de ce dernier. Donner signera chacune des suites, de
L'Arme fatale 2 (1989) à
L'Arme fatale 4 (1998), avec un
Jet Li qui fait pitié, le film aussi. La série restera comme l'œuvre la plus connue de Donner, un savoureux mélange d'humour et d'action, mené par un tandem d'acteurs à l'entente explosive. En 1988, c'est encore
Fantômes en fêtes, génial, désopilante et corrosive relecture du conte de Noël de Charles Dickens avec un
Bill Murray au summum de son talent.
Si sa carrière baisse un peu la garde durant les années 90 avec des films plus négligeables, Donner n'en reste pas moins actif. Après
Radio Flyer (1992), flop colossal au box office, il continue sa fidèle collaboration avec
Mel Gibson sur
Maverick (1994), une adaptation un peu facile de la série télé éponyme mais qui remporte un succès montre, puis sur
Complots (1997), un thriller paranoïaque avec
Julia Roberts. Réalisateur du premier scénario écrit par les
frères Wachowski,
Assassins (1995), un film d'action avec
Antonio Banderas et
Sylvester Stallone., Donner revient en 2003 après quelques années de silence pour
Prisonniers du temps, une histoire de voyage spatio-temporel avec des jeunes étudiants de Yale transportés au 14ème siècle. Le film est un échec critique et public, alors que pourtant on retrouve cette modestie, une forme de naïveté qui par instant fonctionne et font oublier un peu l'ennui du récit. Trois ans plus tard, Donner tourne le véritable retour du personnage de
Piège de cristal, la version officieuse de
Die Hard 4 :
16 Blocs (2006), dans lequel
Bruce Willis en flic fatigué, corrompu mais las de ses vieilles histoires, sauve la peau de
Mos Def, recherché par des flics véreux. Un film court, épuré, linéaire, d'une extrême simplicité, une série B généreuse (encore) qui espère au calme, l'amitié, la famille aussi. A 76 ans Donner met en scène un film d'action d'une étonnante vitalité, moins dans son rythme, que dans son esprit. Parallèlement il est également producteur, notamment de
Free Willy,
X-Men ou
Les contes de la crypte.